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accident à hal

Hal : soudain, le choc; soudain, l’enfer

Jean-Claude Matgen

Mis en ligne le 16/02/2010

Deux trains de passagers entrent en collision. Des wagons tordus, 18 corps ont été retirés. Il y a des dizaines de blessés. Un feu rouge aurait été brûlé. Posez toutes vos questions à Arnaud Lahaut, conseiller en mobilité à l'ACTP (Association des Clients des Transports Publics) dès 12h
Récit

Il y avait eu Luttre, le 15 août 1974 (18 morts) et Pécrot, le 27 mars 2001 (8 victimes.) Dans le triste calendrier des catastrophes ferroviaires belges, il y aura désormais Buizingen, le 15 février 2010.

Il était 8h28, lundi, en ce premier jour glacial des vacances dites de carnaval, lorsque deux trains de passagers sont entrés en collision à un petit kilomètre de la gare de Hal.

L’accident, qui s’est produit en pleine heure de pointe, a fait 18 morts, selon les informations livrées par le centre de crise provincial. Quinze hommes et trois femmes ont péri dans l’accident. C’était, en tout cas, le bilan dressé lundi soir mais il n’était pas encore considéré comme définitif.

L’accident a fait, en outre, selon le parquet de Bruxelles, une vingtaine de blessés graves et une soixantaine de blessés légers. Le gouverneur du Brabant flamand, Lodewijk De Witte, faisait, quant à lui, état de 55 blessés sérieusement atteints, transférés vers 14 hôpitaux de la région.

Bien que la vitesse des deux trains, qui transportaient entre 250 et 300 personnes, n’ait pas été particulièrement élevée, le choc ressenti a été terrible, ainsi que le montraient les images des voitures emboîtées les unes dans les autres et couchées sur le flanc dans un incroyable amas de tôles tordues.

Un troisième train a réussi à freiner à temps et à éviter de percuter les deux convois immobilisés par la collision, qui a entraîné d’importants dégâts à l’infrastructure ferroviaire.

D’après les premiers éléments de l’enquête (le parquet de Bruxelles a ouvert une instruction pour homicide involontaire), le train parti de Louvain à 7h23, et qui se rendait à Braine-le-Comte, n’aurait pas respecté un feu rouge. C’est ce qu’annonçait en fin de matinée le gouverneur du Brabant flamand. L’omnibus Louvain-Braine, constitué de six voitures, aurait heurté sur le flanc la première voiture d’un train formé de 12 voitures et parti de Quiévrain à 7h12, pour Liège-Guillemins. Celui-ci se dirigeait vers la gare de Buizingen. Trois voitures du convoi percuté se sont renversées.

Du côté d’Infrabel, le gestionnaire du réseau ferroviaire belge, on ne voulait pas confirmer l’hypothèse et l’on s’en remettait au travail du parquet. Même prudence chez la ministre fédérale des Entreprises publiques Inge Vervotte (CD&V) et chez Marc Descheemaecker, administrateur-délégué de la SNCB.

Quoi qu’il en soit, le plan catastrophe provincial a immédiatement été déclenché. Un très important dispositif de secours a été enclenché. Certains rescapés affirment qu’ils ont dû attendre 45 minutes dans le chaos des tôles éventrées mais selon les observateurs, les services de secours (pompiers, ambulanciers, services médicaux, logistique, information, etc.) ont réagi rapidement et avec professionnalisme et efficacité.

Un centre médical avancé a été installé dans la gare de Hal et un centre de secours d’urgence aménagé dans un complexe sportif de Buizingen. Les blessés ont été triés sur place. Les plus sérieusement atteints (une cinquantaine) ont été acheminés vers 14 hôpitaux de la région, où ils ont été pris en charge pour des blessures de natures diverses (nombreuses fractures) alors que les plus légers étaient soignés sur place avant d’être acheminés soit vers l’hôpital de Hal, pour y recevoir un traitement plus approprié, soit, par autobus, vers la gare du Midi où une cellule d’accueil avait été installée par la Croix-Rouge, qui a lancé un appel aux dons de sang.

Tous ces blessés légers (voir pages 4 et 5) étaient en état de choc et parlaient de situation apocalyptique. A Hal aussi, ils ont reçu l’aide de psychologues.

Une fois les blessés pris en charge, les secours ont commencé à dégager les corps. L’équipe d’identification des victimes (le DVI), la police judiciaire fédérale, le laboratoire et la police des chemins de fer sont également intervenus, collectant vêtements et indices qui pourraient être utiles à l’identification des victimes.

Un wagon couché sur le flanc a dû être enlevé avant de permettre aux sauveteurs d’en atteindre un autre. Plusieurs corps de pompiers ont participé à l’opération.

Dès l’annonce de la tragédie, les responsables politiques du pays ont fait part de leur émotion, le ministre-président flamand, Kris Peeters, se signalant par une formule d’un goût plus que douteux puisqu’il a parlé d’un "jour noir pour la Flandre".

Nettement plus inspirés, le ministre-président wallon Rudy Demotte (PS) et son vice-président Jean-Marc Nollet (Ecolo), présents rapidement sur les lieux de la collision, ont souligné que l’accident "était un drame qui touche tout le pays". M. Demotte a annoncé avoir offert l’aide de la Belgique francophone au fédéral pour le traitement des blessés, notamment d’un point de vue psychologique.

