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Politique
Yves Leterme en pole position
M.Bu.
Mis en ligne le 04/11/2009
Même les crocodiles font du lobbying pour Herman Van Rompuy... Pour soutenir la candidature du Premier ministre belge à la tête du Conseil européen, son collègue de parti Wilfried Martens a fait des pieds et des mains auprès de la chancelière allemande Angela Merkel, en marge d’un sommet européen à Bruxelles la semaine dernière. Et la conservatrice allemande, dit-on, a été (très) sensible aux arguments de son "ami" Wilfried...
Bref. Alors que les chances du Premier ministre belge d’accéder à ce poste se précisent, déjà, la succession de Van Rompuy au "16" rue de la Loi agitent les responsables politiques belges. Un peu en vain. Tant les choses semblent a priori cadenassées à ce niveau-là.
D’abord parce qu’il s’agit avant tout d’un troc interne au CD&V - le parti qui détient les clés du "16" depuis juin 2007 (à l’exception de l’interim de Guy Verhofstadt). Ensuite, parce qu’il existe au sein des troupes orange un consensus (de raison ) pour qu’Yves Leterme prenne le commandement du gouvernement fédéral. Certes, le chouchou d’Herman Van Rompuy n’est pas Leterme mais l’actuel vice-Premier CD&V Steven Vanackere. Van Rompuy a une confiance absolue en Vanackere. Mais avec ses 2 624 voix aux dernières élections, c’est un peu léger, fait-on remarquer - y compris au sein de sa formation politique. Parenthèses : la présidente du CD&V Mariane Thyssen n’est absolument pas intéressée par ce poste de Premier ministre. "Le CD&V serait honoré de fournir le président du Conseil européen", s’est contentée d’indiquer à Belga la présidente de parti depuis son lieu de vacances à la Mer du Nord.
Donc, nous y voilà : Yves Leterme. Celui qui est devenu chef de la diplomatie belge en remplacement de Karel De Gucht en juillet dernier est "incontournable" en cas de départ d’Herman Van Rompuy. Il le sait, tente de temporiser même si l’appétit du come-back, la soif de revanche, le débordent Le Yprois contemple d’un oeil torve la presse francophone qui lui est hostile - ainsi a-t-il mal vécu les critiques récentes se rapportant à sa mission en Arabie Saoudite. Yves Leterme est conscient qu’il devra lutter contre ses faux pas à répétition et la mauvaise perception qu’a de lui l’opinion publique francophone.
Yves Leterme a été "blanchi" par la commission d’enquête parlementaire sur le Fortisgate. A Gand, l’instruction sur le Fortisgate suit son cours - elle devrait mettre les responsables gouvernementaux, Yves Leterme en tête, hors de cause. Voilà donc le Ouest-Flamand blanc comme neige, estimant qu’il a injustement pris ses responsabilités alors que les magistrats qui ont causé sa perte volent de promotion en promotion.
Last but not least, ses 800 000 voix de préférence en juin dernier pèsent (encore) lourd dans la balance à l’heure de dénicher un remplaçant pour Herman Van Rompuy. Yves Leterme pensait devoir attendre le scrutin législatif de 2011 pour se remettre en selle en menant la liste CD&V, la promotion supposée de Van Rompuy lui offre une chance inespérée de revenir plus tôt que prévu sur le devant de la scène. Le Yprois ne laissera pas passer cette chance, c’est dans son caractère, il est revanchard. Reste que Leterme - avec le passé qui est le sien - devra se bagarrer pour résoudre le sac de noeuds qu’est la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Est-il à même de réussir là où il a échoué deux fois déjà (comme formateur en 2007, comme Premier ministre en 2008) ? Ainsi l’une des conditions posées par Leterme avant de revenir au "16" serait l’enregistrement d’avancées communautaires conséquentes par Herman Van Rompuy.
Reste à voir de quelle manière les quatre autres partis de la coalition fédérale se comporteront avec Yves Leterme. Car, déjà, la famille libérale réclame son dû. "Je trouve cela incroyable, s’étrangle un responsable bleu, comment imaginer qu’on avalise de la sorte un éventuel retour de Leterme comme Premier ministre ?" De fait : MR et Open VLD ensemble peuvent compter sur le soutien de 41 députés. De l’autre côté, CD&V et CDH totalisent - depuis le départ de la N-VA du cartel - 33 députés. Une différence nette de 8 parlementaires qui pourrait peser lourd à l’heure du départ de Van Rompuy vers les cieux européens. Ainsi pour apaiser les libéraux, le poste de chef de la diplomatie pourrait leur être proposé. Le président du MR Didier Reynders pourrait y expédier Charles Michel, actuel ministre de la Coopération au développement. Tactiquement, cela lui permettrait d’éloigner son principal rival dans la course au leadership bleu.
Tout ceci, évidemment, n’est que spéculation. Depuis les plages du Coq, à la côte belge, Herman Van Rompuy se contente de lire la petite revue de presse que lui a préparée son équipe. Et il réfléchit à ce poste européen en vue. Il en parle avec sa femme et ses enfants : "Herman m’a dit qu’il n’en avait pas envie, que son devoir est ici en Belgique, a confié l’épouse du Premier ministre à "Sud Presse". Vous le connaissez, c’est un honnête homme, il ne demandera rien. [ ] Mais vous savez aussi qu’il avait dit la même chose quand on parlait de lui comme Premier ministre". Si c’est Madame qui le dit...
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