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Fortisgate
Leterme: "On a le droit de savoir!"
Martin Buxant
Mis en ligne le 16/10/2009
L’ex-Premier ministre Yves Leterme (CD&V) réagit après la publication de l’état de l’enquête sur le Fortisgate. Celui qui a remis la démission de son gouvernement le 18 décembre 2008, chutant sur le Fortisgate, livre sa lecture de l’évolution de l’enquête.
Quel est votre sentiment, aujourd'hui, alors que les enquêteurs ont mis à jour d'autres pistes dans le cadre du Fortisgate ?
J’attends le rapport définitif de l’enquête. Ça a toujours été ma profonde conviction : je sais ce qui s’est passé avec les gens dans mon cabinet ministériel, les gens autour de moi. Là, ça a été dit, il y a eu deux contacts, sans aucune suite. Mais on voit très clairement aujourd’hui que ce n’était pas l’élement problématique du dossier. Tout le monde en est aujourd’hui persuadé : ce sont des détails dans toute l’histoire du Fortisgate. Il y avait bien davantage que ces deux contacts venant d’autres protagonistes. J’en étais personnellement persuadé, même quand j’ai écrit ma lettre au Parlement en décembre 2008. Ensuite, c’est Ghislain Londers, le président de la Cour de cassation, qui a pris la responsabilité et l’initiative de mettre le feu aux poudres. Et, à l’époque, le Parlement n’a pas eu le sang-froid ni le contrôle nécessaire pour véritablement évaluer la situation.
La commission d'enquête parlementaire sur Fortis est passée à côté de ces contacts et de cet autre scénario du Fortisgate. A-t-elle complètement manqué son objectif ?
Oui. Cette commission d’enquête parlementaire s’est complètement plantée. Elle n’a pas bien fait son travail et son président n’a pas bien fonctionné. C’est le passé, la page est tournée. Mais, aujourd’hui, la population a le droit de savoir de A jusqu’à Z ce qui s’est vraiment passé dans le Fortigate. C’est un devoir de faire toute la vérité et d’aller jusqu’au bout de l’enquête. Je dis aussi que chacun doit prendre ses responsabilités ! Jusqu’à aujourd’hui, seuls les politiques ont assumé leurs responsabilités et pour des choses qui sont tout à fait marginales Et encore, il n’y a que certains responsables politiques qui ont assumé, parce qu’à en croire les enquêteurs, on voit que d’autres responsables ont aussi passé pas mal d’appels téléphoniques
Vous visez le SP.A Dirk Van der Maelen qui a échangé de nombreux coups de téléphone avec un magistrat ?
Ce que je sais, c’est que de mon côté, je n’ai pas donné ou reçu un appel d’un magistrat. Je n’ai pas eu de contact ni avec Christine Schurmans, Mireille Salmon, Guy Delvoie, Paul Blondeel ou Ghislain Londers. Je ne les ai jamais contactés. D’autres ne peuvent pas en dire autant.
Avez-vous été entendu par le juge d'instruction dans le cadre de son enquête sur le Fortisgate ?
Oui, j’ai effectivement été entendu. Je n’en dirai pas plus.
Rétrospectivement, regrettez-vous d'avoir remis votre démission comme Premier ministre ?
C’est la Chambre qui n’a pas été à la hauteur de l’évènement et qui a eu une réaction hystérique. La Chambre a agi dans la précipitation. En voulant faire toute la clarté, j’ai sous-estimé ce risque. Cela dit, j’essaye de ne pas mêler mes sentiments personnels avec les faits objectifs Aujourd’hui, je pourrais en vouloir à Ghislain Londers, oui. Je vois aussi que Guy Delvoie, l’ancien président de la cour d’appel, a pris la fuite vers La Haye où il a été nommé au Tribunal pénal international Ces gens-là, aujourd’hui, devraient mettre leurs cartes sur la table et pourraient aussi assumer leurs responsabilités.
Est-ce que votre honneur et celui de votre gouvernement sont rétablis maintenant que les enquêteurs planchent sur de nouvelles pistes ?
J’attends la conclusion de l’enquête du juge Heimans. Mais si ces pistes se confirment, on verra que ce sur quoi le Parlement a bouillonné n’était qu’un détail. Il n’y avait pas de choses répréhensibles du côté du gouvernement. Et j’ai beaucoup de regrets pour ce qui s’est passé politiquement J’ai énormément de regrets. Mais la page est tournée.
Est-ce que cette enquête est de nature à vous redonner confiance en la justice ?
Jusqu’à présent, j’ai toute confiance en Henri Heimans qui mène l’instruction ainsi que dans les enquêteurs. Mais il faudra vraiment que leur enquête aboutisse et qu’on y donne une suite pour que je retrouve confiance en la justice dans ce pays. J’espère que toute la lumière sera faite.
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