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série - ils ont été ministres (3)

Poncelet: "J’ai toujours été un intrus en politique"

Martin Buxant

Mis en ligne le 30/12/2009

Ministre fédéral PSC de 1995 à 1999, Jean-Pol Poncelet travaille aujourd’hui pour Areva. Pour lui, la politique, ce n’était pas une carrière.

Pour des raisons diverses, volontairement ou non, d’anciens ministres ont quitté totalement (ou très largement) le monde de la politique belge.

Pourquoi ? Que sont-ils devenus ? Comment ont-ils vécu leur reconversion ? Quel regard portent-ils sur notre vie politique ?

Après Philippe Maystadt, lundi; après Thierry Detienne, mardi; nous rencontrons aujourd’hui Jean-Pol Poncelet. Ce Luxembourgeois de 59 ans a été ministre fédéral PSC de 1995 à 1999. Après avoir été directeur stratégie et relations extérieures à l’Agence spatiale européenne, il travaille aujourd’hui pour Areva, le géant français de l’énergie nucléaire.

Cravate vert pomme mouchetée d’orange, Jean-Pol Poncelet s’assied dans une des salles de réunion des bureaux d’Areva à Bruxelles. Il y fait glacial, le chauffage ayant été coupé - preuve que même chez ce géant de l’énergie on n’est pas à l’abri d’un (petit) coup de froid

"Je suis ingénieur civil de formation, j’ai passé dix ans sur les bancs du Parlement fédéral dans la majorité puis dans l’opposition comme chef de groupe du PSC , raconte Jean-Pol Poncelet . J’étais assis à côté d’un certain Yves Leterme qui était lui aussi chef de groupe à cette époque. En 2001, j’ai eu l’occasion de rejoindre l’ESA, l’Agence spatiale européenne. C’était un retour à la technique, à la science, à la société. J’ai donc choisi de quitter la politique au sens propre."

Il reprend : "J’ai eu un parcours politique éclair au terme duquel je suis devenu ministre de l’Energie et de la Défense en 1995. J’ai dérégulé les lois du secteur de l’énergie et du gaz. C’est une chance que l’on a une fois dans sa vie On a fait ça au pas de charge et, en avril 1999, c’était ficelé. Puis, je suis passé dans l’opposition à partir de 1999 . Je n’ai pas quitté la politique et le Parlement par dépit , assure celui qui est aujourd’hui un des dirigeants du groupe français Areva . J’estime que j’ai été privilégié dans la vie politique. J’ai toujours été élu dans ma circonscription - le Luxembourg. Je suis parti parce que j’avais l’impression de pouvoir revenir à mon métier premier, celui d’ingénieur . J’ai quitté le Parlement le 14 août 2001. J’avais déposé une proposition de modification du règlement qui créait un comité d’avis des questions scientifiques et technologiques. Herman De Croo, le président de la Chambre, avait préparé tout le travail pour que ma proposition soit adoptée le jour de mon départ : un magnifique cadeau. A l’ESA, je me suis, par exemple, beaucoup occupé de Galileo. Un magnifique projet que les Britanniques voulaient à tout prix éloigner de tous les aspects militaires. Je me suis battu pour que la politique spatiale soit aussi au service de la Défense. Je suis en fait redevenu ingénieur." Il se souvient (avec émotion) de l’atterrissage d’une sonde européenne sur un des satellites de Saturne : Titan. "Un souvenir exceptionnel , dit-il. C’était en 2003. A quatre milliards de kilomètres ! C’est fabuleux Quand on a vu l’image se former sur l’écran, on s’est aperçu qu’on s’était posé sur du solide. Quel grand moment."

En 2005, le mandat à l’ESA prend fin, Jean-Pol Poncelet est contacté par Areva, géant français de l’Energie nucléaire. "C’est un secteur que j’ai suivi pendant très longtemps. J’ai aussi présidé l’agence de traitement des déchets. C’est un domaine qui m’intéressait beaucoup, j’étais en contact avec la présidente, Anne Lauvergeon. Et il est très rapidement apparu que nous étions sur la même longueur d’onde. Je suis entré chez Areva comme conseiller de la présidente. Deux ans après, j’ai pris une responsabilité plus opérationnelle : je suis devenu directeur du développement durable."

