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Ils ont été ministres (5 et fin)

Magda Aelvoet, citoyenne active très engagée

Christian Laporte

Mis en ligne le 04/01/2010

Ex-vice-Première dans l’équipe arc-en-ciel, Magda Aelvoet n’a plus de mandat officiel de Groen ! Mais elle reste très active sur le plan sociétal.

Rencontre

Il ne faut pas se fier aux apparences ! Si Magda Aelvoet nous a fixé rendez-vous au siège fédéral de Groen à Anderlecht, ce n’est pas parce que l’ancienne vice-Première ministre du gouvernement arc-en-ciel originel se sentirait encore des pulsions de "belle-mère" politique. Que nenni, si celle qui fut aussi députée européenne et présidente des Verts européens, a continué à conseiller ses amis politiques dans les matières qu’elle domine bien - le communautaire, mais aussi les questions de santé publique tout en étant forcément une Sage parmi les Sages du parti -, cette native de Steenokkerzeel, mais Louvaniste à part entière, a bel et bien tourné la page, et n’a plus de mandat officiel.

"Je suis sortie de la politique active fédérale fin 2002, mais je reste une militante active qui apporte sa petite pierre aux campagnes électorales. J’ai encore siégé au conseil communal de Louvain, mais là, j’ai aussi tiré ma révérence en septembre 2008 ! Cela a, du reste, été ponctué par une belle fête aux Halles universitaires", nous souffle l’ancienne "patronne" des verts flamands, l’œil pétillant à la seule évocation de ce moment convivial mais aussi de ses brettes plus oratoires que guerrières avec "Louis", le maïeur de la ville universitaire.

C’est vrai que ça devait avoir de la gueule, une joute entre Tobback Sr et la militante écologiste, car l’une comme l’autre voulaient avoir le dernier mot Le pas de côté de la mandataire fut aussi un choix privé : "Mon partenaire a douze ans de plus que moi. Après plus de quatre décennies de vie commune, il est temps de m’occuper davantage de lui. Un juste retour des choses : il m’a toujours permis de faire ce que je voulais. En même temps, je suis aussi une grand-mère plus qu’heureuse. Nous n’avons actuellement que trois petits-enfants, mais d’autres vont suivre; j’entends aussi me consacrer à eux, et soulager leurs parents. Je suis simplement un peu étonnée des mes propres réactions : je me voyais différente, mais nombre de clichés sur les grands-parents me concernent aussi !"

Magda Aelvoet, compagne et grand-mère heureuse, reste en même temps très active sur le terrain sociétal. "Je reste une citoyenne vigilante. Ces deux dernières années, je me suis beaucoup investie dans la Fondation Roi Baudouin. Pas comme membre du conseil d’administration, mais parce qu’au début de 2007, on m’ a demandé de présider le programme Démence développé en son sein. C’est un groupe interdisciplinaire de 13 personnes issues de différents horizons. Il y a là des médecins, mais aussi des sociologues, des représentants et des experts des centres spécialisés. Une de mes premières tâches fut de mettre sur pied un symposium sur la question. Ce fut un réel succès, puisque nous avions enregistré plus de 450 inscriptions. On a dû refuser du monde, et la salle était plus que pleine."

Pour Magda Aelvoet, ce fut une révélation : "J’ai vraiment découvert tout un monde. La démence touche un grand nombre de personnes et les études prospectives disent que le groupe de malades va encore s’accroître. Cela n’a rien d’étonnant, puisqu’on n’a pas encore pu trouver de traitements médicaux ad hoc. Mais il faut être optimiste quand on voit des avancées scientifiques comme celle de Christine Van Broeckhoven, professeur à l’université d’Anvers, et de deux de ses collaboratrices. Il faudra vivre de plus en plus avec ce problème, et trouver des formules pour aller à l’encontre de l’isolement dans lequel on installe ces malades. Un fameux défi : on estime que pour la seule Union européenne, la démence touche 7 millions de personnes."

L’ancienne ministre connaît bien le dossier : "Sous la présidence française, Nicolas Sarkozy a proposé un plan pour la France qui peut aussi être adapté à l’Europe. Chez nous, Laurette Onkelinx a pris des initiatives intéressantes autour de la maladie d’Alzheimer et de maux collatéraux. Mieux, elle a eu l’excellente idée d’inscrire la mise sur pied d’une rencontre de haut niveau sur la question dans le cadre de la prochaine présidence belge. Un meeting que j’aurai l’honneur de présider et que je prépare bien évidemment avec la plus grande attention, car ce sera l’occasion de mettre l’accent sur les stratégies à développer dans les années à venir avec une importance accrue pour les soins à domicile et les initiatives sur le plan local."

