Lundi 6 sep 2010

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Entretien

Leterme: "On doit travailler ensemble"

Martin Buxant et Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 09/01/2010

Le Premier ministre encourage Régions et Fédéral à coopérer : “La Belgique a de grands atouts.” Yves Leterme dessine un fédéralisme de coopération.

Vous êtes aujourd’hui redevenu Premier ministre. Estimez-vous que notre système fédéral fonctionne correctement ?

Il faut amorcer un virage vers la nouvelle politique économique, les nouveaux projets dont on a besoin aux niveaux européen, belge et régional. La gestion la plus adéquate des problèmes doit être inspirée du "Multi layer government". Les matières doivent être traitées au niveau où elles doivent être traitées le plus efficacement.

Dans le cadre institutionnel actuel ?

Une évolution de nos institutions doit encore avoir lieu. Mais le fait que ces évolutions n’ont pas lieu pour l’instant ne doit pas être un alibi pour ne pas travailler de manière positive et constructive à l’efficacité de ce "multi layer government".

Concrètement… ?

Il y a plusieurs domaines dans lesquels les Régions ont des compétences cruciales et dans lesquels il faut investir pour parvenir à un renforcement structurel de notre économie. Ce sont précisément des domaines dans lesquels nous sommes en retard et dans lesquels nous devons produire des efforts supplémentaires.

Des exemples ?

L’innovation. La Belgique est en retard par rapport aux ambitions européennes qui étaient d’atteindre 3 % (2 % du privé, 1 % du public) du Produit Intérieur Brut. On est sous la barre des 2 %. Il faut augmenter les investissements en matière d’innovation : elle doit devenir la pratique journalière de chaque acteur économique. Pour cela, il faut des incitants et des initiatives publiques. Il faut aussi accroître la coopération entre le Fédéral et les Régions en la matière.

Il y a la formation et l’éducation et tout ce qui a trait aux ressources humaines. Les compétences sont réparties de manière un peu compliquée. Dans ce domaine, la coopération de bonne foi, de part et d’autre, peut être un moyen de rendre ces politiques plus efficaces encore.

Troisième exemple : la Belgique et ses Régions constituent une magnifique porte d’entrée pour le marché européen avec 450 à 500 millions de consommateurs. Il faut développer la logistique sur notre territoire. Là encore, une meilleure coopération entre le fédéral et les Régions s’impose. Le débat est délicat, le territoire est limité.

Quatrième exemple : nous nous défendons assez bien à l’étranger. Mais sur les marchés émergents, on a quand même un problème. Par rapport aux économies française, allemande, hollandaise, l’acquisition des investissements et la promotion de nos exportations est une compétence régionale. Mais je pense qu’il est possible de renforcer la coopération entre les Régions et entre les Régions et l’Etat fédéral. Au niveau du déploiement du corps diplomatique, des différentes agences de commerce extérieur, les missions économiques princières, on peut sans doute organiser plus de synergies. Chaque région a son plan : j’ai lu ces documents pendant mes vacances de Noël. J’ai repéré des actions pour lesquelles le gouvernement fédéral peut donner plus et où, inversement, les politiques régionales peuvent parfois compléter les fédérales. Voilà un véritable fédéralisme de coopération. Il y a un tas de sujets sur lesquels on peut accentuer cela.

Diable, quelle évolution…

Chaque responsable politique de bonne volonté jugera vite, à l’analyse, que c’est un plus de travailler ensemble. Travailler ensemble pour rendre le pays plus efficace : la Belgique est un pays qui a d’énormes atouts. Il faut les renforcer : pour cela, il faut que les Régions y mettent du leur. On peut les aider. Elles peuvent nous aider. En travailler mieux ensemble, on peut gagner des parts de marché à l’étranger.

Il est loin le temps où vous disiez que la Belgique n’avait pas de valeur en soi…

Le fédéralisme de coopération, j’en ai parlé en 2005, quand j’étais ministre-président du gouvernement flamand.

Il faut bien reconnaître que cela ne fonctionne pas toujours…

Il faut surtout éviter de dire que quand les choses ne vont pas, c’est de la faute de l’autre. La coopération, c’est un plus.

Ce discours fédérateur, rassembleur, admettez-le, est neuf dans votre bouche…

Vous savez, quand on voit les chiffres du chômage, quand on voit comment l’économie se porte On a la responsabilité cruciale d’améliorer la situation de l’emploi, des gens. L’emploi, ce n’est pas qu’une question de salaire, c’est aussi une question de dignité.

Certains ont été surpris que dans vos priorités il n’y ait pas l’institutionnel…

Je réponds qu’il ne faut pas utiliser l’argument qu’il n’y a pas de réforme de l’Etat pour ne rien faire sur le plan socio-économique.

La N-VA dit que vous êtes le roi de l’immobilisme…

Je crois surtout que la N-VA a une responsabilité au sein du gouvernement flamand et qu’elle ferait mieux de parler des choses pour laquelle elle est responsable. Je ne vais pas me laisser ennuyer par la N-VA.

Vous attendez un accord sur BHV avant les vacances de Pâques ?

J’attends la proposition de Jean-Luc Dehaene, conformément au communiqué du Palais.

Et s’il n’y a pas d’accord ?

Pas de commentaire.

Pourtant, vous ne parlez plus d’une scission de BHV mais d’une “solution”…

J’ai simplement rappelé l’arrêt de la Cour d’arbitrage.

Mais vous ne pouvez nier qu’il y ait eu une évolution dans le discours du CD&V : Marianne Thyssen dit que vous êtes partisan d’une solution négociée pour BHV, c’est une phrase qui était difficile à prononcer pour vous…

Il faut demander cela à Marianne

Est-ce qu’il faudra une majorité des 2/3 au Parlement ? Car certains disent que Groen !, Ecolo et le SP.A devraient être associés aux négociations…

J’ai lu cela, en effet.

En 2010, on parlera uniquement de BHV, pas de transferts de compétences ?

Je n’exclus rien.

Craignez-vous que la présidence belge soit polluée par le communautaire ?

Pas de commentaire.

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