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Leterme II : en voiture, Simone !
Martin Buxant
Mis en ligne le 26/11/2009
C’est dans la boîte. Le nouveau gouvernement fédéral, piloté par le CD&V Yves Leterme, est en place depuis mercredi. Et à l’heure où vous lirez ces lignes, les clés du "16" sont dans la poche du nouveau Premier ministre depuis (quasi) 24 heures.
Mercredi, dans la matinée, Albert II n’avait pas fait traîner les choses. Ainsi en l’espace de deux heures avait-il déchargé le "facilitateur royal" Wilfried Martens de sa mission, accepté la démission d’Herman Van Rompuy parti vers la présidence du Conseil européen. Et désigné Yves Leterme comme nouveau Premier ministre belge - onze mois après avoir accepté sa démission en décembre 2008.
Dans la joie et la bonne humeur, toute l’équipe gouvernementale - ministres et secrétaires d’Etat - s’est retrouvée à Laeken pour une nouvelle prestation de serment. La quatrième, pour certains ministres, depuis les législatives de 2007. "Franchement, constate un participant, c’était nettement moins solennel et impressionnant que les autres fois. On a un peu vécu cela comme un passage obligé." La routine, ou presque. Il y a bien Inge Vervotte, la revenante du gouvernement, qui est arrivée in extremis pour pouvoir figurer sur la photo de famille. Et puis le Roi, de fort bonne humeur, qui, dit-on, a taquiné le secrétaire d’Etat Jean-Marc Delizée lors de sa prestation de serment (dans les deux langues). "Dites-donc, lui a glissé le Souverain, vous le dites encore mieux en néerlandais qu’en français."
Retour rue de la Loi. Un Conseil des ministres a suivi la prestation de serment des ministres. Joëlle Milquet (CDH) s’est distinguée en offrant un bouquet de fleurs rouges, bleues et oranges (les trois couleurs de la coalition gouvernementale) au nouveau Premier ministre. Elle s’y est d’ailleurs prise à deux fois : "une fois lorsque nous étions entre ministres, et la seconde fois quand les caméras sont entrées dans la salle de réunion", raconte, goguenard, un membre du gouvernement Ce qui a fait sourire Yves Leterme : "Mais je l’ai déjà reçu ce bouquet !", a-t-il alors glissé à la vice-Première Joëlle Milquet. Dans la foulée, Leterme a été chaleureusement applaudi par "ses" ministres.
Ce Conseil aura également été le théâtre du premier coup de sang de Leterme. Contre la publication d’un draft de sa déclaration gouvernementale sur le site de "La Libre" : "Ça commence mal entre nous, pestera-t-il, si on ne peut même plus travailler dans la confidentialité !" Deux heures plus tard, ces "fuites" vers la presse permettront au président de la Chambre Patrick Dewael (Open VLD) de faire un petit laïus et de protester contre ce "danger pour la démocratie"
Allez, un petit sandwich dévoré en quatrième vitesse au "16", et, déjà, voici le temps de se présenter devant les députés. La déclaration, nous y voilà. Dans un texte de sept pages, lu en fin d’après-midi, le Premier a annoncé les priorités de son Exécutif jusqu’aux prochaines élections législatives de 2011. Sans surprise, celles-ci sont dans la continuité exacte du fil suivi par l’Exécutif Van Rompuy. Et, alors que c’est (encore!) un responsable CD&V - Jean-Luc Dehaene - qui pilotera les négociations sur la scission de Bruxelles-Hal-Vilvorde, Yves Leterme a souligné dans sa déclaration: "Cela fait trop longtemps que des discussions institutionnelles paralysent le fonctionnement optimal de ce pays. Jean-Luc Dehaene a été chargé de faire une proposition de fond au Premier ministre et aux présidents des partis de la majorité qui mèneront la négociation sur les problèmes institutionnels et en particulier celui de Bruxelles-Hal-Vilvorde". Et de poursuivre: "J’appelle tous les partis concernés à concrétiser leur engagement pour que des débats sereins aboutissent à une solution équilibrée. Il va de soi que retenue et discrétion sont indispensables pour cette sérénité. Le gouvernement espère conclure un accord au printemps 2010, suivi de sa mise en œuvre". Voilà qui est donc dit: la scission de l’arrondissement bilingue devra avoir été réalisée d’ici quatre mois. Good luck, Mijnheer Dehaene.
Dans les couloirs du Parlement, la revenante Inge Vervotte (Fonction publique) commente son come-back: "J’ai choisi d’assumer mes responsabilités politiques et j’ai suivi Yves Leterme et Jo Vandeurzen il y a onze mois. Aujourd’hui, nous sommes tous les trois redevenus ministres, c’est un juste retour des choses", dit-elle déclaré. Son collègue de parti, Steven Vanackere, a lui été promu aux Affaires étrangères avec Leterme II. Il dit: "Franchement, c’était mon rêve de pouvoir ainsi représenter mon pays sur la scène internationale. Et pour Yves Leterme, je trouve que c’est mérité son retour comme Premier ministre. C’est notre grand gagnant du scrutin de 2007 quand même".
Mercredi, le Premier a conclu sa déclaration par une touche personnelle: En ce qui me concerne, on apprend toujours des expériences passées. Je reprends le flambeau avec énergie, une volonté d’apaisement et de l’ambition pour notre pays". "Je vous demande votre confiance", a-t-il terminé devant un Hémicycle bien rempli. La réponse (positive) sera délivrée vendredi.
Savoir Plus
BHV : pas de statu quo
Cour constitutionnelle. "Le statu quo n’est pas possible. Il faut changer le système actuel, anticonstitutionnel", a expliqué mercredi le président de la Cour, Paul Martens, dans "Le Soir". M. Martens souligne qu’en 2003 la Cour "se limite à constater que la différence de traitement entre BHV et les autres circonscriptions n’est pas justifiée. Au législateur, avec toute l’imagination dont il peut faire preuve en la matière, de trouver un système équitable". Il estime que cette imagination ne peut amener le législateur à une simple justification légale de la situation actuelle. "Le statu quo n’est pas possible. Le maintien de l’intérêt des francophones ne peut se réaliser en gardant le système actuel."
A moins, ajoute-t-il, qu’on ne trouve, mais c’est difficile à imaginer, une convention internationale qui le permette. Paul Martens précise que la Cour ne demande pas la scission de BHV. "Un alignement de toutes les circonscriptions électorales du pays sur les territoires des provinces ne violerait plus la constitution. Mais, politiquement, ce système est peut-être inadmissible car il ne prévoirait aucune garantie pour les Francophones."
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