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Jeunesse

Françoise Bertiaux : "L’interview d’Armand De Decker, c’est une bombe. Elle a fait beaucoup de dégâts "

V.d.W.

Mis en ligne le 11/03/2010

Chef de groupe MR à la Communauté française, elle ne partage pas la vision du président du Sénat qui voulait créer des centres d’éducation encadrés par des militaires. Le MR temporise.

L’interview "sécurité" d’Armand De Decker, bourgmestre d’Uccle, président du Sénat, mercredi à "La Libre", a provoqué quelque émoi. Dans les autres partis, on s’en doute. Sauf au Parti populaire où l’on suit Armand De Decker. A moins que ce ne soit le contraire. Mais également à l’intérieur même de sa propre formation politique, le MR. Françoise Bertiaux, la chef de groupe MR au Parlement de la Communauté française, présidente de la régionale de Bruxelles, a avalé son café de travers à la lecture de l’entretien de son collègue libéral. Nous avons recueilli ces propos, propos durs alors que les deux personnes sont d’ordinaire proches sur le plan politique, Françoise Bertiaux a été la collaboratrice d’Armand De Decker.

"Cette interview d’Armand De Decker, dit-elle, est une véritable bombe. Elle a fait beaucoup de dégâts. Cela ne nous fait pas du bien. Car il faut rappeler quelle est la véritable position arrêtée du MR. Armand en est sorti."

François Bertiaux explique : "Je comprends l’émotion d’Armand De Decker après ce qui s’est passé dans sa commune. Le crime est atroce. Mais je rappelle qu’à Uccle, ce sont des faits de majeurs : 20 et 24 ans. Il ne faut donc pas faire l’amalgame entre des majeurs et des mineurs délinquants : ce sont des problèmes très différents, qui en tout cas devraient le rester. Car si on arrive à gérer le problème des mineurs délinquants, ils ne seront pas fatalement des majeurs délinquants. Je m’étonne donc qu’il mette en cause les juges de la jeunesse. Tout d’abord, au nom de la séparation des pouvoirs, on n’a pas à donner un avis sur les décisions que prennent les juges de la jeunesse. Ensuite, je sais, pour les avoir rencontrés, que ces juges ne disposent pas de places suffisantes pour placer les jeunes délinquants. C’est donc la Communauté qui ne donne pas de réponse suffisante".

Françoise Bertiaux se dit choquée par un autre élément de l’interview : "C’est la transformation de l’idée des centres de rescolarisation et de resocialisation, un concept défini à l’époque par Pierre Hazette, que nos adversaires appelaient, à tort, l’école des caïds. Il s’agissait surtout d’un dispositif de prévention scolaire. Je ne veux pas qu’on fasse l’amalgame entre un gamin en décrochage scolaire - auquel le dispositif Hazette entendait remédier - et un délinquant".

Les militaires ? "Certes, précise-t-elle, il faut une réponse ferme, immédiate. Mais réaliste. Je ne crois pas qu’il y ait une force spéciale d’éducation à l’armée."

Que faire alors ? "Il y a une carence certaine dans l’approche au sein des IPPJ (Institution publique de protection de la jeunesse) car on ne tente pas de responsabiliser le jeune. Là, il faut réécrire le projet pédagogique : il faut sortir de la dimension récréative pour aller dans une dimension sanctionnelle et réparatrice. On paye les places dans les IPPJ. Si maintenant on déresponsabilise la ministre Huytebroeck en disant qu’on va confier ces jeunes aux militaires, où va-t-on ?"

Il y a aujourd’hui 95 places dans les IPPJ. Est-ce insuffisant ? "Evidemment non ! On va bientôt ouvrir Saint-Hubert : 50 places qui reprendront les 26 d’Everberg qu’on va perdre. Huytebroek cale sur le projet d’Achêne, elle fait la fine bouche. Mais il faut les 120 places d’Achêne. De grâce avançons. Et puis il faudra ouvrir le débat sur Bruxelles. Car 46 % des jeunes qui vont en IPPJ viennent de l’arrondissement judiciaire de Bruxelles. Ce serait logique d’en implanter une à Bruxelles pour éviter qu’un jeune ne doive traverser la moitié de la Belgique pour aller voir son juge. Mais quand Armand dit qu’il veut une IPPJ de 100 places à Bruxelles, est-ce qu’il propose que cela se fasse à Uccle ?"

Plus globalement, Françoise Bertiaux ne partage pas la vision d’Armand De Decker : "Certes nous sommes inquiets. Car si le nombre d’actes de délinquance n’augmente pas, le degré de violence augmente. Et ce dans tous les quartiers de la ville. Mais ce n’est pas la société d’Orange mécanique, qui est une société où il n’y a plus de valeurs".

Françoise Bertiaux ne nie pas qu’il y ait, à Bruxelles, un problème d’intégration et d’interculturalité, "C’est clair. Mais pourquoi faut-il, parce que deux majeurs sont originaires de la communauté marocaine, stigmatiser les jeunes d’origine marocaine ? Les meurtriers de Jo Van Holsbeek venaient des pays de l’Est. Junior venait de l’Afrique subsaharienne. Si pour régler un problème d’interculturalité on stigmatise et une seule communauté, cela n’ira jamais. C’est très maladroit".

Finalement, qui parle au nom du MR ? Pour le porte-parole du parti, Pierre Yves Jeholet, la sécurité est une priorité. Il faut, dit-il, de justes réponses aux actes d’incivilités commis par des mineurs de plus en plus jeunes. Un encadrement militaire pour les jeunes délinquants ? "Notre défense participe de moins en moins à des opérations militaires. On ne peut pas exclure que des militaires puissent participer à des missions de sécurité, à un encadrement. L’idée sera débattue au sein du MR. Tout comme les idées du député Xavier Baeselen : l’incompressibilité des peines, la garde à vue de 48 heures "

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