La Libre.be > Actu > Belgique > Article
Enseignement
Mais comment aider les adolescents ?
Françoise Guillaume Directrice de l’Ecole Decroly. Auteur du livre “L’enfant petit homme ou petit d’
Mis en ligne le 25/01/2010
Mon presque homonyme (mais non apparenté) confrère, Jean-François Guillaume, est revenu deux fois dans vos éditions du 30 novembre 2009 et du 18 janvier 2010, pour mettre en lien les GSM à l’école et le sens des apprentissages. Prenons le raisonnement point par point : " Mon sentiment, c’est qu’à chaque fois qu’un GSM sonnera en classe, il nous faudra repenser notre manière d’enseigner ." Bigre ! Les occasions de penser ne manqueront pas Plus loin : " Quand les élèves s’impliquent dans leur apprentissage, le problème du GSM ne se pose plus : ils s’en détachent d’eux-mêmes. La tâche de l’élève doit être plus importante à ses yeux que d’envoyer un SMS."
Présenter le problème de cette manière met nécessairement en compétition deux aspects de l’adolescence qui n’ont rien de commun et qui coexistent de manière permanente : certes, la jeunesse est un moment d’apprentissage (intellectuel, manuel, physique), mais c’est aussi, et dans nos sociétés surtout, un moment assigné d’insertion dans la vie : "Quel homme, quelle femme vais-je devenir ? Que me réserve l’avenir dans ce monde complexe ? Comment être différent de mes parents tout étant moi-même ?"
Toutes ces questions sont évidemment très rarement formulées dans la tête des jeunes, et encore moins dans leurs paroles, mais elles les occupent et les agitent inconsciemment la majeure partie du temps. Si l’enseignant l’ignore (volontairement ou non), il entre dans un jeu qui relève de la séduction, plus que du sens à donner aux apprentissages.
Mais qu’y a-t-il derrière cette expression consensuelle de "donner du sens" ? L’auteur le précise dans le deuxième article : " La conception des évaluations, la formulation des questions et des consignes, la rédaction de tâches ou de situations-problèmes, la réalisation des supports " Ces "gestes qui sont au cœur du métier" ont leur importance, mais il ne s’agit là que de dispositifs didactiques qui ne garantissent pas de donner le moindre sens à l’activité scolaire ! Proposons une autre pratique : par exemple, demander aux élèves de noter tout ce qu’ils mangent sur une journée, établir avec eux un relevé des nutriments ainsi absorbés (pour le cours de sciences), passer les données au prof de maths pour qu’il puisse calculer des statistiques, établir des graphiques Puis au prof d’étude du milieu pour qu’il étudie la provenance des principaux aliments et leur introduction dans nos contrées Voilà des contenus simples et qui ont du sens (au moins un certain sens, ne nous faisons pas trop d’illusions !) dans la vie de tout jeune adolescent. Il y a mille exemples de ce genre, pas toujours (mais parfois) prévus dans les programmes tels qu’ils sont écrits.
La manière dont on organise une séquence d’apprentissage a aussi une importance capitale. Par exemple, en ce qui concerne les compétences, au départ, il est souhaitable de formuler les questions avec les élèves pour préciser l’objectif commun. A la fin, on pourra très bien exercer la synthèse si les élèves réalisent eux-mêmes des supports récapitulatifs et illustrés, qui resteront au mur de la classe. Puis viendra l’évaluation finale, toutes les étapes étant elles-mêmes évaluées (de manière formative) par un simple retour oral à l’élève. Très bien, me direz-vous, si on procède ainsi, tout cela aura donc réglé le problème du GSM, les élèves étant actifs dans tout le processus. Et bien non ! Malgré tout ce que l’école peut mettre en œuvre, un élève adolescent est d’abord un adolescent et donc d’abord préoccupé de tout ce qui touche au social bien plus que ce qui relève de l’intellectuel. Pas tous, pas tout le temps, mais souvent.
Revenons à un autre extrait, un peu dans le désordre " de plus, peut-on imposer à un élève de mettre toutes ses préoccupations de côté, lorsqu’il entre en classe. Il y a une forme d’autisme, l’école n’est pas un lieu clos, protégé de son environnement; on n’y entre pas en laissant ses soucis ou ses problèmes devant la porte ". Il y a du vrai dans cette constatation mais, si l’école doit, à la fois être ouverte pour que les apprentissages ne décollent pas trop du réel, elle doit aussi veiller à ce que les élèves ne puissent pas importer la totalité du monde à l’intérieur de ses murs.
Il faut proposer aux élèves qui rencontrent des difficultés dans leur vie personnelle, de mettre en veilleuse l’agitation qui envahit parfois leur tête pour se consacrer au travail scolaire, en les y encourageant régulièrement, avec bienveillance. Encore faut-il qu’il y ait, à l’intérieur de l’école ou très facilement accessibles, des lieux d’écoute qui permettent à ces adolescents de trouver le chemin pour sortir de situations envahissantes sans trop de dommages. Et on ne peut pas demander aux PMS, avec les milliers d’élèves qu’ils ont en charge, d’assumer toute cette écoute quotidienne. Les éducateurs sont, dans ce cas, bien placés, à condition qu’ils ne soient pas assignés à des tâches d’administration et/ou de surveillance qui les occupent entièrement.
Enfin, les préoccupations du monde extérieur concernent aussi les enseignants. L’école doit rester un lieu qui, par ses règles de fonctionnement, offre un cadre stable à l’apprentissage et à la vie collective. Ce qui ne veut pas dire que les mêmes règles prévalent pour les adultes et pour les élèves, mais l’exemple, c’est nous. La seule manière d’aider les adolescents d’aujourd’hui est la clarté et la cohérence du corps enseignant, sans failles, les moyens de communication contemporains restent dans le fond des poches pendant tout le temps scolaire. Et si le GSM d’un élève sonne, on ne culpabilise pas, on confisque. Pour terminer sur une note moins polémique, il est évident qu’il y a bien des pratiques à faire évoluer dans les écoles d’aujourd’hui, dans toutes les écoles. Donner du sens, apprendre à faire des liens, à penser vraiment, en dehors de toute "mécanique de la compétence" est et reste l’enjeu primordial de l’école de demain. Mais, sans GSM.
Brad Pitt : 'Aucune date de mariage'
Cannes 2012 : Alain Resnais avec ses...
De Wever : 'Il faut simplifier...
Finale 2012 Scolaires Girls :...