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Série | Les noyaux de l’Olivier (5)
En culture aussi, la bonne gouvernance
Guy Duplat
Mis en ligne le 18/07/2009
A première vue, on serait tenté de voir dans la reconduction de Fadila Laanan comme ministre de la Culture, un gage de simple continuité de gestion. La ministre PS pouvant ainsi achever le travail de "refondation" qu’elle a entamé sous la précédente législature. En promulguant, par exemple, les arrêtés d’exécution du décret sur la lecture publique et ceux du décret musées, en poursuivant la politique d’aide à "l’accessibilité à la culture" et en continuant à soutenir le projet "Mons 2015" cher à Elio Di Rupo.
Mais les réalités budgétaires et l’accord de politique communautaire montrent au moins trois points de frictions potentiels.
Il y a d’abord, le budget. Certes, chacun est touché par la crise mais la culture risque de crier encore davantage. Car la marge de manœuvre y est nulle, voire négative. Les budgets des années futures sont largement engagés dans des contrats-programmes. Tous ceux qui n’ont pas pu engranger des hausses de subventions ces derniers mois, risquent de souffrir et de se voir refuser leurs demandes, mêmes les plus légitimes. Sous la précédente législature, Fadia Laanan a eu la chance de bénéficier d’une conjoncture très favorable et de voir ses budgets croître fortement. C’est fini aujourd’hui, les caisses sont vides. Et en matière culturelle, les rationalisations sont difficiles et les "culturels" ont le verbe facile pour protester. Pour faire l’économie d’un interprète, on ne peut faire jouer un quatuor par 3 musiciens seulement !
Si des marges s’ouvrent, l’accord politique prévoit de les affecter d’abord à des domaines comme les arts plastiques, la danse et la lecture publique, délaissés ces dernières années et de promouvoir d’autre part, la mode, le design et l’architecture. On constate d’ailleurs que l’accord gouvernemental promet bien peu de choses en termes budgétaires. Il est prudentissime sur cet aspect.
Un second point marquant est celui de la bonne gouvernance, amené principalement par les écologistes et qui, lui, ne coûte rien. À tort ou à raison (les deux en vérité), la culture garde une réputation d’intérêts croisés, de cumuls de mandats, de réseaux occultes, de lobbies divers, de pressions politiques. Sous la législature précédente, un effort de transparence a été fait pour diffuser l’information (sur les contrats-programme par exemple) et pour objectiver les nominations. Mais la suspicion demeure. La longue polémique autour du remplacement de Georges Dumortier au Botanique, les choix purement politiques des "métropoles culturelles", l’octroi in extremis d’une belle hausse au Théâtre-poème dirigé par une ex-collaboratrice du cabinet ont entre autres, alimenté des accusations de favoritisme politique. On voit encore souvent les mêmes personnalités truster des places dans les institutions et commissions. Les subventions de la Loterie nationale restent distribuées comme la cassette de la ministre. Des directeurs d’institutions sont reconduits à vie, etc. Et, pour parler clair, la culture garde parfois la réputation d’être le jardin privé du PS. Certes, il faut éviter toute caricature, Vouloir par exemple, un décumul systématique des fonctions est contre-productif car les commissions d’avis ont besoin de l’expertise de professionnels actifs dans le secteur culturel.
L’accord gouvernemental prévoit d’étudier la question et de promulguer un décret pour "assurer la transparence et l’objectivation des décisions de politique culturelle et l’octroi des subventions". On y parlera de la Loterie, de limitation ou de suppression des cumuls de fonctions, des conflits d’intérêts, des incompatibilités, de l’instauration d’un "cadastre des membres des services du gouvernement présents dans les C.A. des asbl culturelles afin d’éviter les incompatibilités, le cas échéant". On parle de limiter la durée des contrats pour les directeurs des institutions subventionnées. On veut aussi instaurer un guichet unique d’information pour les artistes en recherche d’aides (il y a 26 sources de financement à Bruxelles!).
Le troisième point d’accrochage potentiel est la volonté dans l’accord gouvernemental que le culturel guide les choix dans les synergies possibles avec la région ou d’autres niveaux de pouvoir en matière culturelle. En clair, les intérêts économiques de la culture, ou les grosses institutions, ne doivent pas tuer la diversité culturelle, la prise de risques et l’émergence de nouveaux artistes.
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