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Chronique

Apprendre à écouter

Benoît Wautelet, maître-assistant à la Haute-Ecole Louvain en Hainaut (HELHa)

Mis en ligne le 15/03/2010

Le savoir-écouter est sans doute la compétence la moins travaillée de manière concrète en classe.

Des quatre compétences d’intégration de langue française présentées dans le Programme Intégré Adapté aux Socles de Compétences (lire, écrire, écouter, parler), le savoir-écouter est sans doute la moins travaillée de manière concrète en classe et le savoir-parler la moins bien structurée. Généralement, pour celle-ci, on se contente de faire réciter une poésie aux enfants ou de leur faire jouer des saynètes théâtrales, sans réel travail sur la diction, la gestuelle, le ton et le rythme d’élocution; et pour celle-là, il s’agit de faire écouter un texte aux enfants, puis de leur faire répondre à un questionnaire à son sujet. Ce qui rend le travail fort passif et ne développe que peu de compétences réelles.

Que vérifie-t-on avec ce type d’activités ? Que l’enfant a été attentif ? Que l’enfant a retenu les éléments importants d’un texte entendu ? Or qu’est-ce que savoir écouter ? Un bon "écouteur" est une personne capable de manifester de l’empathie, de marquer son étonnement et/ou sa désapprobation, de réagir en tenant compte des arguments d’autrui, de résumer ses idées ainsi que celles des autres interlocuteurs, d’attendre son tour de parole sans marquer son impatience, de ne pas couper son interlocuteur, d’oser prendre la parole, d’adapter son registre de langue à la situation de communication présente. Le tout en restant correct, poli et respectueux.

Il s’agit également d’être un reflet de la parole de l’autre, d’être capable de reformuler ses propos sans les trahir. Il s’agit donc d’une compétence très active (hyperactive, ai-je envie d’écrire !), bien loin de l’image étriquée que l’écoute d’un texte, suivie d’un questionnaire, montre aux enfants.

Travailler l’écoute de manière régulière et vivante est tout à fait possible en classe (à quelque niveau d’enseignement que ce soit d’ailleurs). Premièrement, on ne peut guère la travailler, l’entraîner sans rapport à l’oral (le questionnaire écrit rompt totalement l’aller-retour essentiel, la cohésion fondamentale liant l’écoute et le savoir-parler). Deuxièmement, il faut l’entraîner régulièrement. Et troisièmement, il faut varier les approches et les angles d’attaque.

Ainsi on pourra, entre autres exemples, organiser un débat contradictoire sur un sujet de société (ce sera l’occasion de se documenter, de réfléchir en groupes, d’interviewer des personnes-ressources, de les inviter en classe) ou sur un thème d’actualité (ce sera l’occasion de lire différents journaux, de découvrir les différents médias, de confronter les sources) ou, lors d’une excursion programmée, demander l’itinéraire pour se rendre au musée en téléphonant à l’accueil, de prendre des renseignements au syndicat d’initiative local, de réserver un car ou quelques places dans un train.

Cet apprentissage doit commencer le plus tôt possible pour que l’enfant prenne conscience qu’il peut apprendre des autres et qu’il vit entouré de gens (parents, autres enfants, professeurs, etc.) qui peuvent ne pas partager ses envies, ses idées, mais qui sont cependant respectables. Apprendre à savoir-écouter, c’est également apprendre à se forger une opinion propre, à ne pas être un mouton de Panurge dans un troupeau dont les bergers sont bien souvent virtuels (la télévision, l’internet ). Dans la société actuelle (comme de tout temps), savoir écouter son prochain est fondamental. A l’école, dans la rue, dans la file du supermarché, avec les collègues, les parents , il est essentiel d’avoir appris à écouter l’autre, pour éviter les jugements hâtifs, les bagarres verbales, l’irrespect au quotidien.

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