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Grippe A
L’OMS, malmenée, se défend d’avoir subi des pressions de laboratoires pour déclarer la pandémie
Véronique Leblanc
Mis en ligne le 27/01/2010
"C’est grave de mettre en cause l’Organisation mondiale de la santé", commentait le Français Denis Jacquat (UMP) à la fin de l’audition qui s’est tenue au Conseil de l’Europe ce mardi matin sur fond de pandémie grippale.
Les accusations contre de l’OMS étaient effectivement très lourdes et s’inscrivaient dans le cadre de la fronde anti-vaccins menée en Allemagne par l’épidémiologiste Wolfgang Wodarg. Parlementaire socialiste depuis 2003 et ancien président de la sous-commission de la santé, celui-ci est intervenu en tant qu’expert à Strasbourg pour accuser l’OMS d’avoir "organisé la psychose" autour de la grippe A sous la pression des laboratoires pharmaceutique, avides d’écouler des vaccins "qui présenteraient des risques pour la santé". Face à lui, Keiji Fukuda, conseiller spécial de l’OMS sur la pandémie grippale et le docteur Luc Hessel, représentant le groupement européen des fabricants de vaccins. Au centre des débats, la question d’éventuels conflits d’intérêts qui auraient amené l’agence Onusienne manipulée par des experts dépendant peu ou prou des laboratoires pharmaceutiques à conclure indûment à une pandémie et à préconiser une vaccination à l’échelle mondiale. Lorsqu’il lui fut demandé s’il pouvait citer des cas concrets attestant d’une telle collusion, le docteur Wodarg a répondu qu’il ne voyait "aucune autre explication pour justifier cette décision à moins que l’OMS ne soit folle". "A qui profite le crime", a-t-il poursuivi, en précisant qu’il n’était "ni procureur ni juriste", ce qui sous-entendait que s’il était en droit d’interpeller le Conseil de l’Europe, il ne lui appartenait pas d’apporter des preuves.
Pour sa part, Keiji Fukuda a noté que l’intégrité de son organisation était en cause. Mais "l’OMS n’est pas née de la dernière pluie, a-t-il rétorqué, elle a une longue expérience de la vérification", et cela vaut pour la fiabilité de ses experts. Si ceux-ci peuvent effectivement être liés à des groupes pharmaceutiques ou à des centres de recherches financés par l’industrie du médicament, ils doivent déclarer tout conflit d’intérêts afin que l’OMS les autorise ou non à siéger lors de réunions auxquelles assistent des observateurs "venus de tous horizons" pour vérifier la probité des débats. "Et si les informations recueillies ne sont pas rendues publiques, a-t-il poursuivi, c’est par respect de la vie privée". "Il fallait agir vite, a déclaré Keiji Fukuda, ce n’est pas l’OMS qui a créé la panique, ce sont les indicateurs qui étaient inquiétants. La pandémie est établie, elle a fait 14 142 morts et elle n’est pas achevée."
En ce qui concerne la dangerosité des vaccins, le docteur Luc Hessel a souligné que "sur 38 millions de personnes concernées en Europe, les problèmes constatés sont faibles à modérés", les produits ayant par ailleurs été expérimentés "de façon rigoureuse, rapidement mais sans précipitation".
Wolgang Wodarg remet, lui, en cause une surestimation de la dangerosité de la maladie ainsi que des tests menés sur des adultes sans prendre en compte les risques pour les plus jeunes au système immunitaire moins aguerri. L’affaire en tout cas n’est pas close. Le Conseil de l’Europe prévoit un rapport sur le sujet qui pourrait être débattu en juin. Et du côté de l’Union européenne, l’eurodéputée française Michèle Rivasi (Verts) a demandé la mise en place d’une commission d’enquête parlementaire sur la gestion de la grippe par l’Union. Avec toujours les mêmes questions : transparence, psychose et gabegie financière.
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