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Coup double pour Me Michel Bouchat, vieux routier des assises
J.-C.M.
Mis en ligne le 01/10/2009
A24 heures d’intervalle, Me Michel Bouchat vient de remporter deux victoires judiciaires éclatantes.
Mardi, dans la foulée d’une brillante plaidoirie, il a obtenu l’acquittement, par le jury de la cour d’assises du Hainaut, de Stéphane Labeau accusé du meurtre d’un couple d’agriculteurs de Roisin et que tous les témoignages accablaient.
Mercredi, la Cour de cassation a réduit à néant l’arrêt de la cour d’assises de Liège qui, dans le cadre du procès Habran et consorts, avait condamné son client, Pepe Rosato, à 30 ans de prison.
A 53 ans, Me Bouchat, né à Namur d’une maman originaire de Libin et d’un père condruzien, petit-fils d’un éleveur de chevaux de trait ("ce qui ma aidé à démontrer que, contrairement à ce que le drame de Roisin pouvait laisser croire, le monde rural et paysan n’est pas caractérisé par la cupidité et la violence"), vient de vivre sa 93e cour d’assises. Ce n’est pas donc pas un perdreau de la dernière couvée.
Il a, par exemple, à son actif, l’acquittement sur toute la ligne d’un des membres supposés de la filière boraine, Kaçi Bouaroudj, devant la cour d’assises du Hainaut, en 1988.
C’est à l’âge de 12 ans, en voyant un film où Gregory Peck avait endossé le rôle d’un avocat, que son avenir s’est dessiné.
Après des études de droit menées à l’UCL, Me Bouchat s’est inscrit au barreau de Charleroi. C’était en 1982. Le droit pénal est rapidement devenu sa grande spécialité.
"J’ai toujours été fasciné par l’art oratoire. J’admirais les grands avocats français, les Tixier-Vignacourt, Dumas, Isorni, Badinter, etc. Aujourd’hui, encore, il m’arrive de prendre ma voiture pour me rendre à Paris écouter un Dupont-Moretti. Plus jeune, je suivais assidûment les cours d’assises où plaidaient Philippe Mayence, Gérard Rivière ou Eric Vergauwen."
"Plaider", dit notre interlocuteur "est un plaisir à la fois physique et intellectuel, c’est la récompense d’un long travail de fond, d’heures et de jours de réflexion, à la recherche de la bonne argumentation."
Me Bouchat s’est souvent retrouvé sur les bancs de la défense. "On a le sentiment de faire face, seul contre tous, on est dans l’obligation d’arracher un résultat, même lorsque la cause semble désespérée. J’aime cette posture."
L’institution du jury populaire est contestée, mais Me Bouchat en est un ardent défenseur. "Pour être bien jugé, un accusé a besoin d’une procédure orale. Supprimez la cour d’assises et vous supprimerez l’oralité des débats. Une cour criminelle professionnelle se mettra à juger sur un dossier papier. En correctionnelle, on n’entend presque pas de témoins, le prévenu est à peine écouté par le tribunal. Or il y a de la marge entre ce qui est écrit et la réalité humaine. Si les parlementaires avaient suivi la cour d’assises consacrée au drame de Roisin, ils auraient été convaincus de ce que j’avance."
Et quand on lui fait remarquer que le procès Habran a duré plus de six mois et qu’une simplification de la procédure, passant notamment par une diminution du nombre de témoins à auditionner, semble nécessaire, il répond du tac au tac : "Le procès Habran constitue une exception. La plupart des cours d’assises tiennent sur une semaine. Lorsqu’on a affaire à un dossier de grand banditisme, l’audition des témoins de moralité dure une heure et ne freine pas le cours des débats. Lorsque la cause est de nature passionnelle, leur audition est tout simplement essentielle. En vérité, je suis très inquiet des projets du Parlement et je défendrai toujours bec et ongles la cour d’assises telle qu’elle fonctionne aujourd’hui."
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