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education et enseignement

Pourquoi pas un chèque scolaire ?

Mis en ligne le 08/03/2010

La majorité des enfants de première primaire pouvaient lire à Noël, tous en fin d’année, il y a quarante ans. En quittant les primaires, les enfants pouvaient lire et comprendre les textes à leur portée, écrire lisiblement et quasi sans faute d’orthographe; effectuer correctement des additions, des soustractions, des multiplications et des divisions, et connaître la table de multiplication. Certains enfants choisissaient alors de devenir ouvrier qualifié, artisan, commerçant, ou l’une ou l’autre des professions existant à l’époque.

Les jeunes qui continuaient dans l’enseignement secondaire se formaient l’esprit et nourrissaient leur mémoire par une initiation progressive à la compréhension des idées et des sentiments exprimés par des générations d’auteurs, des faits et des évènements historiques concernant la vie de leurs ancêtres, de leur pays, de leur continent, de l’humanité. Ils ouvraient leur intelligence au contact des mathématiques, des sciences, etc. Ils se préparaient concrètement à entrer dans la vie des adultes et dans les activités professionnelles, et à y exercer leur rôle. D’autres jeunes qui préféraient suivre des cours plus concrets pouvaient perfectionner leurs goûts en maîtrisant les techniques de l’artisan ou en apprenant un métier utile.

Tout cela a été modifié, vers 1970, par des "experts", qui n’avaient généralement pas longtemps donné cours à des enfants, mais qui ont imposé des réformes fréquentes et souvent contradictoires, principalement la méthode globale d’apprentissage de la lecture et l’enseignement rénové largement poussé par "le socialisme triomphant après la Seconde Guerre mondiale". Non pas dans "une excellente intention : donner les mêmes chances à tous les enfants", comme l’écrivait Madame Mia Vossem (1), mais, en fait, pour imposer un autre type d’enseignement, sous le prétexte d’assurer la démocratisation des études.

C’est ce que le Rapport du Groupe d’Etudes du Professeur L-E Halkin constatait : "Certains technocrates de l’enseignement voudraient [ ] faire du département de l’Education Nationale un organisme parastatal dont la direction leur assurerait la mainmise totale et définitive sur la formation et l’orientation de la jeunesse" (2). Orientation que confirmait Monsieur Joseph Michel, ministre de l’Education Nationale à l’époque, à la tribune de l’Association des parents du lycée d’Arlon : "La transformation des finalités et des structures de l’institution scolaire s’est accompagnée d’une transformation corrélative des contenus et des méthodes." (3)

Quant à l’avis des parents, il n’était pas pris en compte par le ministre Dubois, socialiste, pour l’enseignement de l’Etat : "Il ne paraît pas opportun d’étendre à ce domaine le principe du libre choix des parents." (4) ! Ce que les socialites veulent, c’est l’égalité de tous par le rénové. Or non seulement nous vivons dans des milieux différents, mais nous avons des capacités différentes. Esprits pratiques ou théoriques, certains ont plus d’habileté manuelle tandis que d’autres ont davantage d’aptitudes intellectuelles, avec des degrés divers. Mais les socialistes n’y font pas attention.

C’est aussi que "l’égalité des chances, telle que la conçoivent les novateurs, procède d’une fausse conception de la démocratisation des études" (2) lit-on dans le Rapport du Groupe Halkin. Matérialistes, les socialistes veulent que les élèves deviennent seulement des producteurs et des consommateurs. Vouloir imposer le même moule à tous, sous prétexte d’égalité, ne relève-t-il pas de l’idéologie ? D’un système de croyances plutôt que de l’acceptation des faits, de la réalité ? Plus à fond, l’idéologie socialiste a pour but d’empêcher les gens de réfléchir, de se rendre compte qu’on les manipule, de constater qu’on veut l’égalité dans la médiocrité, en nivelant tout par le bas.

Notre petit-fils apprenait simplement à lire et à écrire les lettres et à épeler les mots en première primaire, la "lecture" des phrases étant réservée à la deuxième année ! En deuxième, il ne comprend pas toujours le texte, comme le remarquait Mme Vossem (1). Les parents ne sont guère responsables de cette situation, mais semblent assez dépourvus de moyens pour agir. Pourquoi ne pas s’unir pour exiger pour leurs enfants un enseignement et une formation de qualité ? En Flandres, à l’initiative d’une quinzaine de directeurs, le mouvement DOSCKO a réuni 350 écoles libres pour empêcher l’introduction du rénové. Un enseignement sagement modernisé y est une réussite comme le prouvent les brillants résultats au Pisa.

Comme des parents ont pu se réunir contre le décret inscription, ils peuvent aussi se grouper pour demander le chèque scolaire, remis au chef de famille pour chaque enfant afin qu’il puisse le présenter à l’école de son choix, à la place des subsides octroyés par l’Etat. Cela se fait pour les écoles primaires du district de San José, en Californie, aux Etats-Unis, par exemple. Le chèque scolaire garantit l’égalité. Les parents peuvent encore modifier leurs votes, lors des prochaines élections.

Jacques Van Godtsenhoven

Romaniste retraité

1. Mia Vossem : "La crise réveillera-t-elle les parents ?" , LLB du 22 février 2010, pp.46-47.

2. Dans "La Meuse - La Lanterne" du 22 juin 1971.

3. "L’Avenir du Luxembourg" du 27 janvier 1978.

4. Questions et réponses parlementaires. Réponse du Ministre Dubois à la question du Sénateur Gillet, le 7 juillet 1970.

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