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Politique | Éthique
Avorter : le débat continue
P.P.
Mis en ligne le 29/03/2010
Ceux qui pensent, vingt ans après l’adoption de la loi de dépénalisation partielle en Belgique, que le droit à l’avortement tel qu’il est conditionné est une évidence, doivent peut-être ajuster leur position. Il y a ici des arguments, clivages et passions qui renouent assez précisément avec ceux d’antan. On l’a vu et entendu dimanche après-midi dans les rues de Bruxelles comme sur le temps de midi au "Mise au point" de la RTBF.
Effets de loupe de plateau, dira-t-on ? Certes, mais pas seulement sans doute : il n’était qu’à suivre, pour en convenir, les réactions des téléspectateurs, dont l’éventail le plus large des messages allait de celui qui signait le sien d’un "ancien embryon qui a eu la chance d’y réchapper" à celui qui y dénonçait "le retour de l’obscurantisme catholique"
D’emblée, les grands principes. Parmi les organisateurs de la manifestation "pour la vie", dont on ne connaît pas encore alors le succès mitigé, le jeune Anthony Burckhardt insiste : "On peut définir l’avortement comme un meurtre. C’est une violence très forte faite à l’enfant à naître et à la mère." Non, "il ne s’agit pas de tuer. Nous aussi sommes pour la vie", intervient en face Dominique Roynet, gynécologue, qui entend contre-manifester ; "parler de meurtre, c’est un discours pour culpabiliser les femmes d’abord, réduire leur liberté ensuite".
Quelle liberté ?, reprend Carine Brochier, de l’Institut européen de bioéthique : "Une femme qui doit subir un avortement est-elle vraiment libre ? L’important pour une femme, c’est d’aimer et se savoir aimée, quelles que soient les circonstances de la vie." Il est vrai que l’avortement est un choix de dernier recours, interrompt Cécile Laurent, psychologue à "Aimer à l’ULB" : "Je veux être sûre que l’avortement est le moins pire choix que la femme fait."
Mais est-on partout si regardant ? M. Burckhardt cite ce cas d’une femme orientée d’office par simple échange de mails à avorter en Grande-Bretagne, à 21 semaines de grossesse. Le délai de réflexion légal de six jours n’est respecté que "dans certains cas", prolonge Mme Brochier. "Personne ne prend le sujet à la légère, coupe la vice-Première ministre (PS) Laurette Onkelinx ; ceux qui le feraient, je les dénonce."
On aborde aussi les chiffres. Le nombre d’avortements augmente, soutiennent les uns ; ils sont stables, répliquent les autres. Dont Mme Roynet : "C’est leur signalement qui augmente. Car le nombre de curetages diminue dans les mêmes proportions. Le nombre de grossesses interrompues est donc le même, que ce soit sous le vocable officiel ou celui, hypocrite, d’hôpitaux catholiques." Cela dit, "le nombre d’avortements ne diminuera jamais" parce qu’il y aura toujours des cas de viols et incestes, des échecs de contraception ou de couples, des situations matérielles difficiles. Voire des femmes qui veulent ainsi "tester" leur fertilité "Là, c’est un narcissisme inacceptable", intervient Yacob Mahi, professeur de religion islamique. Et "on fait quoi avec ? On leur coupe le cou ?", reprend Mme Roynet.
M. Mahi indique que, selon les assises théologiques, l’islam condamne ou pas l’avortement dans l’absolu. L’abbé de Beukelaer, porte-parole des évêques, préfère se dire "pour la vie sans conditions" que "contre tout avortement". Or, pendant trois mois, "l’Etat ne protège pas la vie". Et il en appelle à la démocratie pour avoir "le droit de dire que l’on n’est pas d’accord avec une loi" sans s’entendre reprocher un "retour au religieux".
Au fait, où va-t-on ? "Le CDH n’est pas favorable à un retour en arrière, explique Catherine Fonck. La vie est une valeur supérieure à tout, mais on se retrouve avec deux vies, celle de l’enfant et de la mère, entre lesquelles il faut faire équilibre." Mme Onkelinx indique qu’il faut travailler davantage en prévention et dans l’accompagnement des femmes ; elle confirme "sans rien brusquer" qu’elle souhaite personnellement réfléchir à une extension des délais. Mme Fonck n’est pas d’accord : "A partir du moment où il y a des délais, il y aura toujours des situations à la limite. Ce qui compte, c’est un travail plus efficace sur l’éducation et la contraception, l’affinement des données, l’attention à porter sur les femmes qui avortent à répétition." Les politiques, ajoute-t-elle, doivent (re)prendre le sujet "à pleines mains".
Savoir Plus
"Pour la vie" et "antifascistes"
Manif(s). Quelque 550 personnes, selon les comptages de la police, parmi lesquelles figurait Mgr Léonard, se sont rassemblées dimanche midi sur la place Royale à Bruxelles pour une "Marche pour la vie", à l’initiative d’étudiants ("La Libre" de vendredi). Michel De Keukelaere, un des organisateurs de la manifestation, a expliqué qu’il s’agissait de "briser le silence". De leur côté, une trentaine de membres du Front antifasciste ont mené une contre-manifestation. "Nous souhaitons maintenir la loi de dépénalisation de l’avortement. Sinon, on reviendra vingt ans en arrière", a déclaré Christine Pay, secrétaire politique du Faf.
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