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Modrikamen: "Le MR est au tapis", relisez notre chat
Francis Van de Woestyne
Mis en ligne le 02/02/2010
Le repositionnement du Mouvement réformateur influencera-t-il la stratégie des autres partis, du Parti Populaire en particulier ? La réponse avec les deux présidents du PP : Mischaël Modrikamen et Rudy Aernoudt.
Le MR semble avoir refait l’unité : mauvaise nouvelle pour le PP…
Mischaël Modrikamen : Une unité de façade tout au plus. Il faut faire la distinction entre ce que les dirigeants laissent apparaître et ce que les sympathisants pensent. Je suis étonné de voir que ce parti est prêt à se saborder en reniant tout simplement ses valeurs de base. L’unité ? Où est l’unité ? M. Miller corrobore l’inflexion à gauche. M. Michel dit: "Nous ne sommes ni de gauche, ni de droite mais devant." M. Reynders dit : "Nous sommes de centre droit et populaires." Le MR est un bateau ivre, qui se laisse aller au gré des circonstances, sans cohérence aucune. Nous recevons beaucoup de messages de sympathisants du MR qui veulent rejoindre le PP.
Vous dites cela depuis un certain temps. On ne voit toujours rien de concret…
Mischaël Modrikamen : Notre stratégie est celle du "bottom up". Nous travaillons sur la société civile mais aussi sur les militants du MR, du CDH et des autres partis. Nous ne faisons rien aujourd’hui pour accélérer le transfert des responsables. Mais nous agissons par un travail de fond à la base. Le mouvement est bien enclenché.
Rudy Aernoudt : Il y a 6 mois, Didier Reynders a tout fait pour épouser nos idées, qu’il qualifie aujourd’hui d’idées simples. Mais le prix à payer pour que Didier Reynders reste à la présidence du MR, c’était que les gens de gauche de son parti prennent le pouvoir. Richard Miller ? Il est très proche de Di Rupo à Mons. Willy Borsus ? C’est aussi un homme plutôt à gauche. Tous deux plaident pour le libéralisme social de Louis Michel. Ce virement à gauche, c’est le prix à payer pour assurer la paix interne.
Ce virage à gauche, même s’il est contesté par le MR, devrait vous ravir : le champ de la droite est libre…
M.M. Tout d’abord, nous réfutons l’idée, portée par Louis Michel, qu’il n’y ait pas de débat gauche-droite. Il existe dans tous les pays. Chez nous aussi. Nous réfutons aussi le fait que ce sont les idées de gauche qui ont le vent en poupe. C’est tout le contraire : en Allemagne, en France, ce sont les partis de droite qui sont au pouvoir. On annonce le retour du PP en Espagne et des conservateurs en Angleterre. Le repositionnement du MR a ce mérite : il clarifie le débat. Le PP est cohérent. Son programme est basé sur des socles, de valeurs, de propositions qui sont d’ailleurs repris par d’autres partis.
Exemples ?
M.M. Il y a un mois, j’ai parlé de la tolérance zéro. On a poussé des cris. Aujourd’hui je constate, après les derniers faits-divers, que plusieurs partis flamands, de gauche, le SP.A et Groen ! appellent à la tolérance zéro à Bruxelles. Yves Leterme appelle à gérer ces problèmes sans tabou. Le PP est le seul parti à avoir un plan concret et global en matière de sécurité : remettre les policiers dans la rue, comparution immédiate et exécution des peines. Il faut rappeler que dans ce pays, on n’exécute pas les peines en dessous de trois ans. Si certains partis sont de gauche, qu’ils le disent. Nous, nous assumons le fait d’appartenir à une droite décomplexée.
R.A : c’est bizarre dans ce pays, il faut presque s’excuser d’être de droite. Mais qui est responsable du déclin de la Wallonie ? C’est la gauche ! Le MR dit qu’il est pour ceux qui travaillent et pour ceux qui ont travaillé. Mais qu’ont-ils fait depuis dix ans ? Des intérêts notionnels ? L’amnistie fiscale ? Ils ne sont pas crédibles Nous, nous voulons partir de la responsabilisation des gens. Nous disons : vous êtes capables de travailler, allez-y. Et nous voulons aider, vraiment, ceux qui ne sont pas capables de le faire, Mais il faut d’abord pousser les gens à prendre leurs responsabilités.
Le MR remet à l’avant-plan des valeurs comme l’humanisme et le libéralisme : le PP ne partage-t-il pas ces notions?
M.M. : Ce sont des idées creuses, des concepts "bateau" dans lesquels, finalement, il n’y a aucune politique concrète. Quel est le parti qui ne mette pas l’humain en avant ?
Depuis la fondation du PP, il y a eu deux sondages qui vous créditent de résultats oscillant entre 3 et 3,5 %. Déçus ?
M.M. Notre parti a deux mois. Quand je vois le chemin déjà parcouru... Nous avons 600 membres, quelque 3000 partisans ou supporters sur Facebook. Le débat est permanent, chez nous. Une dizaine de bénévoles travaillent à plein temps pour le parti. Les sondages oscillent entre 3 et 3,5 % avec des marges d’erreurs de 3 ou 4 % : moi, je trouve que c’est plutôt encourageant. Il nous reste un an et trois mois jusqu’aux prochaines élections. Un autre sondage circule qui nous place à 9 %.
Lequel ?
M.M. Je ne l’ai pas. C’est un autre parti qui l’a réalisé. Mais l’important, c’est le travail de fond que nous réalisons. Je suis persuadé qu’il y aura un véritable engouement grâce à notre positionnement clair qui est abandonné par celui qui aurait pu être notre principal concurrent, le MR.
R.A. : le virage du MR est celui de la particratie. Pourquoi ce changement de cap ? Parce que le MR craint d’être éjecté du pouvoir en juin 2011. Le pouvoir est déterminé par les partenaires d’une coalition. Le VLD est très faible. Si le PS ne veut plus du MR au fédéral, c’est fini, le MR vole dans l’opposition. Reynders veut éviter ce scénario catastrophe. Le futur marié tente de plaire aux autres partis. Le PP, lui, veut plaire aux gens, pas aux autres partis.
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