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Education et enseignement
Pourquoi ne pas multiplier les Cefa ?
Germain Pirlot
Mis en ligne le 18/01/2010
Dans le dossier "Education et enseignement" de lundi 11 janvier, j’ai été très intéressé par les témoignages sur les Cefa, ces Centres d’éducation et de formation en alternance. D’où ma question : pourquoi, dans la mesure du possible, ne pas multiplier de tels centres qui pourraient devenir, non des formules de formation pour jeunes en difficultés et scolaires, mais le "parcours normal" pour des études professionnelles, et ceci à partir de 16 ans ? Pour des jeunes, ce serait certainement plus motivant et plus valorisant que des présences passives à des cours qui ne les intéressent nullement.
Dans l’un de ses témoignages, J.G. précise que "les élèves peuvent s’inscrire à n’importe quel moment de l’année, ce qui ne facilite pas l’organisation des cours". Sans doute, mais cela n’est pas une barrière insurmontable. Il suffirait d’organiser pour eux un cours "individualisé", adapté à leur niveau et à leurs difficultés individuelles. J’ai pratiqué un tel enseignement pendant plus de 30 ans avec de très bons résultats [Lycée bilingue attaché au Préventorium Marin à De Haan - www.zeepreventorium.be]. Les élèves y étaient admis pour des raisons médicales, principalement pour l’asthme et l’eczéma; par la suite, l’on a eu aussi des élèves qui souffraient de mucoviscidose. Ils venaient de toutes les parties de la région francophone et de tous les réseaux d’enseignement, à tout moment au cours de l’année scolaire; pour des cures variant de quelques mois à quelques années, selon leur état de santé. Vu que la priorité était donnée aux activités médicales et paramédicales, il était impossible de constituer des classes "normales" avec un horaire fixe. Vous aurez déjà compris que, vu ce système, tout cours ex cathedra était impossible.
Lorsque je partais pour l’école, j’ignorais totalement qui j’allais avoir dans ma classe; je devais constamment improviser et m’adapter aux élèves présents. A tout moment, j’avais des élèves de différentes classes pour des exercices individualisés selon leurs problèmes spécifiques. Les relations professeur-élèves étaient donc tout autres que dans l’enseignement traditionnel. Jamais je ne me suis retrouvé devant le tableau noir, mais à ma table où les élèves venaient pour recevoir les explications. Comme je le leur ai souvent répété, je n’étais qu’un bureau de renseignements pour les aider à résoudre leurs problèmes et les guider dans leur travail; travail que je ne pouvais pas faire à leur place.
Dans un enseignement "normal", les élèves attendent passivement que les profs les mettent dans un ascenseur pour les aider à se retrouver aux étages supérieurs; souvent, ils attendent encore que les profs poussent eux-mêmes sur le bouton pour mettre l’ascenseur en marche. Dans l’enseignement "individualisé" que j’ai pratiqué, les élèves devaient emprunter les escaliers et faire des efforts personnels pour atteindre les étages supérieurs; certains en traînant les pieds, d’autres plus allègrement, d’autres encore quatre à quatre, selon leur motivation et leurs capacités individuelles. Non loin de chez moi, se trouve une école professionnelle où, lorsque le temps le permet, les portes des ateliers de maçonnerie restent grandes ouvertes. L’on peut y voir des élèves qui, bon gré mal gré, y élèvent quelques pans de mur sous l’œil attentif d’un prof. Souvent je me suis demandé ce qui pourrait bien motiver ces élèves à donner le meilleur d’eux-mêmes pour dresser un muret qui sera démoli quelques jours, voire quelques heures après, pour laisser la place à un autre essai de construction tout aussi éphémère ! ? Ils seraient certainement de loin plus motivés si, dans le cadre d’un Cefa, ils aidaient à construire une maison qui, elle, resterait pendant des dizaines d’années, et dont ils pourraient être fiers d’y avoir apporté leur pierre.
Bref, je crois que qualifier les Cefa de "l’école de la dernière chance" est erroné. L’on devrait plutôt les considérer comme "l’école de la première chance" qui permet à des élèves de faire leurs premiers pas dans le monde du travail, de préférence dans leur secteur de prédilection et non, comme ces jeunes qui, dans votre dossier, doivent suivre un Cefa équestre, alors qu’ils visent un emploi d’électricien ou de plombier.
Il serait souhaitable que les responsables de l’enseignement - y compris les associations de parents d’élèves - se penchent sérieusement sur cette problématique. Soit multiplier les Cefa pour permettre à des jeunes de s’initier à un métier de leur choix sur le terrain avec toutes ses satisfactions et ses contraintes; soit de les obliger à suivre plus ou moins passivement jusqu’à 18 ans des cours dans une école professionnelle sans motivation aucune et très, trop souvent, avec du matériel désuet, voire obsolète. Entre-temps, l’on continuera à voir des jeunes désabusés, démotivés, sécher les cours et se défouler dans les cafés. Ont-ils vraiment tort ?
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