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Région wallonne | Politique

Trêve chez Eerdekens, mais soupçons sur le PS

Paul Piret

Mis en ligne le 24/03/2010

Journée animée dans la majorité wallonne, entre le PS et Ecolo. Le PS fait mine que l’incident est clos. Ecolo fait mine de le penser.
Récit

Mardi, 9 h 58, en commission Environnement du Parlement wallon. Le député Claude Eerdekens (PS) entame la première de 31 questions qu’il a prévu de poser, disséminées sur la journée, au ministre de l’Aménagement du territoire, Philippe Henry (Ecolo). Elles vont de l’implantation d’un poulailler, à Ohey, à l’erreur commise par le Giec sur la fonte des glaces de l’Himalaya. On commence par des éoliennes à Florée. Tiens, le mordant n’est pas du côté attendu. Eerdekens joue gant de velours; et Henry, main de fer. Il expédie le cas polémiqué de Florée dans les pattes du collègue Paul Magnette : par erreur, dans son texte écrit, M. Eerdekens a évoqué des éoliennes "off shore" (d’obédience fédérale) !

Le député-bourgmestre d’Andenne se défend de faire de la flibusterie : le règlement parlementaire lui permet de convertir en questions orales des questions écrites auxquelles il n’a pas été répondu dans les temps. Or, il a "supplié" plusieurs fois, nous dit-il, le ministre de lui répondre. Lequel rétorque que lesdites questions sont "souvent déplacées" car hors de ses compétences ou ne méritant pas des réponses, "comme quand il m’interroge sur la météo des prochains hivers"

Soit. Le problème est évidemment ailleurs. C’est que si M. Eerdekens a dû vite rentrer son coup de sang sur Delhaize, il gonfle ses diatribes. Après le ministre "nul de chez les nuls", il s’en prend à nouveau, hier matin dans "Vers l’Avenir", à cette formation Ecolo qu’il vomit depuis toujours : "Un parti stalinien à l’organisation militaire et despotique". Et il entend bien ne pas "la fermer" face à "l’intégrisme vert".

Chez Ecolo, on en a marre. Ce n’est pas pour rien si, en passant, lundi en bureau, on a rappelé qu’une majorité "jamaïcaine" (PS out, MR in) est toujours possible Au moins, on attend du sommet du PS une clarification.

Elle vient, ou devrait venir, d’Elio Di Rupo le matin sur Bel-RTL. "Je n’approuve pas les propos excessifs de qui que ce soit", dit le président du PS; il va demander à Claude Eerdekens "une attitude beaucoup plus constructive". Reste que, si ce n’est pas de la faute d’Ecolo mais d’un peu tout le monde, "la diffi culté, c’est l’équilibre entre l’emploi et l’environnement. Nous avons en Wallonie énormément de terrains et il y a des demandes d’investisseurs. Il faut pouvoir raccourcir les procédures de décisions". Pascal Vrebos insiste : "Vous condamnez ses propos ?". Elio Di Rupo : "Je ne les approuve pas". Non sans y aller, sur le ministre Henry, d’une formulation bourrée d’équivoques : "Je sais qu’il fait le maximum. Il fait du mieux qu’il peut".

Pause parlementaire en matinée. Sous le soleil, ça jase. Pour Bernard Wesphael, chef de groupe Ecolo, ce n’est pas là la "clarification" souhaitée de la part du coalisé socialiste : "La déloyauté a ses limites". Et Philippe Henry renchérit : "Les propos de Claude Eerdekens sont injurieux, ne sont fondés sur rien, mais sont extrêmement graves pour la Région et préjudiciables à son image".

Voilà, c’est la guerre ? Non, voici la trêve. Après le contact annoncé avec son président de parti, Claude Eerdekens l’annonce en ces termes : "Je ne vais plus polémiquer, sinon on n’en sortira plus". Puis, en début d’après-midi, il joint le geste à la parole : il retire sa vingtaine de questions encore à l’ordre du jour de la commission. Moyennant une repentance vacharde : "Si ce que j’ai dit permet de faire progresser le schmilblic, tant mieux. J’espère que la majorité ne sera plus bloquée sur de l’idéologie".

Au PS, on fait le gros dos. Pas de commentaires à la présidence, sauf à épingler "le geste d’apaisement" du premier Andennais. Chef de groupe au Parlement wallon, Isabelle Simonis assure : "Le PS est et reste un partenaire fiable. Je n’ai rien entendu allant dans le sens contraire du soutien à l’action gouvernementale. L’incident est clos".

Vraiment ? L’élément positif, répond Bernard Wesphael, c’est que "le groupe socialiste ne cautionne pas les propos injurieux du député Eerdekens". Mais, poursuit l’élu vert, "je trouve ça un peu court".

Comment dire cette, euh, courte distance ? Chez Ecolo, on se hâte lentement, on se tâte longuement, pour se fendre d’un communiqué. Il tombe en soirée (en encadré).

On lui trouve d’abord, sur l’incident, de l’indulgence : la coprésidence "prend acte" de "la condamnation" par Elio Di Rupo des propos de M. Eerdekens (on ne l’a pourtant pas entendue explicitement), puis de la "marche arrière" effectuée par l’Andennais (que l’on peut donc estimer pourtant toute relative). On y trouve ensuite, quant à l’avenir, des bâtons : en gros, le PS et/ou le passé wallon, c’était toujours "un peu plus de la même chose" (sic) et Ecolo ne voudrait pas être "le seul" (tiens, envolé, le CDH ?) à vouloir appliquer l’accord gouvernemental ambitieux

Les Javaux et Nollet refusent d’en dire davantage. Mais dans les coulisses vertes, on dit s’en prendre à "l’hypocrisie" du PS : il affecte de se distancier "des excès bien connus" de M. Eerdekens, mais trouve utile de laisser répandre qu’il dit tout haut ce que d’autres pensent tout bas. Autrement dit, dans une autre bouche Ecolo : "Je n’irai pas jusqu’à prétendre qu’Eerdekens est téléguidé par le PS. C’est un cas pathologique. Mais s’il reste quelque chose, dans l’opinion, de ses critiques contre Ecolo, le PS se dit : tant mieux pour nous".

Bon, reprenons. Le vert est dans l’Olivier mais le ver est dans l’olive, on peut résumer ça comme ça ?

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