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Prolonger les centrales ou augmenter les prix de l'électricité
ENTRETIEN FRANCIS VAN DE WOESTYNE
Mis en ligne le 09/10/2009
Les trois ministres régionaux de l'Energie, le Wallon, Jean-Marc Nollet (Ecolo), la Bruxelloise Evelyne Huytebroeck (Ecolo) et la Flamande Freya Van den Bossche (SP.A) estiment que le ministre fédéral de l'Energie, Paul Magnette (PS), fait fausse route en proposant la prolongation de dix ans des trois plus vieilles centrales nucléaires du pays. Celui-ci réfute les arguments des trois ministres et prévient : si on ne les prolonge pas, il y aura certainement une augmentation du prix de l'électricité...
Pourquoi avoir snobé les ministres régionaux qui auront, le cas échéant, leur mot à dire en cas de prolongation des centrales nucléaires ?
Début septembre, j'ai écrit à mes trois collègues régionaux proposant une rencontre dans le courant du mois de septembre. J'ai suggéré une quinzaine de dates. Aucune d'entre elles ne convenait à mes collègues de l'Energie. Cela se fera sans doute en octobre.
Ils estiment, dans leur carte blanche, que les investissements planifiés tant en centrales au gaz qu'en énergie renouvelable suffisent à remplacer les centrales qui devaient fermer en 2015.
La première recommandation du rapport Gemix est qu'il faut prendre un engagement formel de réduire la consommation de 15 %. La deuxième est qu'on doit réaliser les 13 % d'énergie renouvelable d'ici 2020. Ce sont deux efforts majeurs. La troisième est qu'ils prennent en considération tous les projets de nouvelles centrales connus et même non encore construits. Et même en reprenant les hypothèses les plus fortes en matière de renouvelable et de capacité classique, on a malgré tout, selon le rapport Gemix, une situation de forte dépendance.
Vous vous basez sur une augmentation de 1,21 % par an de la demande d'électricité et ce jusqu'en 2020, alors que si l'on organise une réelle utilisation rationnelle de l'énergie, on n'arrivera peut-être pas à cette augmentation...
Le groupe Gemix dit deux choses. Il montre qu'il peut y avoir cette probable augmentation de la demande - c'est le scénario "business as usual", comme on dit dans le jargon - Donc, si on ne fait rien, il y aura une augmentation de 1,21 % et donc un gap important. Mais les experts ajoutent que s'il y a une réduction de 15 % par rapport à cette courbe de croissance, il y a encore un gap entre la demande et la production. Et de cela, les trois ministres régionaux de l'Energie ne tiennent pas compte alors que le rapport est très clair. Mais je pense qu'il y a là un débat que les écologistes ne veulent pas aborder : la seule manière de combler ce gap si on ferme les centrales serait d'importer de l'électricité. Et les experts estiment qu'il y a des risques sérieux de ne pas pouvoir combler le manque en importation.
Vos détracteurs affirment aussi que si on prolonge les centrales, on n'investira pas dans les énergies douces et renouvelables. Autrement dit, la prolongation des centrales freinerait le développement des énergies alternatives...
Pour ce qui est des économies d'énergie, je rappelle que l'électricité n'est qu'une partie de l'énergie. Tous les efforts qu'on doit faire en matière d'isolation des toits, des murs, des fenêtres... Cela ne change rien. Là, on parle essentiellement de chauffage. Car les écologistes jouent sur l'ambiguïté entre énergie et électricité. Le nucléaire ne produit que de l'électricité, pas de chauffage à part l'eau pour les Tilapias élevés à Tihange... Mais c'est relativement accessoire. Donc, toutes les mesures à prendre pour réduire la consommation d'électricité, il faut les maintenir. Moi, au niveau belge, je fais passer des normes pour stimuler des produits moins énergivores. Au niveau européen, nous appliquons la même politique.
Votre position - on ne prolonge que trois centrales pendant dix ans - vous attire les critiques tant des pro- que des antinucléaires...
Oui, en effet...
Au niveau fédéral, vous êtes isolé : vous êtes partisan de la prolongation des trois plus vieilles centrales alors que tous les autres partis, apparemment, voudraient qu'on prolonge les sept centrales...
