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Jeunesse

Armand De Decker, "Digne de Rambo"

J.-C.M.

Mis en ligne le 11/03/2010

La sortie d’Armand De Decker fâche nombre de ses collègues. Qui parlent d’amalgames et de constats simplistes. Le PP, lui, en remet une couche.

Si M. De Decker veut un débat sur l’identité nationale, qu’il le dise. Ses propos sans discernement sur les jeunes d’origine étrangère, qu’il assimile à des délinquants potentiels, tiennent de l’amalgame et constituent un dérapage."

Sarah Turine, co-présidente d’Ecolo, stigmatise la sortie, mercredi, dans "La Libre", du MR Armand De Decker, président du Sénat et bourgmestre d’Uccle. Une sortie qui a suscité de nombreuses réactions chez ses collègues politiques.

Pour rappel, s’alarmant de la montée de la violence à Bruxelles, au lendemain d’un braquage qui a mal tourné dans sa commune, M. De Decker, qui considère que la Belgique n’a pas réussi à intégrer ses jeunes d’origine étrangère, plaide pour la création de 100 places supplémentaires dans les Institutions publiques de Protection de la Jeunesse (IPPJ) mais remet aussi sur le métier l’idée de créer des "centres d’éducation renforcés avec encadrement militaire".

Mme Turine se demande pourquoi, chaque fois que se produit un drame suscitant une légitime émotion populaire, certains se croient obligés de s’emparer de celle-ci pour jouer les Rambo. "Car si M. De Decker pointe certains problèmes réels, comme le manque d’effectifs policiers et le manque de moyens alloués à la justice, problèmes à régler par le fédéral, au sein duquel siège son parti, il propose de mauvaises solutions et a tendance à tout mélanger. Sa proposition de création de centres d’éducation avec encadrement militaire est impraticable. On demande déjà beaucoup à l’armée et c’est aux enseignants et aux professionnels de l’aide à la jeunesse qu’il s’agit de donner des moyens."

Joëlle Milquet, présidente du CDH, pense à peu près la même chose. "La politique de prévention et de sécurité exige du sérieux, une approche rationnelle, une vision professionnelle des choses, pas des petites idées répandues dans les journaux ou sur les ondes chaque matin dans une surenchère médiatique improductive. Oui à une réponse rapide aux faits de délinquance, oui à des sanctions effectives et appropriées, oui à davantage de policiers dans les rues, oui à plus de places dans les IPPJ et à une meilleure concertation entre le fédéral, les Communautés et les Régions mais sans confusion des rôles", observe Mme Milquet.

"Confier à l’armée une mission de réinsertion sociale des détenus, on rêve ou quoi ?", conclut-elle, se plaignant que M. De Decker "considère tous les jeunes d’origine étrangère comme des délinquants potentiels".

Clotilde Nyssens, députée CDH, est sur la même longueur d’ondes que sa patronne. Elle reproche au président du Sénat de se lancer dans une série d’amalgames qui n’ont pas lieu d’être, notamment entre mineurs délinquants et jeunes adultes, mais aussi d’oublier que les militaires n’ont pas mission de se substituer à la justice.

Pour sa part, Thierry Giet, président du groupe PS de la Chambre, nous a confié "pouvoir comprendre la réaction émotionnelle du bourgmestre d’Uccle". "Mais", ajoute-t-il, "quand on examine le fond de son discours, on éprouve quelques difficultés à suivre. Proclamer qu’on détient "la" solution pour régler un problème aussi complexe, c’est un peu court. Choisir une voie aussi radicale que des camps militaires pour jeunes délinquants et mélanger les choses me laisse dubitatif. La loi sur la protection de la jeunesse offre un éventail élargi d’outils aux acteurs du secteur. Commençons par les rentabiliser." De son côté, Philippe Mahoux, chef du groupe PS au Sénat, "regrette de voir que certains profitent d’une actualité dramatique pour alimenter un climat de peur et de méfiance généralisée à l’égard des jeunes. L’idée visant à mobiliser les militaires pour prendre en charge des jeunes délinquants est absurde et démagogique".

Autre son de cloche du côté du Parti populaire de Me Modrikamen, qui dénonce "le climat d’insécurité et d’impunité qui découle des politiques laxistes de ces 20 dernières années".

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