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ENSEIGNEMENT
L’UE prépare son classement des unifs
Laurent Gérard
Mis en ligne le 22/02/2010
Chaque année, c’est le même (double) cirque. Le "Times Higher Education Supplement" et l’université de Shanghai publient leurs prestigieux rankings des universités du monde entier. Les médias s’en emparent et notent les progressions - et surtout les reculs - des universités de leur pays. Et les institutions concernées poussent un cocorico ou justifient au contraire pourquoi elles apparaissent en retrait par rapport à l’édition précédente. Les critiques (manque de représentativité, de précision, etc.) ont beau s’abattre sur ces deux rankings, ils continuent à faire la pluie et le beau temps dans le monde de l’enseignement supérieur.
La situation pourrait toutefois évoluer dans les prochaines années. En 2008, la Commission européenne, à l’initiative de la France, a en effet souhaité développer son propre classement mondial des universités. "A l’heure actuelle, déclarait le commissaire à l’Education, Jan Figel, les classements sont généralement unidimensionnels. Nous sommes davantage intéressés par le développement d’un système de classement qui irait au-delà des activités de recherche des universités, pour inclure des éléments comme la qualité de l’enseignement et l’ouverture à la collectivité." Les promoteurs du projet estiment que cela n’a pas de sens de comparer les programmes d’études d’une petite institution tournée vers sa région et qui se concentre sur les baccalauréats avec ceux d’une université de recherche tournée vers l’international et centrée sur les masters et les doctorats. Leur idée est de permettre aux étudiants et aux chercheurs de choisir plus facilement, en connaissance de cause, les matières à étudier et l’endroit où faire leurs études et où travailler, ainsi que d’aider les responsables des institutions, des pays et de l’Europe, dans la formulation des stratégies futures en matière d’enseignement supérieur.
Début 2010, où en est-on? La Commission a désigné un consortium pour avancer dans la mise au point d’un tel ranking multidimensionnel, indépendant des pouvoirs publics et des universités, transparent et d’ampleur mondiale (pas question de se limiter à l’Europe). Le consortium a bouclé fin 2009 la première phase du projet financé à hauteur de 1 million d’euros par la Commission, phase qui consiste en l’élaboration des grandes lignes du système. Il a notamment arrêté les cinq dimensions analysées par le futur classement: éducation, recherche, innovation, internationalisation et ouverture à la collectivité. La seconde phase débute donc, où il s’agira d’évaluer la faisabilité du système de classement. Il faudra notamment définir les critères à prendre en compte pour chaque dimension, ainsi que leur pondération, ce qui n’est pas neutre. Le système pourra alors être testé sur un échantillon représentatif de 150 établissements d’enseignement supérieur (universités mais aussi hautes écoles) et instituts de recherche. A noter que cet échantillon se concentrera sur les matières d’ingénieur et de commerce, même si certains suggèrent de l’élargir à un autre secteur, en guise de comparaison. Le rapport final est attendu en mai 2011. Si les résultats sont concluants, la Commission pourrait décider, courant 2011, de développer le projet dans son entièreté.
A ce stade, il apparaît que la principale caractéristique du classement sera d’être orientée vers l’utilisateur. Je veux entamer des études de droit: quelles sont les qualités respectives des différentes institutions? Je suis chercheur en physique: quel est l’institut de recherche qui me conviendra le mieux. Dans ce cadre, le classement européen sera, davantage qu’un ranking unique et linéaire, un classement multidimensionnel où les établissements pourront dès lors obtenir des cotes différentes selon que l’on évalue la qualité de l’enseignement ou la qualité de la recherche, par exemple. Selon le rapport intermédiaire qui vient d’être publié par les parties prenantes au projet, le système permettra même d’établir un classement personnel qui sera fonction des sélections individuelles.
On est donc loin des classements unidimensionnels hypermédiatisés. C’est là une dimension qui n’échappe pas aux concepteurs, lesquels ne cachent pas leur crainte que les médias continuent à agglomérer les résultats de chaque institution dans les différentes catégories pour établir un classement général plus "spectaculaire". Autre crainte, liée à la première: "va-t-on pouvoir concurrencer les rankings unidimensionnels type "Times" et Shanghai avec un classement "soft" comme celui-ci ?", se demande un proche du dossier. "Les autres sont quand même plus sexy " Surtout, les partenaires du projet ne voudraient pas que l’on dise que c’est parce que les institutions d’enseignement supérieur européennes ne réussissent pas bien dans les classements existants que l’Europe débarque maintenant avec son propre classement. Hou, les mauvaises langues que ce serait là!
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