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Aide à la jeunesse
On cherche 200 familles d'accueil
Annick Hovine
Mis en ligne le 03/08/2009
Les accidents de la vie qui touchent les parents cabossent forcément leurs enfants. En Communauté française, environ 7 500 gamins sont hébergés ailleurs qu’au domicile familial en raison de difficultés sociales, psychologiques et matérielles de leurs parents. Un peu moins de la moitié (environ 3 400 jeunes) vivent en famille d’accueil. Les associations agréées, dont celles rassemblées au sein de la Fédération des services de placement familial (1), suivent au total 1 800 situations d’enfants placés en famille d’accueil.
Mais le secteur souffre d’un manque chronique de moyens. "Les listes d’attente sont immenses", témoigne Xavier Verstappen, directeur de l’Accueil familial (2), qui encadre 600 placements d’enfants francophones à Bruxelles, Liège, Namur, Marche, Mons, Tournai "Rien que chez nous, plus de 100 gamins de 0 à 6 ans sont en attente d’une famille d’accueil." Un chiffre qui grimpe à 200 pour l’ensemble de la Communauté française.
"Quand on fait le choix de placer un enfant en famille d’accueil, il y a toujours eu en amont un travail intensif de remobilisation des parents de naissance", explique M. Verstappen. Le décret sur l’Aide à la jeunesse privilégie, en effet, le maintien et/ou la restauration des liens familiaux. L’hébergement de l’enfant hors du milieu familial est considéré comme exceptionnel et temporaire dans la mesure du possible. "Avant d’en arriver là, on a vraiment tout essayé quand l’enfant est en pouponnière. Parfois, c’est impossible et on sait que c’est pour plusieurs années. Le placement en famille d’accueil est alors un choix raisonnable et raisonné."
Qu’il n’est pas facile de concrétiser, vu l’état déliquescent du secteur de l’Aide à la jeunesse, côté petite enfance. Les pouponnières et autres petites maisons d’hébergement, qui accueillent les enfants en danger, sont pleines. Là aussi, les listes d’attente atteignent des délais vertigineux, de trois mois à six mois. Par manque de familles d’accueil, il n’est plus possible de répondre aux besoins des pouponnières quand un placement familial s’avère être le meilleur choix. "Cela bloque le système", constate amèrement Xavier Verstappen.
Avec des conséquences qui peuvent être dramatiques, en particulier à Bruxelles. "Des enfants en danger sont gardés à l’hôpital parce qu’il n’y a pas de place en pouponnière. Il y a des situations de maltraitance qu’on maintient parce qu’on n’a pas de solution d’hébergement. Cela peut déraper à tout moment", alerte le directeur de l’Accueil familial. "C’est un appel au secours que je lance."
Promouvoir l’accueil familial permettrait de libérer des places dans les pouponnières. Mais il ne s’agit pas seulement de trouver 150 ou 200 familles d’accueil; il faut aussi les encadrer, prévient Xavier Verstappen. "La Communauté française est-elle prête à investir 15 emplois en plus pour assurer cet encadrement ?", interroge-t-il.
"Le secteur de l’Aide à la Jeunesse est en pleine souffrance. Mais les assistants sociaux ne descendent pas dans la rue. Electoralement, on n’intéresse personne. On reçoit les moyens au compte-gouttes et on n’obtient que les restes", déplore encore le directeur de l’Accueil familial, assistant social de formation.
"Il faudrait un plan Marshall pour le secteur, en investissant de manière intensive dans la petite enfance, qu’il faut voir comme une approche préventive." Dans le contexte actuel, les adolescents délinquants prennent politiquement beaucoup de place et les solutions sécuritaires (placement en centre fermé) qu’on privilégie mangent une grosse part du budget. "Un jeune qui casse deux voitures reçoit une réponse immédiate. Un petit qui refuse de s’alimenter à l’hôpital par absence de liens, on le laisse sur son lit. Si on s’occupait d’abord de ces enfants-là, cela permettrait d’avoir moins de voitures cassées plus tard."
La Fédération des services de placement familial a lancé une campagne d’information (voir photos) pour tenter de recruter des familles d’accueil. Elle espère trouver, d’ici la fin de l’année, 50 familles candidates à Bruxelles, où le problème est le plus aigu.
1) www.plaf.be
(2) www.accueil-familial.be
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