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Wallonie | Rentrée politique
Un coaching individualisé pour chaque chômeur
Vincent Rocour
Mis en ligne le 29/08/2009
Le CDH prend ses quartiers d’été ce week end au domaine de Chevetogne. Le rendez-vous doit marquer la fin des vacances et le retour au labeur. On parlera enseignement et emploi. Ce n’est pas innocent. Le CDH a obtenu le portefeuille de l’enseignement en Communauté française et truste désormais presque tous les ministères de l’emploi en Belgique. André Antoine fera un tabac à la tribune. Le ministre wallon de l’Emploi annonce une "révolution" au Forem. Entretien.
L'emploi se dégrade fameusement en Wallonie, non ?
Effectivement. Nous sommes passés de 249 999 demandeurs d’emploi à 263 281 entre juillet 2008 et juillet 2009. Il faut cependant dire que certains pays européens ont connu une croissance du chômage beaucoup plus importante. On peut par ailleurs rappeler qu’au début de la législature précédente, il y avait encore 267 000 et même 274 000 chômeurs. Cela veut dire que la crise a eu un effet incontestable en Wallonie, mais sans doute moins fort qu’ailleurs.
Une façon de dire : on attend que l'orage passe ?
Non. Car je crains que les effets de la crise sur l’emploi ne soient pas terminés. Nous savons qu’un certain nombre d’entreprises vont annoncer dans les prochaines semaines des licenciements importants. Et puis, on constate que le nombre d’offres d’emploi gérées par le Forem est inférieur de 20 % par rapport à l’année dernière. Ce n’est pas parce que la France, l’Allemagne ou le Japon annoncent un retour à la croissance que le nombre d’emplois va directement augmenter au Forem.
Le nouveau ministre wallon de l'Emploi ne manquera pas de boulot. Que comptez-vous faire ?
Plusieurs éléments. D’abord, il faut gagner en cohérence. Cela veut dire que l’emploi ne pourra pas être un enjeu institutionnel : c’est d’abord un enjeu économique, social et humain. En faire une question communautaire à un moment de crise serait particulièrement mal venu. Au contraire. On aurait tout intérêt à recoudre une politique de l’emploi. Nous avons une occasion unique. En Wallonie, la compétence de l’emploi et celle de la formation sont aux mains du même titulaire. Et puis, trois des quatre ministres de l’emploi en Belgique appartiennent au même parti politique : Joëlle Milquet au fédéral, Benoît Cerexhe à Bruxelles et moi en Wallonie. Il n’y a qu’en Flandre que l’emploi n’est pas aux mains d’un ministre CDH.
En Flandre, c'est la N-VA qui a la compétence. Vous croyez qu'elle sera d'accord avec votre discours sur la cohérence ?
On a un premier rendez-vous : la confection d’un accord de coopération sur l’accompagnement des chômeurs. Cela devrait amener plus de cohérence. Vous savez qu’aujourd’hui, les Régions n’utilisent pas toujours la même définition du demandeur d’emploi.
Mais si la Flandre, qui réclame une régionalisation de l'Emploi, refuse de négocier un tel accord de coopération ?
Rien n’empêche le fédéral de conclure des accords de coopération asymétriques. L’idéal serait cependant que nous le signions tous ensemble.
De la cohérence, d'accord. Mais pour quelle politique ?
Je voudrais tout d’abord introduire la logique de la porte unique. Il y a actuellement une myriade d’opérateurs dans le domaine de l’emploi : CPAS, syndicats, ALE, maisons de l’emploi, ASBL d’insertion socioprofessionnelle, et bien sûr le Forem. Le demandeur d’emploi, qui est déjà un peu déboussolé par la perte de son travail ou par la difficulté d’en trouver, est confronté à un véritable dédale. Et chaque fois qu’il se présente à un nouvel endroit, il doit recommencer à décrire son parcours, reproduire ses diplômes, etc. Ce que nous voulons, c’est que, comme en France, la première porte à franchir pour le demandeur d’emploi soit aussi la seule à franchir. C’est le rôle du Forem où le chômeur doit venir s’inscrire. C’est une véritable petite révolution.
