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"Les chômeurs se font broyer par ce plan, qui exclut plus qui n’inclut"

Magali Mouthuy

Mis en ligne le 17/03/2010

Vincent et Sylvain constatent quotidiennement les dégâts du Plan d’activation des chômeurs.
Témoignages

A quelques pas de la Chambre des représentants, où ils sont venus "pour écouter et non pas participer" , Vincent et Sylvain retrouvent la parole autour d’un verre. De par leur expérience, ils ont beaucoup à raconter. Sylvain cherche de l’emploi depuis presque deux ans, et a 30 ans de métier derrière lui. " On ne dit plus chômeur, mais travailleur sans emploi, chômeur, ça fait tricheur" , ironise-t-il. Vincent a été accompagnateur syndical des travailleurs sans emploi; il est aujourd’hui animateur au Service de la commission régionale des travailleurs sans emploi du Luxembourg.

"On est venus à la Chambre pour voir comment ça se passait. Mais dans ce débat, il y a un grand absent : c’est l’emploi. Il n’y en a pas." Tous deux dénoncent les effets néfastes du Plan d’activation, dans une période sombre pour l’emploi. " J’ai constaté une dégradation de l’état des chercheurs d’emploi que j’accompagnais. Avant, c’était des personnes en colère, mais qui comprenaient ce qui leur arrivait. Maintenant, je suis de plus en plus confronté à des gens qui n’ont plus aucun repère. Ils se font broyer par ce plan, qui est un système qui n’inclut pas mais qui exclut."

Et de souligner un cercle vicieux. "Pourqu oi activer les gens à prouver qu’ils recherchent quelque chose qui n’existe pas. Ça relève du sadisme. Certains facilitateurs d’emploi - moi je les appelle les contrôleurs de l’Onem - disent : mais Monsieur, on ne vous demande pas de trouver un emploi, mais d’en chercher !"

Pour continuer à bénéficier du chômage, les demandeurs d’emploi doivent prouver qu’ils sont actifs dans leur recherche, selon des critères fixés par l’Onem. Selon Sylvain, des critères discutables. La barre monterait d’année en année lors du premier entretien à l’Onem. " De par mon expérience, je me rends compte que ce sont les personnes qui savent se vendre, qui ont des facilités de contact, et possèdent encore leurs dents, qui réussissent les entretiens. "

Par ailleurs, ce plan d’activation pèserait aussi sur les travailleurs. " Avec la peur du chômage qui augmente, les personnes acceptent maintenant des conditions de travail qui étaient inadmissibles voici dix ou quinze ans. Les chômeurs se ruent sur des contrats qui n’en sont pas. Le chômage fonctionne comme un levier de l’économie. On s’en sert pour revoir les conditions de travail et les salaires à la baisse." Aux portes des entreprises, les demandeurs d’emploi se bousculent, sous la pression des candidatures spontanées, exigées par l’Onem. " Ceux qui travaillent savent qu’il y en a plein pour les remplacer. "

Une pression générale que les négociations à la Chambre ne prendraient pas assez en compte. " On a l’impression d’avoir affaire à des représentants du peuple qui ne connaissent pas leur dossier. Qu’ils vivent un mois comme chômeur, avec nos revenus et nos obligations." Ils regrettent que la ministre ne remette que le volet sanctions du plan en question, et non son ensemble. " Nous souhaitons un retour à la législation d’avant 2004. "

Avant, il incombait à l’Etat de prouver qu’un employeur avait refusé une offre convenable, " ce qui était déjà suffisant ". Sylvain, lui, se plaît à imaginer "un PAE, Plan d’activation des entreprises". " Pourquoi ne pas lancer ça au lieu du PAC actuel (Plan d’activation des chômeurs), une sorte de contrôle fiscal des entreprises à chaque licenciement d’employé, pour vérifier s’il est justifié, et si elle ne profite pas de la crise pour faire du dégraissage."

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