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"L’Olivier par pragmatisme"
Paul Piret
Mis en ligne le 07/07/2009
Un mois post-électoral, ça compte dans la vie politique... Le politologue Benoît Rihoux, professeur à l’UCL, évalue le cru 2009.
Comment résumer les élections régionales du 7 juin, côté francophone ?
Aucune tendance n’a surpris; l’ampleur de certaines tendances a pu surprendre. La principale surprise, c’est la relative solidité du PS, malgré une défaite assez sérieuse.
C'est pourtant Ecolo qui a pris l'initiative. Inédit, pour un parti qui n'est pas le premier. A quoi le doit-on ?
A trois éléments. D’abord, les autres partis ont laissé à Ecolo une marge de manœuvre. On pourra en évaluer l’impact à l’avenir : ce qu’Ecolo a pu gagner ces jours-là sur le plan symbolique, ne devra-t-il pas le "payer" ? Deuxième élément : on peut supposer qu’il y a eu des contacts en ce sens, avant les élections, entre Ecolo et le CDH. Le troisième : le sommet d’Ecolo a anticipé sa victoire, prenant de court les autres.
Après quoi les verts ont dû trancher entre MR et PS. N'ont-ils pas déjà perdu de nouveaux électeurs, ce soir-là ?
Une étude de transferts de voix indique que des électeurs Ecolo en 2007 avaient voté MR en 2003. Quel message ont-ils voulu donner ? Certains déçus du MR peuvent ne pas vouloir d’un attelage MR-Ecolo ! Ce qui est clair, c’est que le profil de l’électeur Ecolo est plutôt centriste ou de centre-gauche sur beaucoup d’enjeux. Dès lors, un attelage "Olivier" n’est pas un scandale en soi pour la grosse majorité. La difficulté réside spécifiquement en Wallonie, pas à Bruxelles, par rapport au PS : une partie des militants et des électeurs en ont une image très négative. Moins en fait du côté des électeurs, qui ont la mémoire relativement courte, que des militants, qui pèsent de manière plus directe sur les choix et peuvent nourrir de la rancœur.
Ce sont pourtant des militants, pas des électeurs, forcément, qui ont tranché pour des majorités de centre-gauche.
Electeurs et militants Ecolos convergent sur ceci : l’axe gauche-droite sur le plan socio-économique n’est pas un enjeu discriminant majeur. Il en est trois autres, qui déterminent le choix pour Ecolo : une volonté de rénovation politique, les questions écologiques au sens large, des questions immatérielles (éthique, droits des minorités, immigration...).
Ecolo pourrait le "payer", dites-vous. Le PS va-t-il quitter sa posture humble actuelle pour un rapport de forces plus classique ?
Ecolo est n°3, c’est clair. Les partis négociateurs sont toutefois entrés dans une logique où ils sont globalement nécessaires tous trois pour avoir des majorités larges et solides.
C'est une leçon arc-en-ciel ?
Ecolo a alors mesuré, surtout au fédéral, les limites de coalitions dont il était le parti junior. Ce fut une leçon douloureuse. Le parti ne descendra plus sous certaines exigences en contenu et en postes. Par rapport à 1999, il est plus pragmatique, mieux préparé, plus exigeant. D’autant que la base militante garde son mot à dire.
L'Olivier n'est donc pas absolument sûr ?
Je ne pars pas du principe que l’accord passera comme une lettre à la poste. Mais par pragmatisme, on va à l’Olivier. D’autant que le choix a été fait de majorités symétriques en Wallonie et à Bruxelles côté francophone, et que les écologistes bruxellois ont voulu fortement la poursuite de l’Olivier. N’empêche, au sein d’Ecolo, on évaluera clairement les acquis bétonnés. De la même manière qu’en 1999, un point de rupture fut la sortie programmée du nucléaire, il y a aujourd’hui des enjeux d’éthique politique pour lesquels Ecolo placera la barre assez haut; il a "besoin" ici de victoires tangibles.
Quitte à prendre le risque, parfois, d'un certain décalage des réalités ? Un citoyen qui perd son emploi, son premier souci n'est pas de savoir si son maïeur peut être député...
C’est clair, mais il faut revenir à la nature d’Ecolo. Si le MR est un parti de cadres et le PS, de masse, Ecolo est un parti de militants. Il fera ses choix dans une logique de militants, pour qui ces questions sont majeures. A la direction d’Ecolo d’équilibrer les demandes internes et externes.
Et le CDH ? Parti ni dominant ni en poupe, quelle peut être sa marque dans l'Olivier ?
Il est vrai que le CDH joue un peu en retrait, par rapport au PS et à Ecolo qui cherchent à avoir le leadership ne serait-ce que symbolique dans les négociations. Des humanistes sont d’ailleurs en train de s’irriter. Pourtant, je ne leur vois pas de difficulté majeure. Le CDH peut continuer à se présenter comme le parti de gestion, pragmatique, de synthèse. Quelle que soit la coalition. Il aurait bien sûr pu s’accommoder avec le MR.
Lequel tente de gérer son échec politique.
Gérer, c’est un grand mot... On voit bien la faiblesse de ce parti, dans sa composante principale du PRL, qui s’appuie sur la force de leaders locaux avec une relative diversité de positionnement idéologique. Il ne conserve sa cohésion qu’à la condition que ses notables soient satisfaits du centre. En clair, de la présidence. Or, ils ne le sont pas : les résultats ne suivent pas. Le MR est en échec structurel. Les problèmes sont multiples : cohésion idéologique, stratégie électorale, caractère assez éclaté.
Pour ce que l'on en sait, qu'est-ce qui vous frappe le plus dans les négociations d'Olivier ? La douche froide budgétaire ?
C’est un élément qui contraint la plupart des politiques socio-économiques. Il faut donc arbitrer, alors que chaque parti doit satisfaire ses groupes privilégiés. Exemple typique : le CDH à l’égard de l’associatif et de l’enseignement libre. Mais des questions de pratique politique soulevées par Ecolo - et par le CDH aussi dans une certaine mesure, et par le PS par la force des choses - n’ont pas d’impact financier direct. Il faut donc distinguer les questions. Et Ecolo sera d’autant plus exigeant sur les points "qui ne coûtent rien".
Tout paraît plus simple et rapide en Flandre qu'en Wallonie et à Bruxelles...
Oui, parce qu’il y a là un parti central, qui est sorti renforcé : le CD&V, avec dans une certaine mesure la N-VA. Il peut donc imposer son agenda et les négociations s’en trouvent plus aisées. S’y ajoute un certain consensus sur des points de base institutionnels, alors que des nuances importantes et la tension historique entre la Wallonie et Bruxelles persistent entre francophones.
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