Alors, Monsieur le Ministre, la politique belge vous manque-t-elle ? "Oui et non. Je reste bien informé, je lis "La Libre", évidemment, j’écoute la RTBF presque tous les matins. Mes enfants sont très intéressés par la politique. J’ai vraiment considéré mon mandat politique comme un service que j’ai rendu à un moment dans ma vie. Je n’ai jamais considéré la politique comme une carrière. La vie politique, c’est du 24 heures sur 24, c’est extrêmement intéressant, mais ce sont des sollicitations non stop. C’est une école de la vie fabuleuse. C’est très irrégulier, vous avez un sommet de l’Otan à Washington un jour et l’après-midi même vous avez une permanence sociale avec les agriculteurs dans le Luxembourg. J’ai toujours aimé la confrontation, le débat politique. Mais je n’ai plus d’engagement public. Revenir ? Je ne pense pas. Je ne pense pas revenir sous la forme d’une campagne électorale, d’un engagement électif. La roue tourne, les générations se suivent, c’est la logique des choses que les jeunes nous succèdent. Charles-Ferdinand Nothomb qui m’a amené en politique m’a appris cela : former des jeunes, s’entourer des jeunes qui pourront prendre la relève. C’est une responsabilité essentielle. Je pense vraiment que j’ai toujours été un intrus en politique puisque j’étais un ingénieur au Parlement. Certains collègues se demandaient ce que je venais faire là. A l’inverse, certains ingénieurs se disaient que j’étais complètement piqué d’avoir été me perdre dans ce milieu. Le fait de changer, c’est vraiment salutaire. Je pense, et je vais le dire gentiment, que de nombreux élus s’accrochent aujourd’hui à la politique empêchant le renouvellement parce qu’ils n’ont pas beaucoup de capacités autres Au sommet d’un grand groupe international, ce n’est pas de la philanthropie , insiste Jean-Pol Poncelet. Au contraire, vous êtes même plutôt suspect. Il n’y a pas beaucoup de responsables politiques qui ont accès aux hautes responsabilités dans de grandes entreprises. Ce sont, hélas !, des mondes très étanches. Ce qui a changé en dix ans depuis mon départ ? A l’époque, il y avait de grandes proximités avec mes collègues du Nord du pays. J’ai toujours été proche de Karel Pinxten, d’Herman De Croo, mais aussi de Philippe Busquin, un scientifique comme moi. Elio Di Rupo était mon collègue, Louis Tobback et Yves Leterme, aussi. J’ai le sentiment que la proximité manque aujourd’hui. J’ai toujours fait l’effort de parler néerlandais, c’est la moindre des choses. Mon parti, le CDH, n’est plus celui que j’ai connu. Il a vécu une évolution voulue par sa présidente. Il est probable que si j’étais resté j’aurais émis des commentaires, car cela n’a pas toujours correspondu à ma manière de voir les choses. Mais à partir du moment où l’on quitte, on ne peut pas critiquer, ça n’apporte rien du tout. Je pense qu’on a raté des occasions. Les alliances qui ont été faites, les choix, n’ont pas toujours été les bons. Je ne comprends pas pourquoi on a choisi de maintenir aussi longtemps le Parti socialiste au pouvoir, ce n’est pas la meilleure chose qu’on ait faite. Il y a des occasions qui se présentent et qu’on ne peut pas laisser passer. Mais je n’ai qu’une légitimité de simple citoyen pour émettre ce genre de commentaires."

Il conclut : "Je dirais que la famille sociale-chrétienne a collectivement raté quelque chose, vous savez que j’ai été candidat à la présidence du parti contre Gérard Deprez. Lui, c’est quelqu’un qui avait plein de qualités, mais j’ai le sentiment qu’il n’a pas mesuré à sa juste valeur le développement d’une société environnementale. J’avais vu venir cette préoccupation très large. Les démocrates-chrétiens ont raté cette occasion : nous étions porteurs de certaines valeurs Vous aurez sans doute noté que la plupart des personnes qui ont rejoint les verts venaient de chez nous. C’est dommage. Qu’un parti politique puisse aujourd’hui se revendiquer comme seul dépositaire des idées écologiques, je pense que c’est une erreur. Nous aurions dû imprégner beaucoup plus tôt notre modèle d’économie sociale de marché par des idées écologiques."

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