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Enseignement
"L’échec injuste pourrit le système"
Réane Ahmad (st.)
Mis en ligne le 25/01/2010
Al’Université, les enseignants sont en ce moment occupés à corriger les examens de janvier. Or, cette année comme les précédentes, leurs étudiants seront probablement nombreux à connaître un ou plusieurs échecs. Professeur à l’Université Paul Sabatier de Toulouse, où il dirige le laboratoire de didactique, André Antibi est l’auteur de "La Constante Macabre" paru en 2003 (Math’adore-Nathan). Dans cet ouvrage, il dénonce un système de notation qui sélectionne plus qu’il n’évalue les compétences des étudiants. Il préside également le Mouvement contre la constante macabre, qui est subventionné par le ministère français de l’Education nationale depuis mars 2009. Ce mouvement est soutenu par l’ensemble des partenaires du système éducatif.
Qu’appelez-vous la “constante macabre” ?
La "constante macabre", c’est le pourcentage d’échecs que les enseignants se sentent inconsciemment obligés d’attribuer à leur classe, sous la pression sociale. Ils confondent sélection et évaluation, ce qui fait perdre confiance et souffrir les élèves exclus. Bien plus qu’un problème théorique de chercheur, c’est un phénomène de société. Si toutes les notes des élèves d’une classe sont bonnes, le professeur est considéré comme laxiste et peu sérieux. J’insiste sur le fait que ce n’est pas la faute des enseignants mais un comportement inconscient lié à la tradition notamment. Nous avons mené une enquête auprès d’un échantillon de 3 020 professeurs. Après mes conférences, l’énorme majorité des enseignants reconnaît ce phénomène, seul 1 % n’est pas d’accord avec mes constatations.
Comment se traduit ce phénomène dans la pratique ?
Quel que soit le niveau de la classe, il y a toujours un tiers de bons élèves, un tiers de moyens et un tiers de mauvais. J’ai recensé "dix trucs" pour obtenir ce taux d’échec constant. Le professeur peut modifier le barème d’évaluation, allonger la longueur du contrôle, piéger l’élève avec une question infaisable Pendant 20 ans, j’ai moi-même utilisé la plupart de ces "trucs", en étant persuadé de bien faire mon travail. Mais en fait c’est aberrant ! Il n’y a aucune autre situation dans la vie où l’on pratique la "constante macabre". Pensez au code de la route, les questions portent sur le contenu du manuel et rien de plus.
Vous dénoncez un problème à grande échelle…
Oui, c’est un phénomène généralisé dans les écoles et les universités. Seule exception, l’examen du baccalauréat français. Une commission se réunit pour proposer des épreuves officielles sans piège pour les étudiants. Et certaines matières comme la musique, les arts plastiques et la gymnastique ne sont pas touchées par la "constante macabre" car considérées comme "secondaires".
La “constante macabre” touche-t-elle tous les systèmes éducatifs ?
Je l’ai constatée en France, en Belgique, en Afrique francophone, en Espagne et en Amérique latine seulement. Ailleurs, nous passons pour des fous ! L’expression "avoir la moyenne" est par exemple incompréhensible au Québec. C’est d’ailleurs la phrase la plus stupide qui existe dans l’enseignement. Ce que nous dénonçons n’est pas le système éducatif en lui-même, mais bien la façon d’évaluer les connaissances qui pourrit le système.
André Antibi donnera une conférence-débat ce lundi 25 janvier de 14h à 15h à Louvain-la-Neuve.
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