De son côté, le bourgmestre de Mons (et président du parti socialiste), Elio Di Rupo, et le bourgmestre de Frameries, Jean-Marc Dupont, ont mis sur pied, avec les chefs des zones de police de Mons-Quévy et du Borinage, une cellule spéciale d’assistance aux familles. De nombreux habitants de la région prennent ces trains pour aller travailler chaque matin. La ville de Braine-le-Comte, d’où partent aussi quotidiennement des dizaines de navetteurs, a installé une cellule du même type.

Divers responsables politiques se sont rendus sur place, parmi lesquels la ministre de l’Intérieur, Annemie Turtelboom (Open VLD) mais aussi le Premier ministre, Yves Leterme (CD&V), qui a précipité son retour d’une mission de trois jours dans les Balkans, entamée lundi. "Nous nous sentons abattus. Il y a eu Liège, maintenant ceci", observait-il peu après son arrivée au Kosovo. Il a repris aussitôt le chemin de la Belgique, ayant appris que le roi Albert II avait interrompu ses vacances sur la Côte d’Azur. Le Roi, accompagné de plusieurs ministres (Yves Leterme mais aussi Didier Reynders et Laurette Onkelinx, pour ne citer qu’eux), a passé une dizaine de minutes sur place, s’informant de la façon dont les faits s’étaient déroulés et prenant des nouvelles des victimes et des sauveteurs.

Les messages de soutien et de condoléances sont venus de partout. De Belgique, avec, notamment, celui des évêques de Belgique, qui ont "recommandé à Dieu l’âme des défunts", lui demandant "de donner aux blessés et aux endeuillés force et courage", mais aussi de l’étranger, avec ceux du président permanent du Conseil européen, Herman Van Rompuy, du président de la Commission européenne, José Manuel Barroso, du président du Parlement européen, Jerzy Buzek, ou du chef de la diplomatie française, Bernard Kouchner sans oublier le président français, Nicolas Sarkozy, en personne.

Même si, lundi, on songeait avant tout aux victimes, à la détresse de leurs proches et au traumatisme vécu par les rescapés, des voix se sont élevées pour mettre en cause la SNCB. "Neuf ans après le drame de Pécrot (NdlR : 8 morts en mars 2001 dans des circonstances fort semblables à celles de lundi, voir par ailleurs), la SNCB et les autorités politiques n’ont pas tiré les enseignements d’une telle catastrophe", déclarait dans un communiqué l’association des clients des transports publics (ACTP). "On comprend mal que les moyens nécessaires ne soient pas libérés pour équiper le réseau ferroviaire des ressources technologiques modernes permettant d’éviter ce genre d’accident", poursuivait-elle, exigeant que la priorité soit accordée à l’amélioration du réseau, de son entretien et de la sécurité.

Le Syndicat indépendant pour Cheminots (SIC) dénonçait, lui, la pression exercée sur le personnel occupant des postes de sécurité. Le syndicat indépendant fait état également de la détérioration des conditions de travail du personnel roulant. Le SIC met en cause notamment la scission de la SNCB en trois sociétés. "Elles travaillent l’une contre l’autre et se rejettent les fautes, à un tel point que la sécurité est mise en péril", conclut-il. Il envisage des actions.

De son côté, le CDH, dont la présidente Joëlle Milquet a présenté ses condoléances aux familles des victimes, a demandé que le fédéral, en lien avec les entités de la SNCB, "fasse toute la lumière sur les dysfonctionnements qui ont rendu cette catastrophe possible, établisse clairement les responsabilités et mette en œuvre les procédures et les investissements techniques qui rendent ce type de dramatique accident impossible".

L’endroit où s’est produite la catastrophe constitue un vrai nœud ferroviaire, à proximité de la gare du Midi. Plusieurs lignes se croisent dans les environs. Le trafic national et international a été fortement perturbé voire tout simplement suspendu toute la journée de lundi (voir page 6). On ignore quand le trafic sera rétabli. Le parquet exigerait que la scène soit maintenue en place jusqu’à la fin de son enquête. Cela pourrait prendre trois jours, dit-on.

Savoir Plus

La Belgique à la douzième place en matière de sécurité ferroviaire

Les trains belges ne font pas partie des plus sûrs d'Europe. Selon les dernières statistiques disponibles, qui datent de 2007, il se produit en Belgique 0,088 accident de train par 1.000 kilomètres. Si on compare ce chiffre avec le nombre d'accidents de trains dans les 26 autres pays de l'Union européenne, la Belgique se classe douzième, écrit De Tijd mardi. L'Estonie est en tête de ce classement, avec 0,847 accident de train par 1.000 kilomètres. La Lituanie se classe deuxième, avec 0,558 accidents. La Slovaquie complète le top trois, avec 0,525 accident par 1.000 kilomètres.

En général, il n'y a pas de différence sensible entre les pays de l'ex-bloc de l'est et les pays occidentaux. Les deux parties de l'Europe peuvent améliorer la sécurité de leurs chemins de fer.

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