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L’après Van Rompuy fait peur
Vincent Rocour
Mis en ligne le 09/11/2009
Ce lundi, Herman Van Rompuy pourrait être fixé sur son destin européen. Les chefs d’Etat des pays de l’Union se rencontreront aujourd’hui au cours des célébrations entourant l’anniversaire de la chute du mur de Berlin. Nul doute qu’entre eux, ils ne parleront pas seulement d’Histoire. Maintenant que le traité de Lisbonne a été adopté dans tous les pays, de nombreux dirigeants européens, Nicolas Sarkozy en tête, estiment qu’il faut rapidement désigner les personnes aux deux nouvelles fonctions qu’il crée : un président du Conseil européen et un haut représentant de l’Union pour les Affaires étrangères.
On le sait : Herman Van Rompuy a de bonnes chances d’être le nouveau président du Conseil européen. De très bonnes chances. Il a les faveurs de nombreux chefs d’Etat. Jean-Claude Junker, le Premier ministre luxembourgeois, et son homologue néerlandais, Jan-Peter Balkenende, ne se sont toujours pas désistés dans la course à la présidence du Conseil européen. Mais ni l’un ni l’autre ne pourront s’opposer à la désignation d’Herman Van Rompuy comme futur président de l’Union s’il est plébiscité par ses pairs : cette désignation se fait à la majorité qualifiée et non pas à l’unanimité. La décision pourrait être entérinée dès ce jeudi.
Mais en Belgique, le départ éventuel d’Herman Van Rompuy pose la question de sa succession au poste de Premier ministre. L’homme avait apporté la stabilité au gouvernement fédéral après des mois de tensions et d’incertitudes. Voilà même qu’il promettait d’arriver à une solution dans l’épineux dossier de l’arrondissement de la circonscription de Bruxelles-Hal-Vilvorde. C’est sûr, c’est homme a tout du magicien.
Il ne sera pas facile de succéder à cet homme. En Belgique, on ne parle que de cela. La première chose à régler, c’est de savoir dans quelle formation aller chercher le prochain Premier ministre. Le CD&V a la main. Mais depuis l’éclatement du cartel avec la N-VA, il n’est plus le premier parti représenté à la Chambre. Il totalise 23 députés. Ex aequo avec le MR : 23 députés également. Pire. Depuis l’éclatement du cartel, la famille libérale est devenue la première du royaume. Elle compte 41 députés contre 33 à la famille sociale-chrétienne. Or, comme l’a rappelé le président du MCC Gérard Deprez sur les antennes de la RTBF, la tradition veut qu’en Belgique, le Premier ministre soit issu du parti le plus important de la famille politique la mieux représentée au Parlement. Le MR donc.
Les libéraux pourront revendiquer le "16". Et peut-être le feront-ils en coulisses. Mais leurs chances paraissent maigres d’emporter le morceau. S’ils veulent le poste, ils doivent être en mesure de l’arracher au CD&V. Alors, quel est leur moyen de pression ? Ils pourraient menacer de se retirer du gouvernement. Mais ils auraient sans doute beaucoup à perdre dans de nouvelles élections. Le dernier scrutin n’a été favorable ni au MR ni à l’Open VLD. Une nouvelle élection maintenant risque de reproduire des résultats comparables au fédéral.
Le poste devrait donc rester au CD&V. Mais pour qui ? Le premier nom qui arrive, c’est celui d’Yves Leterme, ancien Premier ministre et actuel ministre des Affaires étrangères. Mais ses échecs répétés dans le dossier BHV et une image un peu écornée au sud du pays pourraient inciter son parti à choisir une autre personnalité, en lui promettant que son heure viendrait plus tard. Dans l’immédiat, le CD&V pourrait choisir Jean-Luc Dehaene, qui est finalement un peu dans la posture d’Herman Van Rompuy avant qu’il accepte de devenir Premier ministre : il rassure l’opinion publique francophone, il n’a plus rien à prouver, et vu son âge, ne fera plus d’ombre à quiconque. Une autre option : Marianne Thyssen. Pour Yves Leterme, ce serait peut-être plus facile à avaler : c’est une femme et elle préside le CD&V. Son manque d’expérience ministérielle est un handicap, mais après tout, dans les pays avec un scrutin majoritaire, le Premier ministre désigné est souvent quelqu’un qui n’a aucune expérience ministérielle.
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