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Deux enfants morts et vingt ans de vaines attentes, sans pouvoir tourner la page
J.-C.M.
Mis en ligne le 04/02/2010
Le drame de Liège a réveillé des souvenirs douloureux au cœur de M. Christian Dellicour, qui a perdu deux enfants dans l’explosion de sa maison, rue Vautier, à Ixelles, le 18 décembre 1989. Si nous évoquons le cas de la famille Dellicour, c’est parce que, plus de 20 ans après la catastrophe, la justice civile n’a toujours pas tranché son cas et que les plaignants ont appris, voici quelques jours, que l’affaire, pourtant fixée en décembre 2009 devant la cour d’appel de Bruxelles, avait été renvoyée au mois de juin 2011. Certes, M. Dellicour et son conseil Me Joël Van Meerbeeck, reconnaissent la complexité du dossier. De nombreuses parties sont à la cause, parmi lesquelles, d’un côté, la Ville de Bruxelles, plusieurs entreprises œuvrant dans le secteur du bâtiment, des promoteurs immobiliers, des compagnies d’assurances, les gestionnaires du réseau de gaz et d’électricité et, dans l’autre camp, plusieurs parties civiles.
En décembre 1989, les travaux de construction du Parlement européen étaient en cours, à quelque 500 mètres du lieu du sinistre. Malgré la signature d’un accord-cadre entre les riverains du quartier et les responsables de l’énorme chantier, il semble bien que quelques libertés aient été prises avec la sécurité. C’est ainsi qu’un égout de la rue du Remorqueur s’est effondré, en raison d’un important déversement d’eau provenant du chantier européen. La conséquence ? Une conduite de gaz en fonte s’est retrouvée sans aucun support et le passage incessant de lourds engins a fini par entraîner sa rupture. Avec les conséquences que plusieurs maisons situées rue Vautier ont été envahies par du gaz en liberté et qu’une explosion s’en est suivie, plus d’une heure, semble-t-il, après que les services de secours, Unerg et pompiers, eurent été prévenus. Entre-temps, les enfants de la famille Dellicour étaient rentrés de l’école. "C’est au moment où une voisine, alertée par les odeurs, organisait leur évacuation que la chaudière s’est mise en route, ce qui a entraîné l’explosion. Mon aîné, Joachim, qui avait 12 ans, se trouvait à l’arrière de la maison. Il a été projeté à plusieurs mètres et enseveli sous les gravats. Il a été grièvement blessé mais a été sauvé in extremis par les médecins de l’hôpital militaire de Neder-over-Hembeek. Mes trois autres enfants étaient à l’avant de la maison. L’un, Corentin, n’a été que légèrement atteint mais les deux autres, Martin, 10 ans, le jumeau de Corentin, et Hugo, 5 ans, n’ont pas survécu."
Après cinq ans de tractations difficiles, les victimes ont signé un accord avec les compagnies d’assurances portant sur une indemnisation partielle de leur préjudice et rendant possible la reconstruction de leurs immeubles. "C’était un défi. Nous nous étions installés en 1980 dans un quartier dont la mixité sociale nous plaisait et nous voulions reconstituer le tissu, faire revivre la rue, parier sur l’avenir", nous confie M. Dellicour de sa voix douce et posée.
L’homme n’est pas agressif. Le drame qu’il a vécu ne l’a pas aigri. Au contraire, il lui a donné de la sagesse et de l’épaisseur supplémentaires. Il relève, sans s’insurger, qu’au pénal, l’affaire a débouché sur un constat de prescription. Dès lors qu’il y avait eu mort d’homme, le parquet avait poursuivi d’office. "L’enquête a pris du temps, notamment en raison des expertises et du fait que la responsabilité pénale des personnes morales n’existait pas à l’époque. Il a donc fallu désigner un suspect, sous la forme d’un conducteur de chantier néerlandais. La procédure a dès lors dû se poursuivre en néerlandais et la prescription est arrivée". Le pénal tenant le civil en l’état, le procès civil n’a pas commencé avant le début de ce siècle. Le jugement de première instance a largement épousé les thèses des demandeurs et plusieurs défendeurs ont, logiquement, fait appel. De tout cela, M. Dellicour ne se plaint pas. Comme son avocat, Me Van Meerbeeck, il reconnaît la complexité de la cause, avec son lot de conclusions primaires, additionnelles et de synthèse, son calendrier de mise en état, ses expertises, etc. Mais il indique que lui et ses proches ne pourront tourner la page qu’après qu’une décision de justice définitive sera prise et qu’attendre plus de 20 ans avant qu’elle intervienne, "ce n’est pas normal". Comment ne pas partager son point de vue ? Et ne pas regretter, une fois de plus, l’arriéré judiciaire qui accable certaines juridictions ?
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