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"Le voile est un épouvantail politique. Le problème est ailleurs."
Christophe Lamfalussy
Mis en ligne le 18/03/2010
Malika Hamidi est une femme très demandée ces jours-ci. Mardi, elle parlait à une conférence organisée entre autres par le British Council à Bruxelles. Ce jeudi soir, elle est l’invitée du Mrax pour un débat sur l’islamophobie qui sera introduit par Joëlle Milquet. Elle porte le voile, et elle s’explique.
Malika Hamidi, vous êtes la directrice générale du European Muslim Network à Bruxelles, française d’origine algérienne, résidant en Belgique depuis dix ans, et vous portez le voile. Que pensez-vous de la décision de la cour d’appel de Mons qui autorise une institutrice à porter le voile en classe?
La cour a tranché. Néanmoins, je reste insatisfaite car on a tranché à Mons mais à Bruxelles, d’autres décisions sont prises. Le fait qu’en Flandre, on a légiféré et qu’en Belgique francophone, on laisse encore au directeur d’établissement le soin de décider, c’est une hypocrisie. Ce n’est pas à coups de lois qu’on va régler nos affaires de visibilité des symboles religieux, mais par un vrai débat d’idées et de philosophie sur la diversité religieuse et culturelle aujourd’hui. Le voile est un épouvantail politique alors que les problèmes sont ailleurs. Des femmes sont battues par leurs conjoints. Dans la rue, vous pouvez vous prendre une balle dans la tête. Ce sont des problèmes de sécurité.
Certains disent que le foulard cristallise un débat plus large…
Il cristallise les peurs des autres. Le dernier livre de Samuel Huntington était titré: "Qui sommes-nous?". Chacun a son identité questionnée. L’Europe, la Belgique aussi. Nous aussi, en tant que musulmanes, sommes tiraillées entre notre foi et la société civile. Le vrai débat se situe là. Les communautés ne se connaissent pas suffisamment.
Vous voulez, comme en France, lancer le débat sur l’identité nationale?
Pas de la même manière qu’en France. On connaît les soubassements racistes du débat français. Néanmoins, je suis pour un débat sur la cohésion sociale et le vivre ensemble entre les différentes communautés, religieuses ou philosophiques.
Le voile, que représente-t-il pour vous?
Une quête spirituelle. Un élan vers le divin, par amour pour Dieu. Nous le portons non pas par soumission au père ou au frère, comme certains voudraient nous le faire croire. Et pour moi, ce foulard est aussi un gain de pouvoir. Il est une manière de gagner en autonomie, de construire mon discours dans mon rapport à mon propre corps. Il ne m’enferme pas. Au contraire, il est une libération dans la société civile, comme aux premiers temps de l’islam, lorsque les femmes jouaient un rôle moteur dans le paysage islamique.
C’est pour vous mettre en valeur?
Il fait partie de mon code vestimentaire qui doit être en phase avec mes principes islamiques.
Quelle est la différence pour vous entre le hidjab et le niqab?
Le foulard couvre la chevelure, mais pas le visage. Le niqab n’obéit absolument pas à un principe islamique. C’est un vêtement culturel qui avait sa place à l’époque en Afghanistan et qui était même un vêtement préislamique. Certains disent que les femmes du Prophète de l’islam - que la paix soit sur lui - devaient se voiler le visage mais il n’a jamais été demandé aux femmes de se voiler le visage complètement. A ce titre, je n’ai pas à me couvrir le visage complètement.
Comment expliquez-vous que des jeunes filles nées en Belgique, qui ont reçu une éducation belge, décident de porter le voile?
Les femmes musulmanes disent de cette manière qu’elles peuvent vivre leur foi et leur citoyenneté sans créer de divorce entre les deux. Notre génération s’est réconciliée avec la foi. Nous avons eu accès à des sources, des livres, et aussi à Internet. La globalisation nous a aidées. Nous sommes pour la plupart beaucoup plus éduquées.
C’est une radicalisation?
Est-ce que j’ai l’air d’une radicale? C’est une réconciliation avec la foi, là où nous vivons aujourd’hui, dans des sociétés européennes, au XXIe siècle.
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