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Politique | PS

Une inculpation de Michel Daerden ne signifierait pas sa démission

Vincent Rocour et Francis Van de Woestyne

Mis en ligne le 27/03/2010

Elio Di Rupo estime que même une inculpation ne signifierait pas la démission de Michel Daerden. Le président du PS lie une future participation gouvernementale à une révision des intérêts notionnels.

Sur le fond, Claude Eerdekens a-t-il raison ?

C’est une question à laquelle on ne peut pas répondre. Parce que la manière n’était pas appropriée et les propos utilisés étaient excessifs. Je les ai condamnés. Une task force a été constituée pour étudier le dossier de l’implantation d’un centre logistique de Delhaize.

Que pensez-vous de la manière de travailler du ministre régional Ecolo Philippe Henry ?

J’entretiens des relations très saines avec lui. Il fait son travail avec le sérieux voulu, à son rythme, avec sa méthode, ses collaborateurs. Sur la personne du ministre il fait

“du mieux qu’il peut” avez-vous dit… Ce n’est pas très flatteur…

Ce n’est pas du tout désobligeant. J’ai simplement voulu dire que lui comme ses prédécesseurs sont tenus par des règles extrêmement complexes. Que cela prenne du temps, c’est normal. Peut-être faudra-t-il revoir les procédures.

En matière de gouvernance, Ecolo, Marcel Cheron en particulier, trouve que le PS traîne un peu la patte…

Jean-Michel Javaux n’a jamais dit cela. Qu’il y ait de temps en temps un membre du PS qui dise A ou B, et un membre d’Ecolo qui dise C, D ou E C’est de la responsabilité de ces membres-là. Pour moi, la voix officielle d’Ecolo, c’est Javaux. Et le seul autorisé à donner la position du PS, c’est moi.

Ces agaceries entre partenaires proviennent peut-être du manque de leadership du gouvernement ?

Pas du tout. Rudy Demotte est un excellent président. Mais il y a trois formations politiques. Et des jeunes ministres. Cela prend un peu de temps.

Après Eerdekens, parlons d’un autre homme à problème au PS : Michel Daerden. Qu’attend le comité de déontologie pour se prononcer sur le fond du dossier ?

Il ne traîne pas. Les membres du comité de déontologie font cela gracieusement. Il faut les réunir pendant un certain nombre d’heures. Ils travaillent en toute autonomie. Les membres font l’analyse dossier par dossier, élément par élément. Heureusement qu’on a "La Libre Belgique" pour nourrir le comité de déontologie Il faut vérifier ce qui est écrit dans les gazettes.

N’est-il pas déstabilisé, décrédibilisé ?

On a connu Karel de Gucht, ministre fédéral, qui a dû aller s’expliquer. La justice pose les actes qu’elle juge utiles. La vérité judiciaire n’est connue qu’après le jugement et après l’appel éventuel.

Une éventuelle inculpation de Michel Daerden ne changerait donc rien ?

Prenons l’exemple du bourgmestre de Dinant. Si quelqu’un qui est inculpé doit automatiquement arrêter son activité politique ou professionnelle, il suffirait qu’un juge d’instruction inculpe pour arrêter la carrière professionnelle de quelqu’un. Voyez le nombre de juges d’instruction qui n’ont pas été suivis par le tribunal. On l’a encore vu avec un échevin libéral à Charleroi.

Il y a la justice qui traque les comportements illégaux. Il y a aussi des comportements qui pourraient être jugés contraires à la déontologie…

C’est ce que le comité de déontologie examine. Et il le fait momentum par momentum. La déontologie a évolué : elle est devenue plus exigeante. Si un acte a été posé en 1994, il faut regarder quelles étaient les règles en 1994. Pas celles de 2010.

Vous aviez été plus expéditif avec Jean-Claude Van Cauwenberghe…

C’est contraire à la vérité. Quand il a démissionné, j’ai tout fait pour l’en dissuader. On avait dit qu’il serait inculpé : toujours rien.

Au gouvernement fédéral, tout baigne… ?

En tout cas, je dois dire que le travail est de qualité dans des circonstances très compliquées.

Grâce à Yves Leterme ?

