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Vote obligatoire

Monfils : "Non à l’aventure"

Mis en ligne le 20/02/2010

Le sénateur Monfils ne voit aucune valeur ajoutée à la fin du vote obligatoire.

Le sénateur Philippe Monfils, MR lui aussi, défend l’obligation de vote. Il s’en explique.

Vous tenez à cette obligation. Pourquoi ?

Ce n’est pas au moment où se développent des sentiments très profonds d’antipolitisme, de poujadisme, que l’on doit se permettre de supprimer le vote obligatoire. Il n’y a pas tellement de pays au monde où l’on peut se vanter d’avoir un vote libre et qui aboutit réellement à l’instauration d’un Parlement démocratiquement élu.

N’est-ce pas justement parce que la Belgique fait figure d’exception que l’on peut s’interroger sur la pertinence de cette obligation ?

A ce compte, on n’aurait jamais fait la législation sur l’euthanasie. A l’époque, un seul pays la défendait : les Pays-Bas. Moi, je trouve que ce sont les Français – ils ont un président élu par 42 % des gens – qui devraient prendre exemple sur nous. Supprimer le vote obligatoire, c’est l’aventure. Je suis certain qu’un certain nombre de personnes iraient à la pêche le jour des élections, et cela fera le jeu des extrémistes. Parce que dans l’isoloir, le Belge reste assez raisonnable.

Mais c’est un droit au départ…

C’est quoi le droit ? Pour moi, le droit de chacun, c’est précisément avoir la possibilité de choisir ses élus. Je suis persuadé que si on arrivait au vote facultatif, vous verriez la légitimité des élus tout de suite mise en cause. Des gens pousseraient des hauts cris : “Regardez ce gouvernement, il n’est soutenu en réalité que par 14 %.” Je préfère de loin être l’élu de 90 % des gens que l’élu de 34-45 % des gens qui se sont déplacés pour voter.

Faut-il obliger les gens à se déplacer ? C’est une contrainte…

Ne rigolons pas. Cela leur prend dix minutes tous les deux ans. Et c’est un devoir démocratique profond. Que l’on compte le nombre de pays où le droit de vote est donné à tout le monde et où les résultats du scrutin ne sont pas systématiquement remis en cause. Il y a en a combien ? Les 27 pays européens, et encore, je n’en suis pas sûr, quelques pays comme les Etats-Unis ou l’Australie, et c’est tout. Ce n’est pas beaucoup. C’est donc précieux. Il faut maintenir cela. Quelle serait la valeur ajoutée de la suppression du droit de vote ? Je n’en vois aucune.

Certains dans votre parti ne sont pas de votre avis…

Je le sais bien. On se comptera. Il y a quelques années, on a fait l’exercice. Et une majorité s’est dégagée pour le vote obligatoire. On verra.

© La Libre Belgique 2010

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