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Entretien
Cerexhe: "On est sur une bombe sociale"
Martin Buxant et Raphaël Meulders
Mis en ligne le 15/09/2009
Cette nouvelle législature s'annonce particulièrement difficile d'un point de vue budgétaire...
Oui, mais nous partons avec des atouts aussi, dont celui d’avoir une équipe quasiment identique. On peut ainsi travailler sur le moyen et le long terme. C’est assez rare en politique. Bruxelles va souffrir d’un point de vue budgétaire car elle est structurellement sous-financée. Une grande partie de nos recettes dépendent des droits d’enregistrement, or l’immobilier s’écroule et on ne voit pas encore de reprise dans le secteur. On a perdu environ 50 % de ces recettes. Mais les défis sont colossaux. Il y a des quartiers à Bruxelles où le taux de chômage des jeunes atteint 40 pc. Si on ne fait rien, c’est une bombe sociale qui nous attend.
Y a t-il à Bruxelles un problème "allochtone" pour les politiques d'emploi ?
Oui. Il y a, d’abord, un très gros problème de niveau de formation à Bruxelles. Quand on voit que ces jeunes qui ne parlent parfois ni français ni néerlandais entrent en première primaire, ça commence déjà très mal. Il faut donc travailler sur l’abaissement de la scolarité obligatoire. Je suis partisan de cet abaissement à 5 ans. Secundo, il faut admettre qu’il y a un problème de discrimination à l’embauche. Les mentalités évoluent, mais aujourd’hui les entreprises publiques et privées ne sont pas encore assez le reflet de la diversité bruxelloise. Est-ce que vous voyez, par exemple, beaucoup de facteurs d’origine immigrée ? Pourtant, ça ne demande pas une formation hors du commun.
Faut-il, dès lors, imposer des quotas pour imposer une représentation de la diversité bruxelloise ?
Non. On développe des partenariats avec les entreprises. On va aussi développer un centre de formation dédié aux métiers de la fonction publique. Ensuite, je vais lancer, d’ici la fin de l’année, l’expérience des CV anonymes. Je ne dis pas que c’est la panacée, ça permettra de passer un premier seuil - celui du tri sur CV où on vous jette parce que vous avez un nom à consonance étrangère. Au candidat, lors de l’entretien individuel, de convaincre de ses qualités.
Quelles sont les priorités de ce gouvernement ?
Dans l’accord gouvernemental, on a déterminé l’emploi comme l’une des grandes priorités. L’emploi à la fois lié à la formation et à l’environnement. C’est le fil conducteur du gouvernement. Si on n’arrive pas à mettre les moyens suffisants dans ces compétences, on ira dans le mur.
Avec quelles conséquences pour les Bruxellois ?
On risque la dualisation de cette ville. Comment faire cohabiter 1 million d’habitants alors que dans certains endroits, on ne donne aucun espoir aux jeunes dès la sortie de l’école ? Le paquet doit être mis là -dessus. Sans oublier l’enseignement, en collaboration avec la Communauté française. Et si chacun des ministres se recroqueville sur ses compétences en ne voulant pas qu’on touche à son petit budget, alors cela ne marchera pas.
Une idée de l'enveloppe qui sera consacrée à l'emploi et la formation ?
Je ne veux pas donner de chiffres, mais si on veut mettre en place un accompagnement de chaque jeune demandeur d’emploi, cela demandera des moyens supplémentaires. Et ce même si chaque ministère doit faire des économies de 10 %. Je vous rappelle que le "contrat de projet professionnel" va être rendu obligatoire. Il faudra donc un coach pour chaque demandeur d’emploi. Ce volet accompagnement doit aussi être une des priorités du Gouvernement.
Mettre autant de moyens sur la formation, c'est pour combler un enseignement déficient ?
Aujourd’hui l’enseignement à Bruxelles ou ailleurs est incapable de produire des jeunes qui ont une bonne connaissance des deux langues nationales. C’est donc évident qu’il faut commencer par améliorer l’enseignement. Mais en attendant, je ne vais pas sacrifier les 100 000 demandeurs d’emploi de la Région. C’est pour ça, qu’au niveau de la formation, il faut aussi pouvoir offrir des cours de langues par exemple.
Chaque ministre veut augmenter ses budgets. Or on demande de faire des économies...
Je ne pense pas que le changement de la couleur de tram soit aussi important que l’emploi ou la formation des Bruxellois. On doit pouvoir étaler un certain nombre d’investissement dans le temps. Comme ceux des travaux publics par exemple.
Mais il faudra bien faire des économies. En cette période de vaches maigres, la tentation ne serait-elle pas de couper les budgets dans la Recherche scientifique, une autre de vos compétences ?
Oui et ce serait une erreur car Bruxelles a la chance d’assurer la présidence du Conseil européen en juillet 2010.
Donc c’est une opportunité de mettre un phare sur nos centres d’excellence en matière de Recherche et d’Innovation. Une telle aubaine ne se présente pas toutes les années.
Ne devrait-on pas également étaler dans le temps les projets de développement durable qui demandent de lourds investissements ?
Je ne suis pas d’accord. Il faut des fonds pour ce type de projets mais ils créent énormément d’emplois. Les entreprises sont demanderesses et souhaitent travailler dans ce sens là. Il ne faut pas opposer développement durable et développement économique.
Au niveau des recettes, on évoque l'idée d'un péage urbain. Certains sont pour, d'autres, dont vous, sont très réticents. Ça sent la cacophonie au sein du gouvernement bruxellois...
L’idée est évoquée, c’est exact, dans l’accord gouvernemental, mais on n’a pas encore tranché. Moi j’y suis opposé, sauf si on l’élargit à la zone RER.
On l’a vu à Londres, un tel péage pénalise le commerce et les entreprises. Je préfère travailler sur la taxation plutôt que l’implantation d’un péage aux portes de la Région ou sur le Pentagone. Au niveau politique, ce n’est aussi surtout pas le moment de créer des barrières symboliques. Bruxelles ne doit pas se replier sur elle- même mais être un carrefour.
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