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3 questions à Bruno Van Der Linden
Mis en ligne le 15/12/2009
Bruno Van Der Linden est économiste à l’Institut de recherches économiques et sociales (UCL). Il met le conflit autour du plan d’activation des jeunes chômeurs en perspective.
Que pensez-vous de la polémique, épuisée lundi, sur les aides à l’embauche des jeunes ?
Je dirais en préambule qu’on ne dispose pas de beaucoup d’évaluations des politiques de subventions à l’embauche en Belgique. Donc, toutes les décisions, tous les conflits en la matière se font sur des bases scientifiques fragiles. A l’Ires, nous avons analysé les subventions à l’embauche octroyées aux jeunes chômeurs sans expérience professionnelle. Nous avons constaté que cette mesure avait un impact positif sur leur réinsertion. Mais nous avons conclu que la subvention peut être de courte durée. Un an doit suffire pour permettre au jeune de se forger une expérience. Il est cependant difficile de généraliser à toutes les catégories de chômeurs.La littérature scientifique enseigne une chose : que pour les jeunes, une expérience précoce d’emploi ou, à l’inverse, une expérience précoce de chômage a un effet durable sur leur trajectoire d’emploi. Cela a donc du sens de leur éviter de verser très tôt dans le chômage.
Le ministre flamand de l’Emploi a-t-il eu raison de mettre en question les aides fournies aux jeunes ayant un diplôme de l’enseignement secondaire et chômeur depuis six mois ?
Philippe Muyters a raison de se préoccuper du ciblage des aides à l’embauche. Mais le ciblage est très difficile à faire. L’idéal, c’est de réaliser un screening individualisé pour toutes les personnes qui s’inscrivent au chômage. Mais si on n’en a pas les moyens, alors il vaut mieux laisser un peu de temps, quelques mois, avant de tenter de leur imposer ou proposer des politiques. Car, en temps normal, les choses s’arrangent effectivement souvent d’elles-mêmes pour les jeunes qui ont un diplôme d’enseignement secondaire. Mais tout cela, c’est en temps normal. Or, nous ne sommes pas en temps normal. Aujourd’hui, le marché de l’emploi est très mal en point. Donc, une mesure temporaire de renforcement en 2010 me paraît quelque chose de sensé. Même si c’est une mesure de plus qui, se superposant aux autres, risque de poser le lancinant problème de la lisibilité des politiques en Belgique. En 2011, il serait vraiment utile d’évaluer les effets de ces mesures.
La crise semble toucher tous les niveaux de qualification…
Oui. Cela apparaît lors de chaque crise. Le taux de chômage des moins qualifiés étant plus élevé que celui des autres catégories de travailleurs, c’est presque automatique. Une hausse du chômage des plus qualifiés exprimée en pourcentage est toujours plus spectaculaire parce que la base de comparaison est plus faible. Et puis, en cas de reprise, ce sont ceux qui sont les mieux qualifiés qui retrouvent le plus vite un emploi.
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