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enseignement

La réussite scolaire en héritage

L. G.

Mis en ligne le 10/02/2010

L’origine sociale des élèves belges détermine leurs résultats, selon une étude. Mais l’école flamande est plus efficace, grâce à sa plus grande autonomie.

La réussite en héritage. C’est par cette formule choc que Jean Hindriks, professeur d’économie à l’UCL et à la KUL, et Marijn Verschelde, chercheur à l’Université de Gand, ont choisi de résumer l’étude qu’ils ont présentée hier à Louvain-la-Neuve et qui fait l’objet d’une publication dans le dernier numéro de "Regards économiques" (1). En fait, expliquent-ils, presque 60 % des écarts de résultats sont liés à l’origine sociale des élèves. Et ce, tant en Communauté française, qu’en Flandre.

La recherche menée par MM. Hindriks et Verschelde s’appuie sur les données de l’enquête Pisa 2006 (2), avec un échantillon de 4 125 élèves dans 269 écoles flamandes et de 2 211 élèves dans 176 écoles francophones. Leur conclusion : c’est la sélection entre écoles et filières qui contribue à faire de notre enseignement un des plus inégalitaires au monde. En Communauté flamande, qui pratique une sélection précoce (après les primaires) vers les filières techniques et professionnelles, la ségrégation sociale s’opère principalement entre filières d’enseignement. En Communauté française, où l’on a adopté un enseignement commun sur une plus longue durée (jusqu’à 14 ans) avec un taux de maintien dans l’enseignement général plus élevé, mais avec en contrepartie le redoublement comme mécanisme de différenciation entre élèves, la ségrégation sociale s’opère davantage entre établissements d’une même filière.

Ce constat d’une forte ségrégation sociale a poussé les auteurs à s’interroger sur le risque de reproduction des inégalités sociales. Première constatation : la répartition des élèves entre filières est fortement dépendante de l’indice socio-économique des élèves. Ainsi, dans chaque Communauté, on constate une surreprésentation des enfants socialement favorisés dans l’enseignement général : 2 fois plus nombreux côté flamand et 1,6 fois plus nombreux côté francophone. A l’inverse, il y a surreprésentation des enfants défavorisés en professionnel.

Deuxième constatation : les résultats des élèves à Pisa 2006 sont nettement supérieurs dans la filière générale par rapport à la filière technique, qui elle-même domine nettement la filière professionnelle. "Comment expliquer que les élèves dans la filière professionnelle ont des compétences et connaissances aussi médiocres en lecture, mathématique et science ?" , interrogent les chercheurs, qui ne peuvent qu’ "encourager toutes tentatives de revaloriser la filière professionnelle" .

Et ceux-ci de se lancer dans des recommandations plus politiques : "Si on souhaite remettre en marche la mobilité sociale, il faut rétablir plus d’égalité des chances. Pour cela, nous devons corriger cette ségrégation sociale, sournoise, mais bien présente, et ce modèle de relégation par filières, en Flandre comme en Communauté française, qui semble donner un avantage à ceux qui sont déjà avantagés. Cela ne signifie pas une suppression des filières, mais cela peut vouloir dire une meilleure intégration de ces filières avec des cours généraux en commun tels que le sport, les langues ou les technologies." En prenant exemple sur la Finlande, qui a opté pour un système d’enseignement intégré et est devenue le champion de Pisa (voir infographie n°1) , tant en termes d’équité que d’efficacité, deux concepts tout à fait compatibles.

Cette question de l’efficacité constitue d’ailleurs le second axe de l’étude, où l’on voit ici apparaître, sans surprise, de nettes différences entre Flamands et francophones. Les résultats moyens au test Pisa sont nettement meilleurs en Flandre, c’est bien connu. Mais les auteurs ont voulu vérifier que cette supériorité se confirmait indépendamment de la situation sociale des élèves. C’est ce que montre l’infographie n°2 : quel que soit l’indice socio-économique des élèves, les résultats moyens à Pisa (en maths, lecture et sciences) sont meilleurs en Flandre qu’en Communauté française. Plus surprenant, l’enseignement technique flamand atteint un niveau comparable à l’enseignement général francophone (infographie n°3). En fait, le technique flamand fait mieux que le général francophone pour les élèves d’origine modeste.

D’où cette nouvelle question : pourquoi la Flandre est-elle plus efficace ? Même en tenant compte des variables explicatives classiques (taux de redoublement, sexe des élèves, filières, ressources éducatives, formation des enseignants, etc.), il reste toujours une partie significative des écarts entre les deux Communautés qui n’est pas expliquée. L’explication serait à chercher du côté d’une autre variable : l’autorité du directeur et des professeurs. Cette variable, mesurée subjectivement dans Pisa 2006 sur base des réponses des directeurs d’écoles à un questionnaire, reflète le pouvoir effectif d’une école sur la gestion des ressources humaines (recrutement, nomination, licenciement), la gestion budgétaire (formation et allocation des budgets) et le contrôle de ses objectifs et méthodes pédagogiques (évaluation, discipline) - mais pas la politique de sélection des élèves, insiste M. Hindriks. En Communauté flamande, 87 % des décisions sont prises par les directeurs et les enseignants contre 31 % des décisions dans les écoles francophones. Si l’on se concentre sur les décisions de gestion du personnel et de gestion budgétaire, l’écart se fait encore plus grand (infographie n°4). Selon les auteurs, l’autonomie est la variable cachée derrière la dimension régionale. C’est elle qui explique la meilleure efficacité de l’enseignement flamand.

Le cas de la Finlande - toujours elle - où l’administration de l’enseignement a été fortement réduite, et où les directeurs jouissent d’une grande autonomie, conforte les chercheurs dans leur conclusion d’une étude qui, si elle n’apporte pas de grandes révélations, instruit encore davantage le dossier à charge de notre enseignement.

(1)L’étude complète peut être téléchargée sur www.uclouvain.be/regards- economiques

(2)Pisa : Programme international pour le suivi des acquis des élèves (OCDE).

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