Le "Yves" qu’on a vu revenir après Van Rompuy a une méthode de travail et une manière d’agir qui font l’adhésion de tous. La Belgique, grâce notamment à la Sécurité sociale, s’en sort mieux que les autres pays.

Son déficit demeure très élevé…

Nous, Belges, durant près de quinze ans, nous avons fait des efforts. Nous avons ainsi pu réduire l’endettement de 136 % du PIB à environ 80 %. Puis la crise est arrivée. La Belgique a dû s’endetter pour sauver les banques. Et les sociétés de notation, prétextant que notre budget s’était dégradé, nous ont accordé une notation moins bonne. Dès lors, les intérêts de nos emprunts sont plus élevés. C’est un scandale. Une honte. La commission, qui est majoritairement de droite, et le Conseil des ministres portent une responsabilité sans nom de ne pas vouloir réglementer le monde de la finance.

La ministre de l’Emploi Joëlle Milquet (CDH) a avancé un plan visant à réformer le plan d’activation des chômeurs. Vous aviez dit qu’il fallait changer. Vous êtes satisfait ?

Tout à fait. Elle a fait un travail remarquable, qui n’était pourtant pas évident, avec un gouvernement où se côtoient la gauche, la droite et le centre. Pour nous, il fallait arrêter un système qui devenait une machine à exclure les chômeurs.

Faut-il interdire le bénéfice des intérêts notionnels aux entreprises qui licencient ?

Oui. Soyons clairs. Je ne m’attaque pas à la personne du ministre des Finances. Je ne l’ai jamais fait. Je ne vais pas commencer. Mais depuis le début, la position du PS a été cohérente. Quand on a approuvé les intérêts notionnels, cela devait coûter 500 millions et créer de l’emploi. Aujourd’hui, on me parle de sommes astronomiques. Des sommes utilisées par les banques, par des entreprises qui font des bénéfices, comme Inbev, et qui pourtant licencient. Cela ne va pas. Si on a la possibilité d’être à la négociation d’un prochain gouvernement, nous mettrons ce dossier sur la table.

On ne vous a pas entendu sur le thème de la sécurité. Ce n’est pas un thème de gauche ?

C’est faux. C’est un de mes thèmes principaux. La sécurité doit être garantie. Comment ? D’abord en assurant un emploi à un maximum de gens. Ensuite, en renforçant la présence des policiers dans les rues. Dans n’importe quel pays, il y a des policiers dans les grandes gares. Si cela avait été le cas à la gare Centrale, le cas dramatique de Jo ne se serait peut-être pas produit. Et puis, il y a la dimension répressive. Mais on ne doit pas avoir des réactions disproportionnées.

Il y a eu une dérive sécuritaire dans les propos d’Armand De Decker ?

Quand on dit quelque chose avec le mot "zéro", je me méfie. En mathématique, tout ce qu’on multiplie par zéro est égal à zéro. Ce qu’il faut, c’est une sécurité solidaire, réfléchie. Il n’y a pas une seule solution qui répondrait à tous les problèmes.

Le dossier BHV va revenir dans l’actualité. Faut-il une solution définitive ?

L’idéal serait de trouver une solution négociée nous permettant de tourner la page pour quelques décennies. Comment ? On attend des propositions de Jean-Luc Dehaene.

Mais si on ne trouve pas une solution définitive, on pourra quand même aller aux élections ?

On ferait courir au pays un risque de crise de régime. La N-VA risque d’attaquer chaque acte posé par les 35 communes de l’arrondissement de Bruxelles-Hal-Vilvorde. Et le Conseil d’Etat pourrait lui donner raison s’il considère que les élections sont anticonstitutionnelles.

C’est le Parlement qui valide au final les élections…

Le Parlement, c’est 88 Flamands et 62 francophones.

On attend des propositions après les vacances de Pâques ?

On peut penser que ce sera après les vacances de Pâques plus le nombre de jours nécessaires pour trouver un accord

Il y a le “deadline” de la présidence européenne…

Ce n’est pas le seul. Il y a aussi la fin de la procédure en conflit d’intérêts. Cela ne peut pas être à la Trinité. Parce qu’à la Trinité, c’est le doudou et que je suis occupé.

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