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Politique | Gouvernement

Ainsi roule, en finesse, le gouvernement

Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 13/03/2010

Pour l’instant, Yves Leterme et ses ouailles travaillent. Tout baigne. Dans trente jours, BHV sera de retour. Ça saigne ?

Bien sûr, tout n’est pas pour le mieux dans le meilleur des mondes. Bien loin de là. Des crimes horribles sont commis en pleine rue. Des trains déraillent, chaque semaine. Il faudra bientôt utiliser une 4X4 pour rouler sur nos routes crevassées. Et que dire, chère Madame, de cet hiver qui colle à la peau, qui s’éternise, qui se complaît chez nous. Alors qu’on a envie de chaud. De soleil. Qui tape. Qui cogne. Qui brûle.

N’empêche. Malgré tout cela, eh bien oui, le gouvernement - c’est là qu’on voulait en venir - vit et travaille dans le calme. Et même dans un certain ordre. Non ? Si.

On vous le concède : l’impression générale n’est pas celle-là. On aurait plutôt le sentiment qu’il n’y a plus personne au 16, rue de la Loi. Que le locataire a mis la clé sous le paillasson et a prié ses collaborateurs et ses ministres d’en faire autant. On les entend pas (trop). C’est donc qu’ils ne font rien.

Et si c’était le contraire ? Et si, pour bien travailler, le gouvernement avait décidé de travailler, presque caché. Car il est loin le traumatisme qu’ont subi certains et certaines au départ d’Herman Van Rompuy pour les cieux européens. On pensait qu’on allait devoir distribuer des boîtes de Prozac aux inconditionnels du Sphinx, des mouchoirs aux pleureuses qui voyaient s’éloigner avec émotion la silhouette gracile de l’homme providentiel. Il faudrait faire de l’"Herman van Rompuy sans Herman Van Rompuy" rêvait, sans trop y croire, Laurette Onkelinx.

Voeu exaucé ! En fait, il paraît que cela marche, qu’Yves Leterme est quasiment transformé. Bien sûr, l’humour n’est toujours pas son fort. Bien sûr, il lui reste un côté assez irascible qui parfois déstabilise et déçoit. Mais l’homme n’est plus abonné aux gaffes. Et dans toute une série de dossiers, il tranche, il décide, il ose. Même pour le voyage du Roi au Congo, sujet ultra-délicat qui au départ divisait la majorité, un accord a été trouvé. Donc Leterme est là. Et il assure.

Tel est en tout cas le sentiment des ministres. De ceux qui comptent, on veut dire. Les autres, ceux qui n’ont pas la chance d’être conviés aux "kerns", ces petites réunions entre vice et Premier ministres où tout se décide, sont un peu moins enthousiastes. Mais ils reconnaissent que "ça tourne".

Le calme avant la tempête ? Plusieurs écueils attendent le gouvernement dans les prochains jours. Les uns sont là quasiment "pour rire". Le dernier pourrait lui être fatal.

Premier écueil : le contrôle budgétaire, les 26 et 27 mars prochains. L’année est délicate, sur ce plan - là. Un déficit de 5,1 % du produit Intérieur Brut était annoncé, sur la base d’hypothèses très prudentes. Bonne nouvelle : la croissance se redresse un peu et aura un impact positif sur tous les paramètres. Le déficit sera revu à la baisse : environ 4,8 ou 4,9 % du PIB. Et le gouvernement fera un geste à l’égard des services de sécurité : policiers et pompiers.

Deuxième écueil : les pensions. Sur la base du livre vert qui sera approuvé le jeudi 25, le gouvernement devra définir des lignes directrices : recul de l’âge effectif de la pension ? Quelles nouvelles recettes ? Le débat est ouvert.

Reste évidemment, le troisième écueil. Le pire. Un peu comme si on voulait faire franchir les cinquantièmes hurlants à un petit bateau de plaisance. Dehaene annonce un truc, juste après Pâques. Parviendra-t-il, Jean-Luc Dehaene, à concilier les exigences des Flamands et les réticences des francophones. Ou se contentera-t-il de dresser une liste d’engagements, de promesses ? Plus que 30 fois dormir. Et on le saura. On saura surtout si la présidence belge de l’Union européenne (1er juillet-31 décembre) sera l’occasion de déployer nos talents ou un enfer pour un pays et ses dirigeants plongés dans une très profonde crise politique.

Savoir Plus

Leterme favorable à des revenus complémentaires non plafonnés pour les plus de 65 ans

Yves Leterme (CD&V) est acquis à l'idée que les plus de 65 ans qui le souhaitent doivent pouvoir continuer à travailler et bénéficier de revenus complémentaires à la pension non plafonnés. "Nous devons stimuler cela plutôt que de le freiner". L'Open Vld soutient cette position depuis longtemps. Yves Leterme se dit d'accord avec le ministre des Pensions Michel Daerden pour dire que l'âge réel du départ à la pension doit augmenter de trois ans, mais juge que relever l'âge légal de la pension à 67 ans "n'est pas une priorité pour l'instant".

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