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Daerden en César
La bonne vieille tactique du buzz nourri par les médias
Grégoire Comhaire
Mis en ligne le 05/12/2009
Benoît Grevisse est professeur à l’UCL, membre de l’Observatoire du récit médiatique.
Que vous inspire cette mise en scène du ministre des Pensions Michel Daerden ?
En rendant publique des éléments de sa vie privée pour communiquer dans les médias, Michel Daerden n’a rien inventé. Il y a quelques années Joëlle Milquet a fait photographier son nouveau-né dans un magazine. En Flandre aussi, ce genre de démarche est arrivé par le passé. Voilà plusieurs années que Michel Daerden utilise une stratégie de communication qui tend à une certaine spectacularisation de son image personnelle.
Peut-on parler véritablement de stratégie de communication ?
Quand on parle de quelqu’un, que ce soit en bien ou en mal, cela crée un buzz qui en vient à masquer complètement le débat politique et l’échange d’idées. Le buzz est ensuite nourri par les médias qui viennent commenter l’événement. C’est une tactique connue. Silvio Berlusconi, par exemple, est tout à fait dans ce type de démarche.
Est-ce une tendance forte aujourd’hui ?
C’est en tout cas un phénomène que les hommes et femmes politiques connaissent bien. Ils livrent parfois des récits tout faits à la presse. Même si les médias les détricotent quelque peu, ces récits finissent tôt ou tard par rebondir tels quels sur le Net.
Depuis la fameuse vidéo des élections communales de 2006, Michel Daerden travaille-t-il à se construire un personnage ?
Il m’est difficile de répondre à cette question, car je ne suis pas dans la tête du ministre des Pensions ni dans celles de ses conseillers en communication. Je remarque toutefois que Michel Daerden a un potentiel de communication énorme et que, paradoxalement, il n’a pas l’air de l’utiliser pour servir son action sur le terrain. Si l’on regarde Nicolas Sarkozy, on voit que le président français joue très fort la carte de la communication pour parvenir à imposer son agenda politique. Ici, on a plutôt l’impression que le ministre des Pensions s’efforce d’imposer une sorte de "marque Daerden" en dehors de tout agenda.
Assiste-t-on à une “peoplisation” de la politique ?
Oui, même si en Belgique ce phénomène est beaucoup moins marqué que dans un pays comme l’Allemagne ou la Grande-Bretagne. Cela tient au fait que comme en France, on considère ici que la vie privée d’un homme politique, y compris d’éventuelles aventures extraconjugales, n’a aucune influence sur la manière dont il travaille. Nous sommes aussi un petit pays où tout le monde connaît tout le monde. La vie privée des célébrités y a moins d’importance.
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