Là, le rapport Gemix opère une distinction entre une décision qui est à prendre maintenant, avant la fin 2009 et qui ne concerne que la prolongation des trois plus vieilles centrales. Car selon que l'on prolonge et que l'on démantèle, il y a, pour les électriciens, des décisions importantes à prendre fin 2009 - début 2010. La décision du gouvernement doit donc être prise avant la fin de cette année. Le groupe Gemix recommande par ailleurs de prolonger les autres mais ne dit pas que l'on doit prendre la décision maintenant.
Mais pourquoi ne pas prendre la décision maintenant ? N'obtiendriez-vous pas une rente plus élevée que les 200 millions annoncés, si l'on prenait aujourd'hui la décision de prolonger sept et non pas trois centrales ?
Il ne faut pas mélanger les deux débats. Pour moi, la captation de la rente doit se faire sur une base annuelle et sur base de la marge d'Electrabel. Qu'on prolonge ou non, c'est la même chose. Qu'on prolonge de dix ou vingt ans, trois centrales ou sept centrales, c'est la même chose. Cela ne change rien. Exemple : si on dit que le nucléaire rapporte 700 à 750 millions, on peut décider que le gouvernement prend un quart ou un tiers de cette marge. C'est en cela que la technique de la rente annuelle et structurelle me paraît plus opportune que la voie libérale qui était de réclamer une contribution "one shot" sur trois ans à peine.
Si on les prolonge toutes de vingt ans, on touchera quand même plus ?
Dans ce cas-là, évidemment, on touchera la rente vingt ans de plus.
Où en sont les négociations avec Electrabel ?
On discute, on avance...
Que pourrez-vous annoncer à vos collègues avant le discours du Premier ministre, mardi à la Chambre ?
Il faudra évidemment un chiffre avant le 13 octobre. Mais ce montant ne sera pas soumis à l'accord d'Electrabel. La décision de prélever une marge appartient au seul gouvernement.
Il n'y a pas que la question de la marge et de la rente nucléaire. La prolongation des centrales est-elle soumise à d'autres conditions ?
Oui, j'ai placé d'autres conditions en termes de sécurité, d'investissement, d'emplois, de formation professionnelle, de recherche. Tout cela est en négociation.
Que compte faire le gouvernement de cette rente ?
Cela ne sera pas aisé à expliquer. Car tout le monde veut bénéficier de la rente : la Fédération des entreprises de Belgique veut des prix bas pour les industries, les consommateurs veulent des réductions de facture, d'autres veulent des investissements dans le renouvelable... et le gouvernement veut aussi une partie. Le débat qui a lieu pour l'instant à l'intérieur du gouvernement touche effectivement à cette question : comment répartir cette rente entre les prix, les investissements, la politique énergétique. On peut aussi la répartir entre toutes ces considérations...
Pourrez-vous par exemple annoncer, mardi, une réduction des prix de l'électricité : la prolongation des centrales sera très rentable pour les électriciens...
Ça, c'est un choix du gouvernement. Ce que l'on peut dire, en revanche, c'est que si on ne prolonge pas les centrales, cela fera augmenter les prix. Le rapport Gemix montre bien que cela est inévitable. Qu'on le veuille ou non, les autres technologies sont plus chères.
Le PS est-il isolé sur la stratégie nucléaire à suivre ?
Pas du tout. Mais tout le monde a intérêt à le dire et à dire que j'ai affaibli la position du gouvernement. Mais, sincèrement, je ne le pense pas.
Savoir Plus
En leur nom personnel...
A quel titre les trois ministres régionaux de l'Energie se sont-ils exprimés ? Apparemment, pas au nom du gouvernement au sein duquel ils siègent.
Ainsi, le ministre-Président bruxellois, Charles Picqué (PS), a-t-il tenu a précisé, jeudi, que "l es propos tenus par la ministre bruxelloise de l'Energie, Evelyne Huytebroeck, à propos du nucléaire ne peuvent nullement être considérés comme une opinion du gouvernement bruxellois dans son ensemble. Ce dossier, a-t-il précisé, n'a fait l'objet d'aucune discussion au sein de l'exécutif". M. Picqué a aussi mis en garde les différents ministres régionaux contre les risques de confusion entre l'exercice d'une opposition légitime au niveau fédéral et l'action collégiale d'un gouvernement régional. Au nord du pays aussi, le ministre-Président, Kris Peeters, a affirmé que la critique formulée par la ministre flamande de l'Energie Freya Van den Bossche (sp.a), au sujet du report de la sortie du nucléaire, "n'était pas la position du gouvernement flamand".
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