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L'affaire Daerden
Affaire Daerden: ce jour -là, au Sénat, la cata ...
V.d.W.
Mis en ligne le 21/01/2010
La scène se déroule, rappelez-vous, le jeudi 8 janvier 2010, à la tribune du Sénat. Ce jour-là, devant une Haute assemblée plutôt clairsemée, le ministre des Pensions, Michel Daerden (PS), lit - pour la première fois ! - un texte en néerlandais en réponse à une question d’un député flamand, Geert Lambert. Thème : l’avenir des pensions. L’interprétation est à ce point pathétique que dans l’heure de sa diffusion, les députés nationalistes flamands de la N-VA demanderont tout simplement la démission du ministre qui semblait pourtant tout fier d’avoir pu aligner quelques mots en flamand. Démission ? Pas parce qu’il a massacré un texte en flamand. Non, parce qu’une partie des sénateurs - et sans doute aussi les milliers de gens qui verront cet extrait, plus tard, sur YouToube - ont cru, dur comme fer, que l’homme était ivre. Ce qui apparemment, n’était pas le cas. Selon plusieurs témoins directs de la scène, l’homme était - exceptionnellement ? - asséché.
Dérapage ? Les amis de Daerden racontent qu’il régnait une certaine ambiance ce jour-là dans les couloirs très feutrés du Sénat. Au bar, une sénatrice, qui a dû être blonde, y racontait ses passions sexuelles. Et chacun riait à gorge déployée. Donc, c’était chaud et show au Sénat. Pourtant, il serait faux de dire que Michel Daerden a pris son exercice à la légère. Peu de temps avant, répétant son texte comme un acteur, il avait demandé conseil à deux autres ministres afin qu’ils l’aident à bien prononcer quelques expressions compliquées et à bien placer l’accent tonique. Hic. Ainsi Annemie Turtelboom (VLD), la ministre de l’Intérieur, et Melchior Wathelet (CDH), le secrétaire d’Etat au Budget, avaient patiemment fait réciter Michel Daerden. Qui, paraît-il, mourait de trac. Et quand on revoit la scène - le sketch ? - on peut d’ailleurs constater que le ministre prend un certain temps avant de prononcer le premier mot, histoire, apparemment de maîtriser comme un vent de panique.
On connaît la suite. Le déchaînement politique et médiatique qui a suivi cette prestation a poussé le Premier ministre, Yves Leterme, à le rappeler à l’ordre. Détail piquant : dans son communiqué, le chef du gouvernement avait tenu à préciser que Michel Daerden qu’il n’était pas sous l’influence de l’alcool. Leterme rappelait aussi au passage que les ministres ont le devoir de remplir les fonctions qui leur sont confiées "avec dignité" et de garder en toutes circonstances un comportement respectueux notamment envers les institutions et les membres des assemblées parlementaires. Irrespectueux, Michel Daerden ? A sa décharge, ses amis rappellent qu’il a régulièrement des problèmes d’élocution dont l’origine résiderait dans le fait qu’il est un gaucher brimé. Et gauchiste brimé ? Non. Le premier camarade d’Ans, que l’on appelait autrefois le socialiste à la Porsche, assume pleinement sa fortune.
Mais Yves Leterme pourra-t-il longtemps encore rester sourd aux critiques flamandes à l’égard d’un ministre qui, selon les analystes du Nord du pays, n’a plus sa place au gouvernement fédéral ?
On aura déjà une indication de la température politique ce jeudi, à la Chambre. Les députés de tous les partis, ou presque, ont prévu de poser des questions au Premier ministre sur l’attitude de son ministre des Pensions. Il y a tellement de questions sur la table que le président de la Chambre, Patrick Dewael, pourrait décider d’organiser au mini-débat sur le sujet. Daerden va sans doute sentir le vent du boulet. Mais dans sa réponse, le Premier ministre va, plus que vraisemblablement, défendre "Michel". Pourquoi ? Tout simplement parce que l’information judiciaire qui a été ouverte à son encontre à Liège n’a, jusqu’à présent, fourni aucun élément prouvant que le ministre liégeois a commis une quelconque infraction.
Rien ne dit cependant que la réponse de normand du Premier ministre calmera les passions en Flandre qui voient en Michel Daerden tout le mal wallon : léger, gouailleur, voire arrangeur.
Du côté francophone, des questions se posent aussi. Mais la solidarité intragouvernementale impose pour l’instant une espèce d’omerta aux partenaires gouvernementaux du PS. Toutefois, plusieurs ministres font quand même remarquer que Michel Daerden, depuis qu’il est ministre des Pensions, n’a ouvert la bouche que 2 ou 3 fois au Conseil des ministres. Non, pas plus. Et qu’il a dû, à tout casser, déposer un ou deux points à l’ordre du jour. Rien de plus. Quant à la Conférence nationale sur les pensions, on attend, encore et toujours, qu’elle démarre.
Il est donc bien loin le temps où Michel Daerden éblouissait ses collègues par ses montages financiers. Nombreux sont ceux qui se souviennent de la structure qu’il avait imaginée au fédéral pour financer les travaux du TGV en Belgique. "Un crac de la finance", assure un opposant politique. Pareil lorsqu’au gouvernement wallon, il dut mettre au point la technique pour financer le Tunnel sous Cointe à Liège et la Sofico. Evidemment, quand on voit l’état des routes en Wallonie, on se demande bien ce que "Papa" a bien pu faire quand il était ministre des Travaux publics.
Jusqu’à présent, Michel Daerden était plutôt considéré comme un brave type, bon vivant, un gai luron. "Mais son clientélisme exacerbé, son ego surdimensionné, son côté dilettante agacent aujourd’hui ceux qui travaillent debout, à jeun, du matin au soir", assure un collègue.
Yves Leterme ne pourra donc ignorer l’agacement de plus en plus perceptible chez ses ministres, même si, la particratie étant ce qu’elle est, c’est surtout le président Di Rupo qui tient le sort de Michel Daerden entre ses mains. Et Di Rupo ne fera rien si la Justice ne lui livre pas une preuve tangible d’un conflit d’intérêts ou d’un acte illégal. "Pourtant, affirme un autre ministre, Leterme doit bouger. Sinon, je sens que ça va péter "
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