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Autorité | Quelle recette miracle ?

Ne pas humilier les élèves, les respecter

Monique Baus

Mis en ligne le 16/11/2009

Un débat oppose partisans et adversaires de la punition à l'école depuis l'Antiquité. Mais les récompenses pour motiver ne font pas l'unanimité non plus. Tous les lundis, retrouvez notre section "Enseignement et éducation".

Fin de l’année scolaire passée. Une maman d’élève de sixième, à Louvain, dénonce auprès du commissariat général aux droits de l’enfant la violence dont sa fille a fait l’objet à l’école. "Des punitions corporelles dignes du Moyen Age" , se plaint-elle. Quoi ? Gaëlle a été obligée à monter et descendre cent fois les marches du grand escalier. "Une punition normale" , d’après la directrice. D’autres sont pratiques courantes dans cette même école. Comme porter un bonnet d’âne pendant une semaine, devoir rester à genoux dans les cailloux le pantalon relevé pendant dix minutes ou plonger la tête dans un seau d’eau froide. Le ministre de tutelle qualifie les faits de "jamais vus" . Vraiment ? Faut-il punir à l’école en 2009 ? Et comment ? Contrairement à ce que l’on pourrait croire, tout le monde n’est pas du même avis sur la question !

Bien sûr il faut distinguer la punition corporelle de la sanction scolaire du type devoir supplémentaire ou retenue. La punition collective n’équivaut pas non plus à l’individuelle. Mais, quoi qu’il en soit, chacun trouve des arguments pour défendre sa position.

Pour les sanctions corporelles ? Si si, il en a qui affichent cette conviction (sur un blog, anonymement quand même) : "Quelquefois, un bon coup de pied aux fesses donné sans brutalité excessive, devant les autres, est plus efficace qu’un autre type de punition. L’élève se trouve extrêmement vexé devant ses copains. Méthode à n’utiliser qu’en cas d’extrême nécessité." Cela dit, les opposants (ce n’est pas une surprise) sont plus nombreux. Dans les rangs des profs : "Ne vous attendez pas à vous faire vénérer par des jeunes qui n’ont pas choisi d’être en face de vous : intéressez-les, c’est tout !" Ou : "J’étais très respecté de mes élèves parce que, de mon côté, je les respectais. Donc, pas besoin de punition." Chez les parents : "Mon fils était humilié, installé au milieu du couloir avec sa table et sa chaise pendant que les autres allaient manger, tout cela parce qu’il terminait sa copie le dernier." Et, évidemment, chez les élèves : "En primaire, j’avais une maîtresse qui nous balançait des coups de livres dans la tronche. Mais des vrais coups, hein, pas une petite tapette sur la joue ! Une vraie folle furieuse. A moi, elle ne l’a fait qu’une seule fois. Vu qu’elle me terrifiait, je ne m’amusais plus à bavarder." Et : "En primaire, on avait une institutrice qui tirait les oreilles des élèves qui n’arrivaient pas à résoudre les problèmes. Vachement utile, n’est-ce pas ? Sinon, quand un enfant parlait, elle jetait la brosse de tableau dans sa direction."

Même la punition scolaire "simple" (recopiage ou retenue) ne recueille pas tous les suffrages. Recopier cent fois ou deux cents fois une phrase ou un texte ? Tout le monde ne trouve pas cela utile. "Mon prof de français m’a puni pour avoir bavardé , raconte cet élève. J’ai été collé deux heures. J’ai toujours perçu les punitions comme injustes et elles ne m’ont jamais dissuadé de parler !"

Et puis il y a ceux qui approuvent : "Une sanction adaptée à la faute de l’enfant est appropriée , estime ce parent. Il peut ainsi comprendre l’erreur qu’il a faite et comprendre qu’il ne devra pas recommencer."

Certains établissements préfèrent opter pour une politique de récompenses. C’est très souvent le cas dans l’enseignement fondamental. Rarement chez les plus grands. Dans cette petite école maternelle et primaire de Neder-over-Heembeek (Bruxelles), 400 enfants jouent dans la cour. Un vacarme ! Les classes comptent parfois près de 50 élèves. Il faut donc trouver des "trucs".

C’est le cas de cette 3e maternelle où, sous l’autorité de deux institutrices, 49 bambins de 5 ans doivent se tenir à carreau. Nous sommes dans la classe des Schtroumpfs. Et son fonctionnement tourne autour des petits hommes bleus. Une bonne conduite donne droit à un bon point Schtroumpf. Une mauvaise, un Gargamel. Trois Gargamel : chez M. le directeur. Dix Schtroumpfs (plus généreusement distribués) : une récompense dans la boîte à cadeaux. En fin de semaine, ceux qui ont été les plus sages pourront fièrement rentrer chez eux avec une peluche issue de la BD.

En 1ère primaire de la même école, des bonbons sont distribués quand un livre est rendu à temps à la bibliothèque. Et des petites mésanges (une correspondant à chaque élève) avancent et reculent sur un grand tableau, dans la classe du même nom, reflétant la conduite des élèves. Quand l’oiseau est arrivé à bon port : récompense. Revenu au départ : chez le dirlo.

Qu’en penser ? "Je m’interroge , répond cette maman. Le risque existe certainement de voir s’installer une certaine rivalité entre les enfants. Il se peut aussi que l’enfant ne retienne que : je reçois une récompense si je fais quelque chose de bien. Mais que faire d’autre ?" Le sujet sera vraisemblablement débattu lors d’une prochaine réunion du conseil de participation.

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