A l’évidence, ses nouveaux engagements ont "boosté" Magda Aelvoet. "Je voudrais faire partager l’idée que quand on a quitté le champ politique, il y a plus d’espace pour agir sur son environnement sociétal. La politique est devenue avant tout une question de (sur)médiatisation, et je ne vous cache pas que ce fut une respiration pour moi d’en être sortie. J’ai bien plus de possibilités d’action maintenant que les politiques actuels qui doivent se battre pour l’image de leur parti." Magda Aelvoet admet avoir connu aussi des passages difficiles au sein de sa formation. "C’était sans doute moins aigu que dans d’autres partis, mais il y avait aussi une terrible lutte pour le pouvoir. Le drame, c’est que la politique a perdu beaucoup de son crédit; aujourd’hui, on parle trop des acteurs et plus assez de la société. Les citoyens suivent tout cela du bord du terrain, mais à la longue, ils n’en sourient plus."

Pour Magda Aelvoet, le rejet du monde politique par l’opinion relève aussi du fait qu’il a de moins en moins son mot à dire dans les grandes crises : "Regardez ce qui se passe dans le dossier Opel ! Les hommes politiques s’époumonent à dire qu’ils veulent défendre l’emploi, mais ils n’ont plus aucune prise sur les décisions. Le décideur local n’a plus rien à dire face à la globalisation. Au Parlement européen, l’on a encore le sentiment de pouvoir peser quelque peu sur la décision politique mondiale "

Mais avec le recul, Magda Aelvoet ne regrette certainement pas sa carrière politique. Avec quelques satisfactions sur le plan ministériel : avoir pu créer l’Agence fédérale pour la sécurité de la chaîne alimentaire (Afsca) et avoir fait voter la loi sur le mariage homosexuel et celle sur les droits des patients. Dans le premier cas, elle a dû braver jusqu’au bout l’opposition du monde agricole flamand encore largement dominé par le CD&V. "Les chrétiens-démocrates étaient opposés à l’Afsca, et voulaient maintenir l’Institut d’expertise vétérinaire, les directions générales et l’Inspection alimentaire de la Santé publique qu’ils contrôlaient."

La reconnaissance du mariage des homosexuels ne fut pas une sinécure non plus : "Ce n’était pas un dossier simple, et le MR a eu très difficile à y marquer son adhésion. Mais si l’on voulait faire passer ces réformes-là, c’était vraiment sous le gouvernement arc-en-ciel; sinon, tout était reporté de 15 ou 20 ans " Magda Aelvoet constate que les réticences demeurent sur d’autres terrains : certains arrêtés d’application de la loi sur les droits des patients ne sont toujours pas adoptés

Reste à dire un mot du surplace récurrent sur le plan communautaire. Comme figure de proue des accords de la Saint-Michel de 1992, l’ancienne vice-Première se dit soucieuse, car à ses yeux, le climat sur ce plan va de mal en pis. Notamment "parce que la Flandre entend traduire à tout prix son pouvoir économique en pouvoir politique. Jadis, on écoutait et on se référait à la FEB, aujourd’hui, c’est le Voka qui l’emporte dans les esprits de nos compatriotes flamands. Il y a une autre donnée sociologique à intégrer : la Flandre vote au centre-droit, alors que la Belgique opte pour le centre-gauche. Résultat : les majorités fédérales ne reflètent plus jamais ces clivages. C’est pour moi le nœud du problème " Reste que BHV va revenir à l’avant-plan de l’actualité "Je souhaite beaucoup de chance à Jean-Luc dans sa mission de déminage pour BHV !" Et de nous rappeler qu’elle a toujours été pour "une solution négociée de cette question". Pas question donc d’un passage en force unilatéral flamand "Non, en Belgique, certaines questions nécessitent des majorités qualifiées, sinon, on ne respecte plus les droits des minorités. Cela dit, je suis aussi irritée d’entendre qu’une majorité de francophones refuse de parler le néerlandais. Comment voulez-vous faire la Belgique, alors ?"

Savoir Plus

Femme de convictions

Née le 4 avril 1944 à Steenokkerzeel, mais Louvaniste de cœur résidant à Kessel-Lo, “de l’autre côté de la gare”, Magda Aelvoet est candidate en philologie germanique et licenciée en sciences politiques et sociales de la KU Leuven. Après avoir travaillé, notamment, pour “Broederlijk Delen”, l’alter ego flamand d’“Entraide et Fraternité”, elle fut une des cofondatrices d’Agalev en 1979, dont elle devint sénatrice en 1985 avant de siéger respectivement à la Chambre et au Parlement européen. Elle fut nommée ministre d’Etat par Albert II en 1995, alors qu’elle ne devint ministre fédérale qu’en 1999. Vice-Première ministre du premier gouvernement Verhofstadt, elle y eut en charge la Protection de la consommation, la Santé publique et l’Environnement. Elle avait démissionné en 2002 après le scandale suscité par la livraison d’armes au Népal. Femme de convictions et de valeurs, elle a hérité du surnom, pour le moins injuste, de “nonne verte”, car comme on le lira ci-contre, elle fut incontestablement à la base de législations dont on ne peut affirmer qu’elles avaient une empreinte conservatrice, tout au contraire…

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