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Diplomatie
Parachutage MR à Marseille
M.Bu. et S.Vt.
Mis en ligne le 21/08/2009
Alors que les Finances publiques de l’Etat belge sont à l’agonie et que le maître mot du gouvernement fédéral oscille entre rigueur et austérité, les Affaires étrangères ont pris la décision de créer un nouveau consulat général à Marseille, afin, selon plusieurs sources, d’y caser Philippe Bostem, un haut fonctionnaire proche du MR. "Une dépense inconsidérée en ces temps de crise", juge un observateur avisé de la sphère diplomatique.
Aux Petits Carmes, l’affaire suscite des remous. On n’y apprécie guère de devoir se serrer la ceinture d’un côté, alors que d’autres se la desserrent par ailleurs. Car les départs ne sont pas tous remplacés, des trous demeurent dans le cadre diplomatique et le budget du département, gelé, n’a plus augmenté ces dernières années qu’en fonction de l’inflation, passant de 406 millions d’euros en 2005 à 466 millions en 2009 (sans compter la Coopération au Développement, qui augmente en raison des engagements internationaux de la Belgique). "Aux Affaires étrangères, on utilise les budgets jusqu’à la corde", explique la porte-parole adjointe, Delphine Colard, "entre autres parce que la majorité des dépenses sont effectuées à l’étranger et affectées par les taux d’inflation locaux." Ce qui implique des coûts importants pour les chancelleries, les résidences ou le logement du personnel expatrié.
Outre l’ambassade à Paris, la diplomatie belge dispose déjà de consulats généraux à Strasbourg et à Lille, ainsi que d’un consulat à Nice, à 200 km seulement de Marseille. Pour les Affaires étrangères, ouvrir dans les Bouches-du-Rhône n’est pas dénué de sens : près de 40000 compatriotes résident dans le sud de la France et la région Rhône-Alpes, et "la puissance économique française s’est déplacée du Nord vers le Sud". D’autres postes à vocation plus économique, en phase avec le phénomène de la mondialisation, ont ainsi été ouverts par l’ex-ministre Karel De Gucht, à Bakou, Astana, Sydney, Milan ou Saint-Pétersbourg. Le tout est de maintenir l’équilibre entre ouvertures et fermetures de postes, question de neutralité budgétaire. Harare, Yaoundé et Libreville ont ainsi été sacrifiés.
Mais "pourquoi donc créer un poste à Marseille?", peste une source au ministère, qui souhaite garder l’anonymat, alors que le consulat de Nice prend déjà en charge les affaires consulaires de la Côte d’Azur ? Quitte à ouvrir un poste, Lyon eût été stratégiquement plus judicieux, ont fait valoir certains au Comité de direction.
Selon plusieurs sources concordantes, la candidature de Philippe Bostem pour le poste de consul à Nice s’est notamment heurtée au veto du Palais. Rappel: la résidence de vacances des Souverains belges se situe à Châteauneuf- de- Grasse et le consulat de la Côte d’Azur est dès lors en première ligne pour traiter des dossiers y afférents. Le plan B, pour récompenser le haut fonctionnaire (ou s’en débarrasser, selon les interlocuteurs), revenait donc à créer un nouveau poste dans le sud de la France.
A la tête de la direction du personnel et de l’organisation aux Petits Carmes, Philippe Bostem, arrivé dans la foulée de Louis Michel, est aujourd’hui membre du Comité de direction : il hérite donc de la fonction de consul général à Marseille qu’il a contribué à créer. Lui-même est d’ailleurs surnommé dans les couloirs du ministère "M. Randstad Intérim" pour sa capacité à caser les gens de son bord - activité somme toute répandue dans à peu près tous les partis. D’ailleurs, se défend-on dans son entourage, "il faut bien les chercher, les MR, dans les grands postes diplomatiques. Londres, ce sera un VLD, Berlin c’est un CD&V, Paris un CDH, Pékin un PS". Les libéraux francophones tirent néanmoins très bien leur épingle du jeu diplomatique, notamment avec des postes à Genève, Rabat ou Vienne.
Quoi qu’il en soit, tout cela reste "désolant", soupire-t-on par ailleurs. "Outre le salaire du consul général, il faudra un bureau, du personnel sur place et une résidence à Aix-en-Provence : cela va se chiffrer en centaines de milliers d’euros." Mais, rétorque-t-on dans l’entourage du principal intéressé, "on va dégraisser à l’ambassade de Paris" parallèlement.
Philippe Bostem n’est pas diplomate de carrière, mais haut fonctionnaire nommé directeur général après avoir réussi le concours - une fonction où il s’est fait pas mal d’ennemis. C’est Karel De Gucht (Open VLD) qui l’a désigné à Marseille, avant de partir pour la Commission européenne. La démission de M. Bostem de son poste actuel, agréée par le nouveau chef de la diplomatie Yves Leterme, doit encore être formellement entérinée. Mais elle devrait passer comme une lettre à la poste. Avec l’ex-Premier ministre à la tête du ministère, le CD&V est aussi pressé de récupérer la fonction-clef du personnel et de l’organisation. Un job stratégique permettant de toucher à tout ce qui concerne le personnel en poste et les bâtiments.
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