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Enseignement

Mille enseignants détachés

Laurent Gérard

Mis en ligne le 25/02/2010

Ils ne sont pas dans les classes mais sont remplacés. Et ils ont leur utilité.

Ils sont apparemment quelques-uns à avoir avalé leur café de travers, lundi matin, en lisant les pages "Enseignement" de "La Libre". Dans une opinion consacrée aux enseignants détachés, le Pr Druet (Facultés de Namur) y évoquait un rapport d’une certaine DGAFP évaluant à 97 500 le nombre d’enseignants (en équivalent temps plein - ETP) qui ne sont pas devant les élèves. Or ladite DGAFP est une administration française dont ledit rapport concerne donc la fonction publique en France. Assez logique - et même heureux -, vu que le nombre d’enseignants, dans notre petite Communauté française, n’atteint même pas ce chiffre de 97 500.

Interpellé par ces chiffres, le cabinet de la ministre (CDH) de l’Enseignement a tenu à rétablir la vérité. Selon les données récentes qu’il a obtenues auprès de l’administration et qu’il a communiquées à "La Libre", le nombre d’enseignants détachés en Communauté française correspond en fait à 994 ETP. Ceux-ci se déclinent en deux catégories :

1 Les détachés à titre gratuit. Ils sont au nombre de 359, dont 109 sont dédiés au projet "école de la réussite" et travaillent à ce titre en soutien direct aux enseignants de primaire. On notera qu’il n’est pas question de revoir leur nombre. Les 250 autres sont affectés à l’administration, aux réseaux, aux syndicats, aux cabinets, etc. Selon le cabinet Simonet, il s’agit par exemple de 30,5 ETP dans les cabinets - dont la majorité au cabinet de l’Enseignement; 26 au service de pilotage du système éducatif; 16 dans les jurys de la Communauté française; 26 au Segec (réseau catholique); 20 dans le réseau Communauté française; 17 au CPEONS (réseau communes et provinces; 1 dans le réseau libre non confessionnel (Felsi); etc. A noter que la Déclaration de politique communautaire prévoit de réduire de 20 % le nombre de ces détachés, en le faisant passer de 250 à 200.

2 Les détachés remboursés. Ils sont quant à eux 635 et sont donc remboursables à la Communauté, avec 4 % de frais de gestion. Ils travaillent à la Région wallonne, dans les centres de technologie avancée, à la Chambre, dans les communes et CPAS, à l’Institut de la formation en cours de carrière (IFC), dans des organisations de jeunesse, etc. Le cabinet précise que les enseignants ainsi détachés sont remplacés dans les classes. Cela n’aurait donc aucun coût pédagogique - au contraire, puisque leur apport dans leurs nouvelles fonctions peut être pédagogique -, tout au plus un coût financier dans le cas des non-remboursés. Le cabinet voit au contraire dans ces détachements la possibilité d’offrir à certains enseignants un nouvel horizon professionnel, qui peut, en cas de retour dans les classes, enrichir leur pratique enseignante.

Si la ministre n’est pas sourde aux critiques récurrentes sur le manque d’enseignants présents dans les classes, devant les élèves, elle tient donc à relativiser le rôle des détachements dans cette question. Le nombre d’enseignants mis en disponibilités est, lui, d’une tout autre ampleur. Il s’agit essentiellement d’enseignants de plus de 55 ans qui ont choisi de réduire leur temps de travail ou d’arrêter complètement l’enseignement. Ces DPPR (disponibilités précédant la pension de retraite) représentaient en 2008, 6 755 ETP (8 036 personnes), pour un coût brut de 162 millions d’euros (coût net de 89 millions en tenant compte des économies réalisées en remplaçant des profs anciens et chers par des jeunes bon marché). Sur un total de 82 122 ETP (pour l’enseignement obligatoire, les centres PMS et la promotion sociale), ce n’est pas à négliger, surtout dans le contexte de pénurie enseignante que connaît, de longue date, la Communauté française.

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