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Interview

B. De Wever: "On risque le ridicule devant toute l’Europe"

Martin Buxant et Pierre Gilissen

Mis en ligne le 03/09/2009

"Sans solution sur BHV, Van Rompuy va au-devant des problèmes durant la présidence belge de l'UE". De Wever : "Plus un euro flamand pour le fédéral".
Entretien

Bart De Wever, le président de la N-VA, livre son interview de rentrée politique à "La Libre".

Avec la crise économique, vous ne courrez visiblement plus après une réforme de l'Etat...

Nous avons conservé des ambitions. Elles figurent dans l’accord de gouvernement flamand...

Cela fait dix lignes en tout...

Oui, mais tout est dedans ! Toutes nos ambitions pour une prochaine réforme de l’Etat, qui devra être une réforme socio-économique. Mais on a bien vu, après 2007, qu’on ne peut pas avancer si l’autre Communauté n’en a pas la volonté. Nous n’avons pas envie de retourner à Val Duchesse pendant des mois ! Quand nous voyons l’évolution en Flandre et la situation budgétaire comparée à celle du fédéral et des autres entités fédérées, nous pensons être dans une bonne position pour entamer des négociations. Mais nous ne nous faisons pas beaucoup d’illusions non plus : ce ne sera probablement pas avant 2011. On verra bien quelles initiatives le Premier ministre fédéral va prendre, mais nous voyons bien que ce sera très difficile. Guy Verhofstadt n’a pas pu régler BHV en 2005. En 2007, nous-mêmes n’avons pas réussi. Est-ce que la situation est tellement meilleure maintenant que le MR n’est plus au pouvoir au niveau régional et avec la moitié des députés MR bruxellois qui ont l’étiquette FDF ?

La "doctrine Maddens" constitue-t-elle vraiment la ligne de conduite du gouvernement flamand en matière communautaire ?

Oui, on peut dire cela, si l’on considère que la doctrine Maddens c’est ne plus retourner à la table des négociations tant que l’autre communauté n’est pas demanderesse, et aussi l’idée que la Flandre ne va plus aider la Belgique avec ses surplus budgétaires. La Flandre ne peut plus. Elle n’a plus d’argent. A partir de 2012, nous devrions avoir minimum 1 milliard de surplus, mais il est bien prévu dans l’accord gouvernemental que ce surplus servira à gérer la Flandre ! Et là cela correspond au troisième volet de la doctrine : utiliser au maximum les compétences que l’on a pour faire tout ce qu’on peut, dans l’esprit de l’assurance-dépendance qui existe déjà.

Exemples ?

Créer des allocations familiales flamandes...

Mais le cadre législatif le permet-il ?

On peut y arriver en étant créatifs. Et rien n’empêche les francophones de faire pareil. Nous l’avons déjà fait avec des primes scolaires. Et puis une prime de naissance qui sera mise sur pied à partir de 2011 et une assurance hospitalisation que nous allons tenter de créer. Nous jouons un peu la montre et nous pensons qu’en 2011, nous serons dans une tout autre position pour négocier.

En fait, vous avez tout intérêt à ce que le gouvernement fédéral ne fonctionne pas...

Nous ne sommes pas dedans, mais nous sommes un parti politique responsable et nous n’allons pas jouer à de petits jeux politiques. Mais je suis plutôt sceptique et je ne vois pas très bien quel lapin blanc Herman Van Rompuy va encore pouvoir sortir de son chapeau, en 2010, pour régler la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, lorsque tous les recours auront été épuisés.

Etes-vous prêts à suspendre votre vote sur BHV, par exemple, pour ne pas nuire à la Belgique durant la présidence européenne ?

Non. La scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde reviendra bientôt au Parlement, et là on devra la voter. On ne fera pas autrement ! Et sans solution, on va au-devant de grands problèmes durant la présidence belge de l’Union européenne. Je vous le dis : on risque de se retrouver ridicules, comme la Tchécoslovaquie à l’époque où le Premier ministre devait monter à la tribune sans même savoir qu’il n’avait plus de gouvernement ni même de pays derrière lui... On risque le ridicule devant toute l’Europe.

Certains nationalistes flamands, comme Frans Crols au pèlerinage parallèle de l'Yser, estiment qu'il faut abandonner Bruxelles...

Ce ne sont pas des propos très sages. C’est un scénario que beaucoup de francophones accepteraient : conserver une Belgique résiduelle constituée de la Wallonie et de Bruxelles, et les Flamands n’ont qu’à faire sécession. Le nationalisme du XIXe siècle, c’est fini. Ce n’est plus une question de frontières, mais de gouvernance démocratique et efficace. Il faut regarder Bruxelles autrement. C’est une ville qui est en Flandre, mais qui n’est plus une ville flamande. La majorité de la population est francophone ou multiculturelle. Il faudra être créatifs et créer une solution sui generis.

Laquelle ?

Si la Belgique existe quelque part, c’est bien à Bruxelles. Bruxelles, c’est le vrai enfant de la Belgique. Si l’on utilise l’image d’un divorce, ce n’est peut-être pas une mauvaise idée de laisser l’enfant s’occuper de lui-même. En même temps, les deux parents prennent leurs responsabilités. Arrêtons le débat sur l’élargissement de Bruxelles. Comme si on allait régler tous les problèmes en annexant Drogenbos et Linkebeek ! Le combat culturel, c’est fini depuis les années 60, sauf à Bruxelles. On a créé des régions unilingues, puis une zone bilingue à Bruxelles, mais qui n’est jamais devenue réellement bilingue. Et la francisation continue en périphérie, ce qui empoisonne le débat.

Beaucoup de francophones se demandent comment va agir Geert Bourgeois, qui récupère la tutelle sur les communes à facilités, vis-à-vis des bourgmestres de Kraainem, Wezembeek et Linkebeek ?

Ah, si vous attendez d’un ministre N-VA qu’il décide subitement de nommer ces trois bourgmestres, vous allez être déçus... Les Flamands ne demandent aucune commune, mais n’acceptent plus des demandes d’annexions. Les francophones doivent comprendre que ce temps-là est terminé. La Belgique a toujours existé grâce à la bonne volonté des Flamands d’être bilingues. Mais il faut comprendre que la Flandre n’est plus la Flandre des pauvres d’autrefois. Nous demandons simplement que l’on accepte le fait que la langue de gestion en Flandre est le néerlandais. C’est dommage que ces vieux débats soient encore d’actualité.

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