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malaise au MR
Le MR, parti agité cherche tranquillité
V. d. W.
Mis en ligne le 04/09/2009
D’aucuns croyaient que le temps allait arranger les choses. Qu’il suffisait de faire le gros dos, pendant les vacances, pour qu’à l’heure de la rentrée, les soucis, les tensions, appartiennent définitivement au passé.
Il a suffi que, dans son interview de rentrée, Didier Reynders affirme qu’en tout état de cause le MR était sa priorité (traduisez qu’il resterait à sa tête jusqu’à la fin de son mandat, en 2012), pour qu’à nouveau le vent de la contestation se lève. Le doute, à nouveau, s’est installé.. Les rebelles ont repris de la voix. Du coup, le MR se retrouve en pleine bourrasque. Les clans s’observent, se jaugent. Y aura-t-il escalade ou, au contraire, un retour au calme, voire à l’unité ? Difficile à prévoir... L’idée de faire du Mouvement réformateur un grand parti populaire de centre droit est loin d’être gagnée.
Comment rebondir ? L’issue de la crise n’est pas facile car d’aucuns considèrent aujourd’hui que le problème n° 1, c’est désormais le président du MR, Didier Reynders lui-même. Lui, sa personnalité, son fonctionnement, plus que son cumul président/vice-Premier ministre. Une réalité ? Une obsession ? Le fait est que, quel que soit l’angle d’analyse, on en revient toujours à lui. Que l’on envisage le fonctionnement du parti, son repositionnement idéologique ou sa capacité à nouer de futures alliances, on retrouve Reynders, ses forces et ses faiblesses.
1 Le fonctionnement interne du parti. Le MR est un parti figé, paralysé par les petites querelles intestines entre les pro et les anti-Reynders. Caricatural ? Toute discussion au sujet du MR finit toujours par aboutir, par buter sur un homme : D.R. Alors que le vice-Premier ministre avait conduit son parti à la victoire, en 2007, au terme d’une campagne que même ses opposants actuels ont jugée captivante, voire fascinante, l’homme et le mouvement sont tombés, depuis, de Charybde en Scylla. Dernier revers : la perte des élections de juin 2007 et l’exclusion de toutes les majorités régionales et communautaires. "Nous avons été piégés par l’orgueil et l’arrogance d’un seul homme. Si rien ne se passe, en 2010 et 2011, il continuera à faire passer son intérêt personnel avant l’intérêt collectif." Pourtant, Didier Reynders a bien tenté de répondre à ces critiques au cours de l’été. Il a envoyé une lettre aux cadres du MR, reconnaissant sa part de responsabilité dans l’échec électoral, une lettre courageuse dans laquelle il faisait amende honorable. "Timide et tardif", jugent ses opposants. Soit. Didier Reynders a aussi vu et écouté pas mal de monde cet été. Il en a conclu, dans ses interviews de rentrée, qu’il était prêt à discuter du fonctionnement interne du parti et de son cumul. Mais il a prévenu : "Ma priorité sera le Mouvement." Donc, quoi qu’il arrive, il restera à la présidence du MR. D’où la fureur de ses opposants : "Il nous prend pour des cons. Qui peut croire qu’il va quitter le poste de ministre des Finances au printemps 2010, à deux ou trois mois de la présidence européenne : il n’attend que cela pour se pavaner dans son rôle de ministre des Finances, recevant ses collègues européens. Donc il ne quittera pas les Finances et il restera au MR." Il est donc prêt à discuter de tout sauf du principal : sa présidence.
2Le positionnement idéologique du parti. Pour tenter de calmer le jeu, Didier Reynders a annoncé l’organisation d’un congrès au printemps 2010. Dans un premier temps, il a semblé vouloir confier cette réflexion à Louis Michel. Pour l’amadouer. Lequel ne s’est pas montré très enthousiaste. Jouer les figurants, ce n’est pas son style D’ailleurs, à entendre plusieurs responsables, il n’y a pas de vraie interrogation sur la doctrine du MR. Sauf peut-être sur le droit de vote obligatoire. "Pour le reste, Didier Reynders essaye juste d’occuper le terrain, de faire croire qu’il va lancer une grande réflexion idéologique alors qu’il veut juste réaffirmer son pouvoir interne." N’a-t-il pas dit qu’il était même prêt à changer le nom du parti ? Un baron éructe : "Ça, c’est vraiment périphérique. Car le vrai problème, ce n’est pas le nom du parti, mais bien le nom du président du parti "
3Le programme et les alliances futures. Donc, tout le monde le croit, le craint : Didier Reynders restera vice-Premier ministre, ministre des Finances et président du MR au moins jusqu’au lendemain des élections fédérales de 2011. Cette perspective, pour beaucoup, n’est pas très enthousiasmante. D’autant que, pour certains récalcitrants, Reynders n’a plus les atouts pour mener ses troupes au combat et à la victoire. Nombre d’observateurs pensent que socialistes, humanistes et écologistes auront une obsession : constituer au fédéral en 2011 la même majorité que dans les Régions, à savoir un Olivier rejetant les réformateurs dans l’opposition. Une frayeur entretenue par le fait que le prochain président du CDH sera plus que probablement Benoît Lutgen, lequel a un profil "classes moyennes", plus proche des électeurs traditionnels du MR. "De plus, il suffirait que Modrikamen lance son parti pour que le MR boive la tasse Avec Modri, ce sera autre chose qu’avec Aernoudt : francophone, organisé, charismatique ça, c’est une vraie menace pour le MR", analyse un ministre.
Didier Reynders aurait donc comme ambition de terminer son mandat au MR, en 2012, pour, après, se choisir un nouveau destin : "L ’idéal, pour lui, serait de trouver un job dans le domaine des finances, un peu comme Philippe Maystadt l’a fait en quittant le PSC de l’époque. On peut le comprendre. Mais dans quel état sera le MR alors ?"
Le MR est donc à la croisée des chemins. Désormais, la contestation est de plus en plus ouverte. Jacqueline Galant, députée fédérale, affirmait haut et fort dans "Le Soir" : "Didier doit partir." Plus facile à dire qu’à faire
Reynders voué aux gémonies ? Il garde quand même ses partisans : "Qu’on arrête avec ces sottises. Tous ceux qui le critiquent aujourd’hui se jetaient dans ses bras hier et rampaient à ses pieds. Des lèche-culs qui sont devenus faux-culs Ces querelles de palais sont d’autant plus sottes qui rien ni personne ne pourra faire plier Didier : il est le seul à décider de la date de son départ. L’intérêt du parti commande de se taire et de faire front à ses côtés. On ne va quand même pas débattre sur la place publique pendant deux ans. Ce serait la meilleure façon de perdre les élections en 2011. C’est peut-être ce que cherchent certains, pour reprendre un parti moribond. C’est lamentable."
Ambiance, donc. On vérifiera, ce week-end, lors des estivales du parti, à Redu, le degré de cohésion des réformateurs. "N’attendez rien, c’est juste un barbecue", conclut cet homme désabusé.
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