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Société | Victimes de la crise (2)
Un ordinaire qui s’améliore petit à petit
Grégoire Comhaire
Mis en ligne le 23/12/2009
En août 2008, la crise financière frappait brutalement la planète. Pas grand monde n’avait vu venir le coup. Il y a un an, "La Libre" était allée à la rencontre de ces gens et de ces institutions qui étaient en première ligne. Où en sont-ils aujourd’hui ? Comment ont-ils traversé la crise ? "La Libre" est retournée les voir pour saisir leurs espoirs, leurs craintes, les stratégies qu’ils ont développées pour s’en sortir. On retrouvera leurs témoignages au quotidien tout au long de la semaine.
C’était il y a un an, à quelques jours de ces deux dates fatidiques de réveillon, synonymes pour la plupart des Belges de cadeaux, champagne, saumon, foie gras et autre ravissements du palais. Dans une petite maison d’Herstal, sur les hauteurs de Liège, nous avions fait la connaissance de Sandrine Cox, une mère de famille de 37 ans, divorcée et caissière dans une grande chaîne de supermarché, pour qui le réveillon serait loin d’être aussi fastueux.
Comme l’ensemble de ses collègues, Sandrine nous expliquait alors être contrainte par son patron de travailler à temps partiel. Une mesure visant à accroître la flexibilité du personnel et qui, en cette période de crise, avait eu un impact non-négligeable sur son pouvoir d’achat. En travaillant 32 h par semaine, son salaire mensuel avoisinait ainsi les 1 100 euros net. Une somme à laquelle s’ajoutaient 100 euros d’allocations familiales et 150 de pension alimentaire versée par son ex-mari. 1 350 euros par mois donc. Un budget bien maigre pour subvenir à ses besoins et à ceux de sa fille, mais que Sandrine parvenait à tenir au prix de multiples sacrifices et de combines de toutes sortes lui permettant d’améliorer son ordinaire.
Si Sandrine avait accepté de témoigner, c’est parce que son histoire ressemblait alors à des milliers d’autres dans notre pays. Celles d’une part croissante de nos concitoyens se définissant comme "working poor". Des citoyens, qui bien qu’occupant un emploi stable, bien que n’émargeant à aucune aide sociale et ne devant faire face à aucune situation personnelle exceptionnelle, ont pourtant du mal à boucler leurs fins de mois.
Restrictions sur l’alimentation, aucune sortie le week-end sauf celles où elle ne devait rien débourser... Voilà à quoi ressemblait l’année dernière le quotidien de Sandrine Cox. Un quotidien "usant", comme elle le décrivait alors. Pas tant pour le fait de se priver de nombreux petits plaisirs, mais surtout pour la frustration de travailler dur tout au long de l’année sans jamais pouvoir cesser de se serrer la ceinture.
Comme aujourd’hui, l’hiver était alors bien installé sous nos latitudes. Pas de neige, mais des températures glaciales qui faisaient du living, où était installé le poêle à bois, la seule pièce habitable de la maison. "Ça ne serait pas du luxe d’avoir le chauffage central et des radiateurs dans les chambres", avait-elle confié. "Malheureusement, ce ne sera pas pour cet hiver-ci."
Un an plus tard, c’est à la terrasse (chauffée) d’un café de la cité ardente que nous retrouvons Sandrine Cox. mais cette fois, on remarque imédiatement que le sourire illumine son visage. "Ma situation est meilleure que l’année dernière" explique-t-elle. "Je fais toujours autant attention qu’avant à mes dépenses, mais je peux désormais m’en permettre un peu plus."
L’année 2009 a en effet été ponctuée de plusieurs évènements heureux. D’abord, l’arrivée du chauffage central dans la maison, qui a considérablement amélioré l’ordinaire, et permet à sa fille de passer sa période de blocus dans une atmosphère nettement plus propice aux études que l’hiver dernier. Ensuite, et surtout, l’arrivée d’un nouveau compagnon. Un compagnon ayant des fins de mois moins difficiles que Sandrine et un talent particulier pour la cuisine.
Alors que l’année dernière, Sandrine n’achetait que très rarement de la viande, et ne chargeait son caddie que de produits en promotion, elle peut désormais profiter plus souvent de bons repas, lorsque son compagnon se propose de faire les courses et de venir lui en concocter un. "Parfois aussi il m’invite au restaurant. Avec lui je peux désormais sortir dans des endroits où je ne mettais plus les pieds depuis longtemps."
Le quotidien est donc meilleur que l’an dernier. Mais Sandrine Cox est loin de rouler sur l’or pour autant. Jamais un euro n’est dépensé inutilement, au point de se priver de passer au distributeur pour éviter d’être tentée de faire des dépenses inutiles.
Priorité des priorités, les factures et l’indispensable pour sa fille. "Si après ça, il reste encore un petit quelque chose pour se faire plaisir, on le fait." Mais certains plaisirs devront attendre encore quelques années pour se matérialiser. Si Sandrine épargne depuis plusieurs années toutes les rentrées d’argent exceptionnelles (retour des contributions, 13e mois...) en vue de grosses dépenses prévisibles (assurance auto, minerval pour les études de sa fille...), il lui est très difficile d’amasser suffisamment d’argent pour effectuer, en une fois, les nombreux travaux que sa maison nécessite encore.
Si l’installation du chauffage central a constitué une étape importante, et sa petite maison, achetée il y a plusieurs années à Herstal "parce que c’était la seule commune où j’avais les moyens d’acquérir quelque chose de convenable", est loin de d’être terminée. "Dans un an ou deux, j’espère avoir assez d’argent pour isoler le toit." Sandrine pourra alors songer à économiser pour partir en vacances. Un plaisir dont elle n’a plus eu l’occasion de profiter depuis très, très longtemps. "Pour ça, j’ai une grosse tirelire dans la cuisine. Quand elle sera pleine, on la cassera et on partira avec ma fille."
1 350 euros par mois, c’est loin d’être la grande vie quand on est deux dans une maison. Mais Sandrine Cox refuse de se plaindre car elle sait que nombre de gens autour d’elle doivent se débrouiller avec beaucoup moins. Contrairement à d’autres, elle ne rêve pas d’être millionnaire mais juste d’avoir suffisamment d’argent pour subvenir à ses besoins sans compter. "Parce que quand on est habitué à vivre comme ça, on apprend à être content avec peu", explique-t-elle.
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