Abonnez-vous a La Libre Belgique

Francophones | Enseignement et formation

Le cadre francophone des certifications se fait attendre

Laurent Gérard

Mis en ligne le 07/04/2010

L’Europe a invité les pays membres à créer leur cadre national pour 2010. Chez nous, il n’est toujours pas là. Il faciliterait pourtant la mobilité des travailleurs.

Imaginez un travailleur suédois qui débarque en Irlande avec son diplôme de niveau technique supérieur. Comment un employeur irlandais pourra-t-il savoir quel est le niveau réel de cette personne ? C’est pour faciliter ce genre de démarche que l’Union européenne a lancé, en 2008, le cadre européen des certifications (CEC), soit un système commun de référence qui permet d’établir un lien entre les systèmes et les cadres de certification de différents pays. Le CEC repose sur huit niveaux de référence (du niveau de base 1 au plus avancé 8) décrivant le savoir, les aptitudes et les compétences d’un apprenant - ce qu’on appelle les "acquis de formation et d’éducation".

Le CEC n’est cependant qu’un "méta-cadre" qui n’est guère utile tant que les pays membres de l’Union n’ont pas créé leur propre cadre, leur propre façon de se référer au cadre européen. L’Europe a invité les pays membres (ou les entités compétentes) à accomplir cette démarche pour 2010. Ce que certains ont fait, comme l’Ecosse, le Pays de Galles, l’Irlande ou la Flandre, signale Jean-Pierre Malarme, chargé de mission au Conseil de l’éducation et de la formation (Cef). Le cadre francophone des certifications, lui, n’a toujours pas été créé, déplore le Cef.

Il s’agit pourtant d’un dossier urgent, qui permettrait de faciliter la mobilité géographique des apprenants et des travailleurs, de permettre à ces derniers de capitaliser leurs efforts de formation tout au long de la vie, ainsi que de réguler le "quasi-marché" des formations. Jean-Pierre Malarme : "Aujourd’hui, le cadre européen existe, avec ses huit niveaux, qui sont publics. N’importe qui peut marquer sur un papier quelconque qu’il atteste avoir fait une formation de niveau x ou y. Des formateurs privés pourraient le faire. Un cadre national contraignant permettrait de vérifier la qualité de la formation ou l’accessibilité au public, selon des critères définis par les pouvoirs publics."

Il existe certes en Communauté française, comme ailleurs en Europe, une catégorisation uniformisée des études supérieures (baccalauréat, master, doctorat) mais, d’une part, il ne s’agit que d’enseignement supérieur ; et d’autre part, précise M. Malarme, "cette uniformisation existe uniquement au niveau des diplômes : c’est le processus de Bologne. Ce cadre-ci, lié au processus de Copenhague, concerne les certifications, un concept plus large qui n’englobe pas seulement les diplômes d’enseignement mais aussi les formations professionnelles".

Ce cadre francophone des certifications n’est donc pas encore prêt. Pourquoi ? Jean-Pierre Malarme : "L’enseignement supérieur voulait se réserver les niveaux 6, 7 et 8 du cadre. Ainsi, un opérateur de formation n’aurait pu décider de proposer une formation à ce niveau. Cela va à l’encontre du principe du cadre, qui est justement de permettre des ponts entre différents types de certifications, sans pour autant qu’il y ait des équivalences. Il n’a jamais été dans les intentions de la formation professionnelle de prétendre faire des bacs ou des masters mais simplement de dire qu’il pourrait très bien y avoir un centre de compétences, une formation ponctuelle, qui sera de niveau 6 ou 7 (pas 8, puisque ce niveau correspond aux doctorats, qui se font uniquement dans les universités, NdlR). Le Forem, par exemple, propose certaines formations données par des profs d’unif."

Aujourd’hui, poursuit M. Malarme, les positions des uns et des autres ont cependant évolué. "D’un côté, l’enseignement supérieur, qui ne voulait pas d’un système basé sur les acquis d’apprentissage, travaille désormais à la rédaction de référentiels de compétences. De l’autre, la formation professionnelle et la promotion sociale ont développé une méthodologie qui permet de relier les référentiels existants aux différents niveaux du cadre européen. On analyse vraiment la certification pour voir à quel niveau elle se trouve."

D’après M. Malarme, on devrait donc pouvoir avancer dans ce dossier. C’est en tout cas l’intention des gouvernements de la Cocof, de la Région wallonne (RW) et de la Communauté française (CF), compétents en matière de formation (pour les deux premiers) et d’enseignement (pour le troisième). De source gouvernementale, on confirme qu’un groupe de travail se penche actuellement sur le dossier et que l’on compte bien profiter de la présidence belge de l’UE (qui débute le 1er juillet) pour faire progresser le dossier, non seulement à Bruxelles et en Wallonie (où la CF devrait proposer un accord de coopération à la RW et à la Cocof), mais aussi dans les nombreux autres pays qui n’ont pas encore créé leur propre cadre des certifications.

Autres Informations

À ne pas manquer

SUPERBOWL

Madonna superstar du Superbowl : découvrez sa prestation épatante.

Voyages

Destinations exclusives et parcours culturels.

Emploi

Trouvez un job

Facebook

Haut de page