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Enquête - Pensions

Série Pension: Il faudra travailler plus

Vincent Rocour

Mis en ligne le 09/03/2010

Rares sont ceux qui proposent de relever l’âge légal de la pension. Mais tous pensent qu’il faut relever l’âge effectif de la mise à la retraite. Ce mardi midi, Jean Hindriks de l'Itinera Institute a répondu à vos questions. Retrouvez dans La Libre Belgique de ce mardi tous nos articles consacrés à la question des pensions
Faut-il relever l’âge de la pension ? De nombreux pays européens ont décidé que oui, à long terme, le plus souvent. Aux Pays-Bas et en Allemagne, l’âge légal de la pension sera porté à 67 ans d’ici 2029. Et au Royaume-Uni, il sera porté graduellement de 65 à 68 ans entre 2024 et 2046.

Faut-il le rappeler ? Les gens vivent de plus en plus longtemps. Compte tenu du fait que le monde du travail exige toujours plus de qualifications et que, dès lors, la durée des études a, elle aussi, tendance à s’allonger, le temps que l’on passe hors emploi au cours d’une vie prend le pas sur la période effectivement au travail. Dans 40 ans, il y aura pratiquement un inactif pour un actif. Lequel risque de devoir subir une charge trop lourde pour financer un système de pension basé, majoritairement, sur la répartition. D’où la décision d’augmenter l’âge légal de la pension.

Et en Belgique ? Pour l’heure, seul le banc patronal réclame le relèvement de l’âge légal de la pension. Les syndicats y sont farouchement opposés. Et les partis politiques n’y sont pas favorables. Ce n’est pas une mesure très populaire. Et puis, surtout, c’est une mesure qu’il faudrait bien accompagner. Car cela n’aurait pas beaucoup de sens de relever l’âge de la pension si cette décision avait comme principal effet de simplement rallonger les prépensions, la durée de chômage ou d’invalidité.

Aujourd’hui, il existe toute une série de mécanismes permettant de quitter le marché du travail bien avant que sonne l’heure de la retraite légale. Et en la matière, la Belgique fait figure de championne.

D’après Eurostat, à peine un Belge sur trois est encore au travail entre 55 et 65 ans. Le taux d’emploi des plus de 55 ans s’améliore un peu puisqu’en 2005, il était de 31,8 % et qu’il était passé à 34,5 % en 2008. Mais cela reste 10 % de moins que la moyenne européenne. Le Belge s’arrête tôt de travailler. Selon le "Steunpunt werk en sociale economie", l’âge moyen de sortie du marché du travail était de 58,8 ans en 2005. Il est sans doute un peu plus élevé aujourd’hui. " Mais à peine ", assène Tom Bevers, chercheur au service public fédéral Emploi.

Pour beaucoup, il n’y a aucun sens de vouloir augmenter l’âge légal de la pension avant de relever, au préalable, l’âge effectif du départ à la retraite. Des institutions comme le Bureau du plan, répercutées par l’actuel ministre des Pensions Michel Daerden (PS), estiment que les Belges doivent travailler 3 ans de plus d’ici 2030. Au moins.

Mais un tel objectif - retarder de 3 ans ou plus l’âge de la sortie - butte sur certains obstacles. Le coût salarial des travailleurs âgés notamment. Le salaire augmente avec l’âge, singulièrement chez les employés qui bénéficient de barèmes salariaux. D’après le directeur général du SPF Emploi, Jan Vanthuyne, qui s’est exprimé dans la dernière publication du secrétariat social SD Worx, " un travailleur âgé de 60 à 64 ans gagne en moyenne 140 % de ce que gagne un travailleur âgé de 30 à 40 ans ". Or, selon les études internationales, la productivité suit en général la courbe inverse : elle diminue avec l’âge. Dans ces conditions, les entreprises rechignent à engager du personnel âgé.

Les choses auraient pu changer. L’Union européenne a, en effet, imposé à la Belgique de supprimer les barèmes liés à l’âge. Mais, après négociations entre patrons et syndicats, ces barèmes ont été remplacés par des barèmes à l’ancienneté à peu de choses près identiques.

Autre handicap : le travailleur belge se caractérise par une très faible mobilité professionnelle. La durée moyenne d’un emploi est de 9,75 ans en Belgique alors qu’elle est de 8,25 ans en moyenne dans les autres pays européens. Et cette immobilité sur le marché du travail se marque singulièrement chez les travailleurs âgés. Selon une étude du SPF Emploi, à peine 2 % des travailleurs de plus de 50 ans changent d’emploi chaque année. Cette grande fidélité à l’entreprise fragilise le travailleur belge quand il doit rebondir en cas de licenciement, car il a fait longtemps le même travail.

Des initiatives ont cependant déjà été prises pour relever l’âge effectif de la retraite. En 2005, le gouvernement fédéral a notamment élaboré un pacte des générations. Cinq ans plus tard, les avis sont mitigés. Pour Jan Vanthuyne, le pacte des générations n’a pas changé grand-chose. Le directeur général du SPF Emploi estime qu’il fallait prendre des mesures plus sévères pour décourager les prépensions et réduire l’importance des périodes assimilées (chômage, prépension, etc.) dans le calcul de la pension. A l’entendre, un second pacte des générations serait nécessaire.

Mais les syndicats - qui s’étaient farouchement opposés au pacte des générations - ne sont pas de cet avis. Pour eux, les premiers effets du pacte des générations commencent à se faire sentir. Selon la CSC, le nombre de travailleurs âgés de 50 à 55 ans qui partent à la prépension a baissé de 56 % depuis le pacte des générations. Et les prépensions dans la tranche d’âge 55-60 ans a baissé de 14 %.

La suite de notre série Pension est à retrouver dans La Libre Belgique, tous les jours de cette semaine en librairie.

Savoir Plus

Un pensionné pourrait-il travailler sans limite?

Un pensionné peut arrondir ses fins de mois en continuant à exercer une activité professionnelle. La loi l’y autorise. Mais il ne peut pas gagner des revenus supérieurs à certains montants qui varient en fonction de son statut social, de son âge ou de sa situation familiale (charge de famille ou non).

Les montants maximums autorisés n’ont plus bougé depuis 2004 lorsqu’il s’agit d’une activité professionnelle exercée avant l’âge légal de la pension. En revanche, ils ont été augmentés à plusieurs reprises dans le cas d’une activité exercée au-delà de 65 ans. La question se pose aujourd’hui s’il ne faut pas supprimer complètement cette limite après 65 ans. Après tout, cela concerne moins que 2 % des salariés.

Un incitant à prolonger la carrière peu efficace

Le pacte des générations a instauré en 2005 un bonus pour les travailleurs salariés qui continuent de travailler au-delà de 62 ans ou de 44 ans de carrière. Ces bonus s’élèvent à 2 euros par jours de travail presté.

Ce système s’inspire des compléments d’âge qui ont été instaurés en 2001 dans le secteur public.

Le bilan n’est cependant pas très encourageant. Dans le secteur public, l’âge moyen de prise de la pension (environ 61 ans) n’a, en tout cas, pas bougé depuis 2001.

Certains comme la FEB préconisent dès lors un véritable système de bonus-malus, où l’on valoriserait à 115 % les périodes de travail après 60 ans et à 100 % voire moins les périodes assimilées (prépensions, chômage, etc.).

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