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Loi sur l'avortement 4/5

Il faut d’abord éviter les grossesses non désirées

Annick Hovine

Mis en ligne le 08/04/2010

Que faire pour diminuer le nombre d’IVG ? Agir en amont, sur l’information à la contraception et l’éducation sexuelle et affective. La suite des articles de notre série "la loi sur l'avortement" dans La Libre d'aujourd'hui.

Ce vendredi, chattez avec Myriam Terlinden, conseillère conjugale et thérapeute familiale, dès 12h

Les raisons qui poussent les femmes à franchir la porte d’un planning familial ou d’un hôpital pour demander une interruption volontaire de grossesse restent profondément intimes et personnelles. Les patientes qui se résignent à avorter invoquent rarement une seule cause pour définir leur situation de détresse, comme il ressort des formulaires transmis par les centres pratiquant des avortements à la commission nationale d’évaluation.

On l’a déjà souligné : ces statistiques se basent uniquement sur des déclarations des patientes, des centres, des hôpitaux Les femmes disent ce qu’elles veulent bien; les médecins et les psychologues rapportent ce qu’ils croient être les motifs de demande; des formulaires rentrent incomplets. La commission ne travaille donc pas sur des chiffres scientifiques.

Restent des constatations interpellantes. Ainsi, 7 % des femmes expliquent leur demande d’IVG parce qu’elles ont des problèmes financiers. À Bruxelles, ce pourcentage est vertigineux : un tiers (33 %) des femmes qui ont recours à l’avortement se déclarent en situation de détresse matérielle. En outre, dans 5,2 % des cas, les femmes avancent un problème de logement et dans 1,5 % des cas, une situation professionnelle (période d’essai, risque de perte d’emploi ).

Certains centres mentionnent par ailleurs que leur service d’accueil devient un "accueil de crise" étant donné le nombre de consultantes en difficultés (sans papiers, expulsion, surendettement ) qui se présentent sans rendez-vous préalable.

"Cette corrélation entre précarité sociale et avortement est très difficile à accepter", indique Laurette Onkelinx (PS), vice-Première ministre et ministre des Affaires sociales et de la Santé. "Cela doit nous amener à travailler plus encore contre la précarité sociale".

La liberté de la femme de choisir entre poursuivre sa grossesse ou l’interrompre doit être garantie à tout moment, dit, en écho et à sa manière, la commission nationale d’évaluation dans son dernier rapport : "Les circonstances financières ne devraient pas entrer en ligne de compte dans la prise de décision".

Dans plus d’un cas sur deux (54 %), les femmes qui interrompent leur grossesse font état de raisons personnelles : elles se sentent trop jeunes (13 %) ou trop âgées (2,5 %); elles sont étudiantes (9,2 %) ou femmes isolées (3 %). Près d’une femme sur 6 (15,8 %) indique l’absence de souhait d’enfant "pour le moment", alors qu’une sur dix (10,6 %) demande une IVG "parce que la famille est complète".

Dans un quart des cas, les patientes qui avortent évoquent des problèmes de couple ou de famille, que ce soit une relation récemment interrompue (5,6 %), trop récente (4,8 %), occasionnelle (2,4 %) ou hors mariage (2,7 %); des problèmes entre les partenaires (4,9 %) ou le fait que le compagnon n’accepte pas la grossesse (2,7 %).

En revanche, les cas d’avortements suite à un viol (59 en 2007) ou à un inceste (1 en 2007) sont, proportionnellement, extrêmement rares puisqu’ils ne sont invoqués que dans 0,22 % des IVG pratiquées en 2007.

En 2007 toujours (derniers chiffres disponibles), 223 réponses ont été cochées pour "autres situations de détresse" et 64 raisons différentes ont été avancées, dont les mentions "pas encore mariée" et "grossesse culturellement non acceptée" sont prépondérantes. On y retrouve encore la maltraitance ou des violences intrafamiliales; la consommation de drogues ou de médicaments; un partenaire en prison; l’adultère; la présence d’autres enfants malades; un deuil suite au décès d’un proche; un conjoint décédé ; une dernière grossesse trop récente.

Les données médicales recueillies par les centres de planning et les hôpitaux sont également édifiantes, à plusieurs égards. Ainsi, 42 % des femmes reconnaissent n’avoir utilisé aucune méthode de contraception au cours du dernier mois. Dans 28,3 % des cas, les femmes qui sont tombées enceintes prenaient pourtant (mal ?) la pilule et 16 % recouraient (mal ?) à l’usage du préservatif. Autre chiffre à relever: 5,6 % des femmes qui avortent ne savent pas pourquoi leur moyen de contraception n’a pas été sûr.

"C’est un échec de la prévention et de l’information", juge Laurette Onkelinx.

Comment faire baisser le nombre d’interruptions volontaires de grossesse ? "Il faut absolument faire de l’information et de la prévention dans les écoles mais il faut aussi de grandes campagnes nationales pour expliquer tous les moyens utiles qui existent pour se protéger contre une grossesse non désirée", indique encore la ministre de la Santé.

En recueillant des données plus complètes et plus précises sur les femmes qui recourent à l’IVG, on pourrait affiner et mieux cibler le travail spécifique de prévention, ajoute la commission d’évaluation, en guise de recommandation.

La petite trentaine de centres extra-hospitaliers francophones et autant d’hôpitaux qui ont fait parvenir un rapport annuel à la commission pointent également le manque d’éducation sexuelle à l’école et à destination des publics précarisés, notamment la population allochtone. Ils mettent en évidence la cherté de la contraception si on compare son coût au prix demandé aux patientes pour une IVG. Certains préconisent une meilleure prise en charge, voire une gratuité pure et simple de la contraception.

La prévention des grossesses non désirées, et donc des IVG, passe nécessairement par la promotion du respect de soi-même et de l’autre, indique la Commission nationale d’évaluation. "Les jeunes, surtout, aussi bien les garçons que les filles, doivent être conscients de leur fécondité et doivent pouvoir en assumer la responsabilité". D’où la nécessité d’une information spécialisée et d’une éducation appropriée, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur du milieu scolaire. S’agissant de l’école, cela suppose l’intégration de l’éducation sexuelle et relationnelle dans les programmes de formation des futurs enseignants. Ce n’est qu’à cette condition, juge la commission, qu’une information actualisée permettant un meilleur accès à toutes formes de contraception pourrait ensuite porter tous ses fruits. Même si on n’empêche jamais tous les "accidents".

Ce vendredi, chattez avec Myriam Terlinden, conseillère conjugale et thérapeute familiale, dès 12h

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