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Monarchie | Publication

Dix ans de bonheur princier

Christian Laporte

Mis en ligne le 31/10/2009

Il y a dix ans, la Belgique préparait le mariage de Philippe et Mathilde. Le photojournaliste Olivier Polet restitue cette saga tout en nous invitant à Laeken.

Une fuite au cœur même du Palais avait vendu la mèche un peu trop tôt : début septembre 1999, la Belgique apprenait suite à une indiscrétion dans les journaux du groupe Concentra que le prince héritier avait décidé d’unir sa destinée à celle d’une charmante et ravissante jeune femme de 26 ans issue d’une des plus anciennes familles du pays.

Philippe de Belgique allait en effet convoler quelques semaines plus tard en justes noces avec Mathilde d’Udekem d’Acoz, une logopède qui partageait nombre de valeurs et de convictions avec le Prince, dont la moindre n’était pas de se mettre au service des moins favorisés de la société.

La nouvelle avait réjoui les Belges, d’autant plus qu’ils sortaient d’une période très sombre marquée par l’affaire Dutroux et ses horreurs de plus en plus inimaginables. En même temps, c’était aussi une bonne nouvelle pour le gouvernement arc-en-ciel issu des élections de juin, qui avaient été marquées par la crise de la dioxine. Après tous ces troubles qui avaient secoué la société belge et miné la confiance dans le monde politique au point de renvoyer le CVP dans l’opposition (!), la perspective d’un beau mariage princier ramenait un peu d’optimisme et contribuait au véritable lancement du premier gouvernement laïque depuis quatre décennies.

Après une fête de fiançailles particulièrement conviviale autour de la société civile au château de Laeken, le 13 novembre, le couple s’était uni devant les hommes et devant Dieu, le 4 décembre 1999 à Bruxelles.

Depuis lors, la famille s’est agrandie à quatre reprises. Mieux, en ayant d’abord eu une fille, Elisabeth, le prince Philippe et la princesse Mathilde ont donné un coup de pouce au rafraîchissement de l’institution monarchique après l’abolition de la loi salique puisque leur aînée sera appelée un jour à monter sur le trône en tant que reine "à part entière", si l’on ose ainsi s’exprimer.

Mais ce souci est pour bien plus tard : la priorité de l’heure est plutôt de lui donner une éducation à la fois royale mais aussi très générale, tout comme à ses frères Gabriel et Emmanuel et à sa petite sœur Eléonore.

Avec quand même déjà les prémices d’une formation plus poussée et des (petites) obligations, comme celles d’accompagner ses parents à l’inauguration d’une exposition sur la station polaire qui porte son nom au Palais royal, ou encore de les suivre à l’une ou l’autre cérémonie officielle.

La famille du prince Philippe et de la princesse Mathilde est-elle donc comme les autres ? Presque... car il y a quand même l’environnement palatial, ses ors et ses fastes, puis le fait d’être bien né et, enfin, des mesures de sécurité permanentes comme n’en supporte/subit aucun Belge lambda. Et cela que ce soit lors de manifestations publiques mais aussi pour les gestes les plus quotidiens comme aller à l’école, en l’occurrence au Sint Jan Berchmanscollege car les princes ont décidé d’éduquer leurs enfants dans toutes nos langues nationales.

Cela, c’est côté jardin, mais côté cour, dans toutes les acceptions du terme, Philippe et Mathilde ont assumé pleinement les charges relatives à leur fonction. Ce bilan "politique", qui devrait étudier le rôle du Prince à la fois sur le terrain belgo-belge et comme super-ambassadeur du commerce extérieur et la complicité de la princesse dans les matières sociales et culturelles, doit encore être écrit.

Avec notamment une analyse très fine de certaines prises de position du prince qui ont pu apparaître audacieuses, notamment par rapport à l’extrême droite flamande.

Avec plus de cinquante missions économiques à l’étranger, le Prince s’est aussi parfaitement installé dans le sillage de son père qui, avant lui, avait parfaitement compris l’intérêt pour la Belgique d’exporter son savoir-faire dans tous les secteurs.

Mais l’action de Philippe de Belgique, c’est aussi de s’investir dans le rapprochement de nos trois communautés. De nos quatre communautés, faudrait-il dire, puisque le Prince est aussi apparu à de nombreuses reprises comme un supporter de l’évolution multiculturelle dans notre pays, attentif à l’action des Belges d’extraction récente.

Philippe est-il prêt à monter sur le trône ? La question ne se pose pas car, pour l’heure, la priorité est familiale et éducative. Le Prince ne souhaite en effet pas que ses enfants revivent d’une manière ou d’une autre la jeunesse et l’adolescence bousculées qui furent les siennes. Cela dit, pour ceux qui l’approchent depuis des années, la réponse est positive.

A l’occasion des noces d’étain des princes, comme la question de la succession n’est absolument pas à l’ordre du jour, il s’imposait alors prioritairement de parcourir l’album de famille et de tenter de percer les secrets d’un bonheur qui se vit dans une certaine simplicité, sans strass ni paillettes.

Olivier Polet, photojournaliste, éditeur et aussi grand voyageur à ses heures rarement perdues était "the right man at the right place" pour ce faire. Comme photographe expérimenté, il a accompagné le présent règne depuis le début et a d’ailleurs déjà consacré un album il y a quelques années au Roi et à la Reine. Il fut aussi de l’aventure éditoriale des "Marches du Palais", une plongée dans les coulisses de la monarchie écrite par Jacques Mercier et par notre regretté confrère et collègue Guy Daloze, trop tôt disparu. Olivier Polet fut encore à la manœuvre dans la confection d’un autre superbe album, sur les Serres de Laeken cette fois, mais on lui devait déjà aussi un premier ouvrage sur le couple princier.

Bref, en un mot comme en cent, il allait presque de soi que, plus que quiconque, Polet poursuive cet "opus magnum" et propose une fois encore au Palais de le suivre de près en public et en privé sans cependant jamais s’imposer chez Philippe et Mathilde et leurs enfants. Le contrat non écrit était une fois encore très clair : l’artiste - car c’en est un aussi... - se fondrait dans le paysage et capterait tout naturellement petits et grands moments du quotidien princier, parfois... avec un goût certain de la mise en scène. Mais il ne faut pas bouder son plaisir : les plus de 100 photos inédites valent le détour et ne nécessitent souvent pas de légende qui déforcent un peu le message de l’auteur... Car si les photos intimes montrent que le prince Philippe et la princesse Mathilde sont des parents extrêmement fiers de leur progéniture, il était aussi important de les replacer dans leur activités traditionnelles. Avec là encore des images exceptionnelles. Par exemple, lorsque à l’encontre du protocole encore (trop) "stijf" du Palais, qui n’ose guère s’aventurer sur des chemins moins balisés, contrairement à d’autres Cours européennes, l’on voit le couple princier dans un restaurant grec de Mont-sur-Marchienne, chez l’ami Vassilios qui a préféré quitter le soleil grec pour l’environnement pas toujours très souriant de Charleroi lors de la dictature des colonels. Ou encore, lorsque lors de certaines visites à des entités wallonnes ou flamandes, le prince Philippe se prête de bonne grâce à des séances photo d’amateurs, tout heureux de pouvoir fixer pour l’éternité leur gamin à côté de l’héritier du trône. Plus encore que dans une interview-papier ou télé, c’est là que le couple princier se dévoile vraiment...

"10 ans de Philippe et Mathilde. les secrets d’un bonheur", préface de Thomas Van Hamme (C’est du belge-RTBF). Editions Polet

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