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L’école, en silence
Julie Gilet
Mis en ligne le 29/03/2010
Alexandre et Manon ont tous deux dix-huit ans, ils sont en 6e année secondaire au collège St-Barthélemy à Liège. Malentendants depuis leur naissance, ils ont préféré intégrer une école "normale" plutôt que de suivre un enseignement spécialisé de type 7 (enseignement destiné aux enfants atteints de surdité ou d’un dysfonctionnement responsable d’une absence ou d’un retard massif du développement spontané du langage).
Ils sont sept dans ce cas à l’école. "On préfère l’intégration, commente Alexandre, c’est plus facile pour trouver un boulot par la suite. Et puis, en spécialisé, ils n’ont pas le même niveau de vocabulaire en français."
Après des maternelles en école spécialisée, où ils ont été entraînés à la lecture labiale et à l’écoute, ils ont rejoint le primaire sous la forme d’une intégration partielle en milieu entendant, cinq matinées par semaine. "Au début, ce n’était pas toujours évident, commente Alexandre. Mais nous étions très suivis, et finalement je n’ai jamais eu de difficulté particulière pendant mon cursus scolaire."
En secondaire, l’intégration est devenue totale. Lors des cours qui leur posent problème, une interprète vient traduire. Mais la plupart du temps, ils se débrouillent seuls : "C’est certain, cela nous demande beaucoup plus de concentration que les autres. Il nous est difficile de prendre note, de lire sur les lèvres et de comprendre en même temps. Alors si le professeur bouge dans la classe, n’articule pas ou si les autres élèves papotent, cela devient mission impossible. Mais bon, l’on s’entraide, l’on travaille et la traductrice vient nous aider quand ça ne va pas, dans les cours de langues par exemple."
Une situation encore parfois mal vécue par les enseignants, qui perçoivent la présence de l’interprète comme une intrusion dans "leur" classe. "Certains professeurs sont encore réticents, certaines écoles refusent encore, tout simplement, les élèves sourds", confirme Louis Evraert, coordinateur du service d’aide pédagogique de l’Association des parents d’enfants déficients auditifs francophone (APEDAF). Suivre une scolarité normale reste un parcours du combattant pour ces enfants, car il faut ajouter au travail scolaire les cours de logopédie, phonétique, le suivi psychologique, etc.
Le décret organisant l’accompagnement des élèves à besoin spécifique ne prévoit que quatre périodes (4 heures) par semaine.
Dans le cas des enfants sourds, c’est très insuffisant. C’est pourquoi des ASBL doivent prendre le relais, en formant des enseignants et en mettant des interprètes à disposition.
Au Centre médical d’audiophonologie, à Liège, c’est ce que l’on fait. La directrice de l’ASBL, Sonia Demanez, explique : "Nous accueillons les enfants dès le dépistage, et nous les suivons jusqu’à la fin de leurs études, quelles qu’elles soient. Chaque enfant a son propre parcours, certains s’en sortent très bien en intégration, pour d’autre ce sera l’immersion, mais tous seront aidés personnellement."
"Il n’y a pas de meilleures méthodes", souligne Martine Fraiture, présidente de la Fédération francophone des sourds de Belgique (FFSB).
Les deux sont nécessaires selon les enfants.
En intégration, si l’enfant est bien entouré, il peut réussir mais il est important qu’il puisse également rencontrer d’autres sourds via des activités récréatives.
Dans une école spécialisée, le sourd ne se sentira pas un "être différent" et il aura une vie sociale plus riche par les échanges qui lui seront accessibles grâce à la langue des signes. Elle insiste : "Ce qu’il faut surtout éviter, c’est l’intégration "sauvage" lorsqu’un enfant sourd est parachuté seul, sans aide à la communication. Cela engendre des frustrations chez lui et risque de retarder son avancement par rapport aux autres élèves."
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