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Communautaire

"S’ils font cela, ce sera la bagarre"

Martin Buxant et Vincent Rocour

Mis en ligne le 03/04/2010

François van Hoobrouck (MR) met en garde le gouvernement flamand contre toute tentative d’imposer à sa commune, Wezembeek-Oppem, un commissaire du gouvernement. “Nous barrerons la route à son installation.”
Entretien

François van Hoobrouck est le bourgmestre (non nommé) de Wezembeek-Oppem en périphérie bruxelloise. Le libéral livre son analyse de la situation politique.

Cette semaine, pour la troisième fois depuis 2006, le gouvernement flamand a refusé de vous nommer bourgmestre, vous et vos deux collègues de Linkebeek et de Crainhem. Quel est votre sentiment ?

Je trouve cela lassant, tout le monde campe sur ses positions. Nous estimons être dans notre droit, les élections ont toujours été organisées de cette manière avec l’envoi des convocations électorales dans la langue des habitants. Nous ne sommes pas d’accord avec le gouvernement flamand, ces circulaires linguistiques sont contraires aux facilités. Ce sont des mesquineries.

A Rhode-Saint-Genèse, la bourgmestre CDH a envoyé les convocations électorales en français après les avoir envoyées en néerlandais. Elle a été nommée. Regrettez-vous de n’avoir pas agi comme elle ?

Absolument pas. Elle est nommée, très bien. Je suis libéral. Avec mes deux collègues FDF nous sommes fidèles à la parole que j’ai donnée à mes électeurs : les défendre et défendre les facilités. En prenant des positions extrémistes, le gouvernement flamand conforte la position de ceux qui disent que la seule solution pour les communes de la périphérie, c’est de rejoindre Bruxelles. On n’imposera pas aux habitants un statut qu’ils n’ont pas voulu et dont ils ne veulent pas.

Quel statut ?

Le statut flamand. Et je comprends que le gouvernement flamand veuille nous dégommer : tant que nous serons en place, nous ne céderons pas. Les Flamands veulent vider les facilités de leur contenu.

Le N-VA Geert Bourgeois, ministre flamand de l’Intérieur, demande qu’on nomme d’autres “candidats valables” à vos places comme bourgmestres. Est-ce imaginable ?

Mais il faudra d’abord qu’il les trouve et je lui souhaite bonne chance

Il peut très bien déléguer des commissaires du gouvernement flamand dans vos trois communes…

Mais ça entraînera une bagarre terrible. Si un commissaire de gouvernement arrive dans cette commune, il sera saboté.

Que voulez-vous dire ?

Que le pouvoir reste aux mains du conseil communal et qu’il y a une majorité absolue francophone. Un éventuel commissaire du gouvernement aura beau présider tout ce qu’il veut, nous aurons toujours le dernier mot. Nous barrerons la route même à l’installation d’un commissaire du gouvernement. Qui sème le vent récolte la tempête : ce sera notre ligne de conduite. Il y a quand même des limites dans un Etat de droit

Le président du FDF, Olivier Maingain, a dit que le refus de nommer les trois bourgmestres et le fait de vouloir les remplacer par quelqu’un d’autre était une pratique “digne de l’Occupation”. Vous êtes d’accord ?

J’ai vécu personnellement la guerre. J’avais 6 ans quand elle a commencé. Vous savez, à l’époque, le bourgmestre de Bruxelles a aussi été dégommé

Voulez-vous dire que la comparaison d’Olivier Maingain est pertinente ?

On peut discuter de savoir si c’était opportun ou non de sortir une telle comparaison. Mais on ne peut pas dire qu’elle est fausse. Ce n’est pas pour blesser. C’est pour attirer l’attention. Pour dire qu’il faut faire attention aux actes que l’on pose.

Mais cette comparaison n’est-elle quand même pas sans commune mesure avec l’acte posé par le gouvernement flamand ?

C’est l’acte en tant que tel qui était visé. Pas la situation. On n’est pas comme pendant la guerre, en territoires occupés. Mais c’est grave de dégommer des bourgmestres. C’est un acte qui n’a jamais été posé, sauf pendant cette période-là. On peut le dire quand même !

Considérez-vous que la commune de Wezembeek appartient à la Flandre ?

Wezembeek est en territoire flamand. Oui. Pour l’instant. Ce n’est pas pour cela qu’il faut geler une situation qui a fort évolué, par la bruxellisation de la périphérie - de nombreuses études, même flamandes, montrent que le véritable territoire de Bruxelles ne se résume pas aux 19 communes.

Pensez-vous que les habitants de votre commune sont favorables à un rattachement à la Région bruxelloise ?

Je n’en sais rien. Il faut leur demander. Moi, je suis favorable à un référendum. Il y en a qui en ont peur.

Vous êtes sûr de l’emporter avec une majorité francophone qui récolte 75 % des voix…

Mais dans ces 75 %, il y en a peut-être 20 ou 25 % qui, pour différentes raisons, ne seraient pas d’accord. Qu’on leur pose la question. Avec une majorité qualifiée au besoin. Mais, ici, on a peur de la démocratie.

Avez-vous l’intention de vous représenter une quatrième fois à la nomination comme bourgmestre ?

Oui. Mais c’est au conseil communal à décider et nous allons prendre notre temps, mais ce devrait être le cas.

Dans le cadre de la négociation que mène Jean-Luc Dehaene, que réclamez-vous ?

La Flandre essaye par tous les moyens d’encercler Bruxelles : c’est son but ultime, sa Babylone. Ils ne vont pas le dire maintenant évidemment, mais c’est le but final du Mouvement flamand. Nous sommes le dernier verrou. Etape par étape, le Mouvement flamand fixe le cap. Et le gouvernement flamand applique. Ils font ça à coup de négociations contre des sous, alors les francophones lâchent. Et le premier qui lâche, c’est Moureaux. Philippe Moureaux doit nourrir toute une population : Moureaux n’est pas notre ami, il ne demande qu’une chose, c’est d’avoir des sous. Si on veut réellement pacifier la périphérie et que la volonté existe, en âme et conscience, j’estime que l’élargissement de Bruxelles est la meilleure des solutions.

Si la négociation communautaire avec Dehaene capote, vous ne vous sentirez pas quelque part responsable ?

Non. Ce n’est pas de ma faute. On ne transige pas avec les principes de liberté.

Pensez-vous qu’il en sortira quelque chose ?

Je ne sais pas. Mais je ne suis pas très optimiste. On est passé à côté d’un accord en 2005. C’est regrettable.

Vous seriez prêt à le signer aujourd’hui ?

C’était un accord. Dans la vie, il faut parfois savoir faire des concessions.

Olivier Maingain dit qu’il est devenu insuffisant.

Il a raison. Ce projet d’accord est devenu insuffisant quand on voit l’évolution des Flamands. C’est cela le problème. Les Flamands, quand ils obtiennent quelque chose, ce n’est jamais qu’une étape dans la réalisation de leur objectif futur. Et leur objectif futur, c’est Bruxelles. C’est leur Babylone.

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