Faut-il revoir la façon dont l'accompagnement des chômeurs est mené en Wallonie ?
Oui. Il est impératif d’unifier le mode de prise en charge des chômeurs. Concrètement, ce que je veux, c’est que le demandeur d’emploi qui vient au Forem n’ait plus qu’un seul référent. Un coach qui va le suivre depuis son inscription jusqu’au moment où il décrochera un travail. Une personne qui connaîtra son dossier et qui pourra l’aiguiller utilement vers une formation ou un emploi. Cela doit permettre de donner un visage au Forem. Aujourd’hui, il n’y a pas de suivi.
Que fera ce coach ?
Il appréciera la situation du chômeur, il posera un diagnostic, il élaborera un plan d’action, il vérifiera les résultats, et s’il se rend compte que l’intéressé ne respecte pas ses obligations, il en référera à l’Onem pour une sanction éventuelle. On passera ainsi de l’inscription au Forem à un contrat avec un référent du Forem. Et ça, c’est un profond changement. Parce que l’inscription est une démarche passive alors que le contrat implique une relation active.
Mais y a-t-il suffisamment d'opérateurs au Forem pour réaliser ces coachings individualisés ?
Aujourd’hui, 107 000 personnes font l’objet d’un accompagnement. L’objectif est de doubler ce chiffre au cours de la législature. Il y a aujourd’hui 260 personnes chargées de l’accompagnement sur les 3 600 que compte le Forem. C’est trop peu. Il faut arriver à 600 coach-conseillers.
Le Forem va recruter en masse ?
La situation budgétaire ne nous permettra évidemment pas d’engager des centaines de conseillers-accompagnateurs. Il faudra opérer des réorientations au sein même du Forem. Au fil du temps et des ministres qui se sont succédé, il y a eu une forme de sédimentation. Toute une série de politiques sont venues s’ajouter les unes aux autres et ont chaque fois conduit à des engagements nouveaux. Cela a multiplié les formes de prise en charge. Je veux unifier la prise en charge.
Tous les demandeurs d'emploi seront ainsi pris en charge individuellement ?
A terme. Mais on commencera évidemment par ceux qui arrivent au Forem. Ce sont ceux qui ont la plus grande motivation.
La gestion du Forem a été fort décriée ces derniers mois. Allez-vous apporter des changements ?
Il faut un management efficace, transparent et moderne. Je suis prêt à impliquer davantage les interlocuteurs sociaux dans la gestion du Forem. Mais alors il faut qu’ils s’engagent plus nettement. Aujourd’hui, ils mènent souvent des débats très idéologiques. Moi, je veux des vrais gestionnaires. Je voudrais aussi que le Parlement joue un rôle plus marqué dans la définition de la politique de l’Emploi. Je l’y associerai.
La formation est cruciale dans toute politique d'emploi. L'offre est-elle satisfaisante ?
Il ne faut pas multiplier l’offre de formation. Mais mieux la coordonner par bassin de vie. Cela doit nous permettre de faire des économies et de gagner en efficacité.
Je voudrais aussi unifier la reconnaissance des formations. Toutes les personnes qui suivent une formation reçoivent en bout de course un papier différent propre à l’institution : un certificat, un brevet, un diplôme, une attestation, toujours au nom de l’institution. Mais l’employeur qui veut engager, il ne sait pas ce que ce papier vaut. Ce que je voudrais faire, si possible avec Bruxelles, c’est de standardiser tant le document lui-même que la reconnaissance du contenu acquis. Toutes les écoles de la Communauté française délivrent le même diplôme. Je voudrais qu’il en soit aussi de même avec les opérateurs de formation. Le service francophone des métiers de qualification sera le détenteur de ces certifications. Mais ce sera un travail de longue haleine.
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