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Sondage | Réactions

Au MR, c’est la loi du silence

V.d.W.

Mis en ligne le 30/03/2010

La chute dans les sondages n’est pas commentée. Officiellement en tout cas. Mais les troupes s’impatientent et attendent un plan de bataille. Ce mardi, Francis Van de Woestyne analyse avec vous les résultats du baromètre politique. Posez lui toutes vos questions dès 12h.

Surréaliste...!" Ce libéral bon teint est perplexe. Lundi matin, les membres du Mouvement réformateur, réunis en Conseil de fédération, n’ont pas évoqué la situation politique, pour le moins embarrassante, née des résultats du sondage de "La Libre". En séance plénière en tout cas. "Car dans les couloirs, confie un jeune parlementaire, on ne parlait que de cela "

Pourquoi donc ce silence, alors que la chute du MR devient réellement inquiétante ? En quatre ans - et pour autant bien sûr que l’on donne foi à cette projection - le parti aurait perdu un tiers de ses électeurs, passant de 30 à quelque 20 %. "C’est incroyable, quand une société perd une part aussi importante de sa part de marché, on convoque illico un Conseil d’administration Chez nous, le président est en ballade", se plaint un autre

Exagéré, évidemment : Didier Reynders était retenu à Paris par une conférence. Il était donc pour le moins délicat d’évoquer la situation du parti en son absence. D’autant que la réunion, consacrée au budget et à la présidence européenne, était présidée par Willy Borsus, ce vice-président installé il y a 6 mois après les profondes dissensions internes que le parti a connues. Un débat sur la débâcle en l’absence du président, cela n’eut pas été très élégant.

Mais ce ressac, douloureux, combiné à la chute de popularité de Didier Reynders est quand même très mal vécu. Tout le monde au MR veut l’unité. Mais dans la responsabilité de ce qui arrive, il y a évidemment des nuances entre les partisans de Didier Reynders et ceux qui - pour le dire sobrement - s’impatientent

Pour les amis de Didier Reynders, donc, rien ne sert de paniquer. Même s’ils reconnaissent que le sondage n’est guère favorable, ils rappellent, comme toujours en pareil cas, qu’il ne s’agit que d’un sondage, un "instantané", et que la marge d’erreur dépasse les mouvements d’opinions. Et il reste 15 longs mois avant les élections fédérales. Une éternité, en politique.

Peut-être, reconnaissent-ils, y a-t-il eu quelques problèmes de lisibilité du message libéral. Et puis, il y a cette lassitude du citoyen à l’égard du monde politique. Pour eux, les réformes sont en marche : reste maintenant au parti à concrétiser, dans les textes du fameux "printemps des réformes", des positions fortes concernant les sujets qui intéressent les gens, comme l’emploi, la sécurité, l’immigration.

En face, on désespère. Que fait Didier Reynders ? "J’ai l’impression qu’il est résigné, qu’il n’y croit plus. Il joue au Calimero, raconte qu’il a voulu quitter la politique Qui donc l’en a empêché ?" s’exclame un élu. Ce qu’il voudrait, lui, surtout, c’est que Didier Reynders prenne la mesure de la déconfiture annoncée et qu’il adresse, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du mouvement, un message cohérent et rassurant.

Cohérent ? En septembre dernier, l’agitation, provoquée par la mise à l’écart de la sénatrice Christine Defraigne, est venue du groupe "Renaissance". Aujourd’hui, la division semble avoir changé de camp. Car si cafouillage il y a, on le doit plutôt à Didier Reynders lui-même et à ses proches. Des preuves ?

Sur la monarchie, le président est sorti, bille en tête, et a réclamé une réduction des pouvoirs du Roi. Le lendemain, Armand De Decker, son ami, s’y opposait publiquement. La sécurité ? Le même Armand De Decker a réclamé la création de centres de redressement dotés d’un encadrement militaire. Le lendemain, François Bertiaux, son amie, flinguait l’idée. Autre exemple : dans une récente interview à "Sud Presse", Didier Reynders a rallumé la mèche en pointant du doigt l’impatience de Charles Michel, en distribuant ses bons et ses mauvais points, jusque et y compris parmi ses plus proches. Ou ceux qui se croyaient tels Toutes ces sorties, non concertées, ont agacé. Au point que la plupart des sympathisants du groupe Renaissance pensent à nouveau que faire une campagne électorale dans quelques mois avec Didier Reynders comme tête d’affiche, c’est perdu d’avance. Au point qu’ils se demandent comment décoller l’image du parti et celle de son président.

Il y a aussi une autre urgence. Même chez ceux qui snobent Modrikamen, qui rient sous cape de ses problèmes judiciaires, on pense qu’il faut apporter des réponses à ceux qui, au MR, se sentent tentés par le discours du PP. L’un ou l’autre a essayé. Reynders lui, esquive le débat en permanence.

Ce nouveau coup de fatigue est d’autant plus mal ressenti au MR qu’en janvier dernier, on avait cru que le parti allait pouvoir repartir du bon pied et refaire l’unité autour du texte refondateur rédigé par Richard Miller et présenté au congrès de Liège. "On a tous joué le jeu. On y a cru. Vraiment. Mais depuis lors, il n’y a plus rien. Rien." Rien ? Trente groupes de travail ont bien été créés. Certains se réunissent. D’autres non. Mais surtout, ce qui semble manquer, c’est une vision à long terme, un comité de pilotage qui donnerait une vision à long terme, une cohérence.

Une critique que les amis de Didier Reynders balayent. "Quand il ne fait, rien on le critique. Quand il lance un congrès de rénovation, on le critique. La perception que l’on a sur le terrain est à mille lieux des commentaires défaitistes que l’on entend au MR. En rue, les gens comprennent qui on est, ce que l’on fait et ils apprécient le combat de Didier Reynders et tout ce qu’il a fait pour les gens aux Finances depuis 10 ans."

La bouteille libérale est donc toujours à moitié vide ou à moitié pleine, selon le point de vue. Tous s’entendent quand même sur un point. Si, dans trois mois, le MR chute sous la barre symbolique des 20 % et se fait doubler par Ecolo, il faudra s’alarmer. Et prévoir un vrai plan de bataille.

Ce mardi, Francis Van de Woestyne analyse avec vous les résultats du baromètre politique. Posez lui toutes vos questions dès 12h.

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